VISITE DE MACRON DANS L'EURE OU "DE L'ART DU TROMPE-L'OEIL".
Mardi dernier, il n'aura échappé à personne que le déplacement de Emmanuel Macron dans l'Eure était en réalité une opération de communication millimétrée. Empêtré dans une gestion contestée et contestable de la pandémie et dans le lancement laborieux de la campagne de vaccination, nouveau raté après l'affaire des masques et celle du dépistage, confronté aux annonces de plans de licenciements à la pelle et à un chômage croissant, il était temps à un an de la campagne présentielle pour le futur candidat à sa propre réélection de se « projeter dans l'avenir ». Pour cela, Vernon fut choisi en tant que fief du ministre des colonies, Sébastien Lecornu, dont l'annonce de la mise en examen pour des faits relevant de prise illégale d'intérêt alors qu'il était président du département de l'Eure, tombe pour le moins assez mal...
Vision d'avenir, donc, avec d'une part la visite du fleuron ArianeGroup et l'annonce d'un soutien à la filière spatiale et de la production d' hydrogène, nouvelle marotte du capitalisme vert comme alternative technique aux carburants issus d'énergies fossiles. Des satellites pourraient par ailleurs être utilisés pour surveiller l'évolution du climat. Quelle idée de génie... ! Comme si les effets du dérèglement climatique n'étaient pas déjà perceptibles sur le plancher des vaches et les causes n'étaient parfaitement connues, alors que les climatologues donnent l'alerte depuis cinquante ans et que 2020 a été classée année la plus chaude en France depuis le début du 20eme siècle! Pour endiguer cette évolution, le GIEC préconise de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80% d'ici 2070. Cela passe par une baisse de la production de biens manufacturés, de la réduction du transport individuel et de marchandises, en premier lieu par la route et de mettre la défense du climat comme préalable à toute politique économique. Et puis, tant qu'à s'intéresser à la filière de l'industrie spatiale, Macron aurait été inspiré de se rendre sur l'autre rive de la Seine, à St Marcel, pour aller à la rencontre des salarié-e-s de Collins Aérospace qui subissent un plan social, opportuniste en contexte de crise sanitaire selon l'intersyndicale, avec la suppression de 150 emplois à la clé.
Mais cette réalité n'était pas au programme ! Direction ensuite la ferme des Ruelles à Tilly, près de Giverny, présentée comme un modèle d'agro-écologie. Les vergers de l'exploitation de 60 hectares appartenant à Michel Galmel, un proche de Lecornu, sont magnifiques et les panneaux pédagogiques expliquant ce qui y est entrepris pour la protection des sols et des oiseaux, des insectes, etc... , très explicites. Y séjourner en chambre d'hôtes doit être vraiment un plaisir pour celui dont la bourse le permet .. Cette vision est idyllique, le futur sera radieux ! Mais Michel Galmel n'est pas que cela : il est aussi le PDG de Galmel Prestagri, prestataire de service dans le domaine agricole. Ainsi, on peut le solliciter, lui et ses monstres d'engins, tantôt pour l'arrachage des betteraves, tantôt pour de l'épandage... de précision. Il compte par exemple parmi ses clients la SCEA Pérault, porteuse du projet de ferme-usine des « 1000 vaches » de HoulbecCocherel pour l'épandage du lisier. La sucrerie Saint Louis Sucre d'Etrepagny lui a confié le bâchage et le chargement des betteraves, et la gestion des eaux usées qui viennent tout juste d'être mises en cause dans la pollution depuis 6 mois de la Bonde, un affluent de l'Epte !
On est donc en réalité loin d'une agriculture paysanne. Macron aurait pu venir sérieusement à la rencontre de petits paysans bio (un s'est vu refuser l'accès à cette visite très privée) pour discuter réellement des problématiques de production alimentaire et d'environnement. Au lieu de cela, on est dans le registre du coup de pub réciproque !
Macron, malgré son jeune âge, maîtrise à merveille les ficelles de la « vieille politique » : largesses avec le droit, productivisme et scientisme. Il ne donne à voir que ce qui le sert. Mais le sommet pour la biodiversité et le fait d'arpenter des vergers les bottes aux pieds ne feront pas oublier, entre autres, le report de l'interdiction du glyphosate et la ré-autorisation des néonicotinoïdes, le soutien aux grands projets inutiles et imposés qui prennent sur les terres agricoles, comme localement le contournement Est de Rouen ou, à quelques kilomètres seulement du centre-ville de Vernon, le village des marques de Douains, temples de la surproduction et de l'hyper-consommation, mères de la consommation d'énergie et du dérèglement climatique.
Le mandat de Macron aura été marqué par la relégation des questions environnementales et du sceau de l'affaire du siècle avec la mise en accusation de l'Etat devant le tribunal administratif pour son inaction climatique. Dès aujourd'hui, préparons l'après-COVID, refusons le retour à l'anormal et faisons en sorte de mettre dehors Macron et son monde!
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