Lundi 6 juillet 2009
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Les moines de Tibéhirine massacrés par
l'armée algérienne.
Les autorités françaises le savaient…
Le massacre des sept moines de Tibéhirine en 1996, longtemps imputé à un groupe islamiste, résulte d'une "bavure" de l'armée algérienne, selon le témoignage de l'ancien
attaché militaire français à Alger devant le juge antiterroriste chargé de l'enquête.
AFP | 06.07.2009 | 13:34
Révélé par Le
Figaro, Mediapart et L'Express, ce témoignage constitue la preuve qu'il y a eu "dissimulation de la part des autorités algériennes et certainement de la part des autorités françaises" sur les
circonstances de la mort de ces sept religieux français au printemps 1996, pour l'avocat des parties civiles, Me Patrick Baudouin.
Selon ce témoin,
François Buchwalter, un général à la retraite, les moines ont été tués dans un raid d'hélicoptères militaires alors qu'ils se trouvaient dans ce qui semblait être un bivouac de
djihadistes.
"Les hélicoptères
de l'armée algérienne ont survolé le bivouac d'un groupe armé et ont tiré, s'apercevant ensuite qu'ils avaient non seulement touché des membres du groupe armé mais des moines", selon une source
proche du dossier, rapportant les propos du général.
Le témoin a
affirmé au magistrat tenir ses informations d'un ancien camarade algérien de l'école militaire de Saint-Cyr dont le frère était chef d'une escadrille d'hélicoptères à Blida, à mi-chemin entre
Tibéhirine et Alger, et avait participé à cette "bavure".
"Les corps des
moines étaient criblés de balles", a rapporté le général Buchwalter au juge Trévidic, selon cette source.
Les sept religieux
français avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé Notre Dame de l'Atlas, au sud d'Alger, ceinturé de maquis contrôlés par les groupes armés islamistes et
où les tueries étaient alors fréquentes. Le Groupe islamique armé (GIA), alors dirigé par Djamel Zitouni, avait revendiqué cet enlèvement.
Le 30 mai, l'armée
algérienne affirmait avoir découvert les dépouilles des moines. Seules les têtes avaient en fait été retrouvées.
Les corps
auraient-ils été démembrés pour ne pas identifier les balles à l'origine de leur mort, s'est-on interrogé de source proche du dossier.
Avant ces
révélations de François Buchwalter, jugées "crédibles" par Me Baudouin, d'autres témoignages d'officiers algériens en rupture de ban avaient relevé le rôle trouble des autorités algériennes,
accusant Alger d'avoir manipulé le groupe armé qui avait enlevé les moines.
L'ancien attaché
militaire a affirmé avoir appris la mort des moines dans le raid d'hélicoptères "quelques jours après les obsèques" des victimes et en avoir informé dans un rapport les autorités françaises: le
chef d'état-major des armées et l'ambassadeur.
"Il n'y a pas eu
de suite, ils ont observé le +black-out+ demandé par l'ambassadeur", selon cette source proche du dossier, citant la déposition du général Buchwalter devant le
magistrat.
Ce témoignage est
"la confirmation de ce que nous disons depuis l'origine, que c'est l'omerta qui a prévalu au nom de la raison d'Etat", a estimé Me Baudouin, par ailleurs président d'honneur de la Fédération
internationale des droits de l'Homme (FIDH).
L'avocat a indiqué
à l'AFP qu'il s'apprêtait à demander la levée du secret-défense "pour obtenir les rapports envoyés (par François Buchwalter, ndlr) au chef d'état-major des armées et à l'ambassadeur" ainsi que
les auditions d'Hervé de Charette, à l'époque ministre des Affaires étrangères, d'agents des services de renseignement français ainsi qu'une nouvelle audition de Michel Lévêque, ambassadeur à
Alger au moment des faits.
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