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NPA 27   Comités NPA de l'Eure

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A propos d’un appel publié dans Politis....Réponse de la LCR.

22 Mai 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

A propos d’un appel publié dans Politis....

 

Réponse de la LCR aux initiateurs d’un appel publié dans Politis...

Chers ami-e-s,

Nous voudrions vous expliquer par cette lettre pourquoi nous ne signons pas l’appel « l’alternative à gauche, organisons-là » que vous avez publié. Nous partageons avec vous beaucoup de combats et une volonté d’engager à gauche une discussion large permettant à chacun et chacune de se forger une opinion. Beaucoup de militants politiques, syndicalistes ou associatifs, d’ex-militants, de lecteurs, sont à la recherche d’une alternative globale face à une droite arrogante, qui tente de passer en force. Le PS n’incarne en aucun cas une opposition claire et déterminée à la politique du pouvoir. Nous vivons un moment charnière très important. Sarkozy et sa politique sont impopulaires et ils ont été sanctionnés dans les urnes aux municipales. Des résistances sociales s’expriment (des cheminots aux lycéens sans oublier les travailleurs sans-papiers) Ces mobilisations posent des questions décisives.

Tout d’abord, comment infliger une défaite cinglante dès maintenant au pouvoir UMP ? Car si nous attendons sagement 2012, alors Sarkozy aura réussi à remodeler la société française ce qui ne sera pas sans conséquence sur les rapports de force politique. Nous avons donc besoin d’une gauche de lutte, d’une force collective capable de relever le défi de l’épreuve sociale imposée par la droite et le patronat. Et cela va de pair avec la volonté de construire une alternative anticapitaliste, un nouveau parti qui se fixe comme objectif d’offrir un nouveau cadre de représentation politique à celles et ceux qui ne sont plus représentés par la gauche gestionnaire dite social-libérale. Un parti qui tire les leçons des expériences de la gauche au pouvoir qui ont été particulièrement dévastatrices pour les classes populaires. Nous n’oublions pas qu’entre 1997 et 2002 le gouvernement de gauche plurielle a mené une politique libérale, a privatisé, s’est opposé aux mobilisations sociales, a développé un discours de résignation et d’acceptation de la mondialisation capitaliste. Nous sommes, pour notre part, engagés dans un processus réel de construction d’un nouveau parti anticapitaliste, un parti pour le socialisme du XXI° siècle porteur de toutes les aspirations émancipatrices (féministes, écologistes, antiracistes, internationalistes...).

Nous sommes donc particulièrement intéressés par toutes les initiatives visant à construire une alternative. Mais une chose est le débat, tout autre chose est le lancement d’une initiative politique visant « à organiser l’alternative à gauche » dont les objectifs ne sont pas clairement définis. S’agit-il d’un front électoral ou d’une force en constitution ?

Cette question très sérieuse pose des problèmes en termes de contenu politique et de cadre stratégique. Les formules programmatiques sont très vagues, très imprécises (« ne pas oublier de redistribuer les richesses » !). Aucune revendication concrète concernant le pouvoir d’achat : ni l’augmentation des salaires, des pensions et des revenus de 300 euros que nous défendons ; ni le SMIC à 1500 euros nets. Rien non plus sur la retraite au moment où la droite veut imposer les 41 annuités : nous réclamons pour notre part le retour aux 37,5 anuités pour tous, privé comme public. Absente également la question de la régularisation de tous les sans-papiers alors même que des travailleurs osent revendiquer au grand jour l’égalité des droits ; rien non plus sur les licenciements, l’autonomie des universités ; toutes questions très concrètes qui ont suscité des mobilisations et qui établissent des lignes de partage très claires entre les deux gauches. Le texte n’exprime aucune indépendance vis-à-vis du parti socialiste puisque vous écrivez : « Du côté de la majorité dirigeante du Parti socialiste, les volontés hégémoniques se confirment, et avec elles les tendances au renoncement social-libéral, inspirées des exemples de MM. Blair ou Prodi. Mais la gauche de transformation sociale et écologiste ne doit pas, elle, s’accommoder d’un statu quo qui lui interdit d’espérer changer en profondeur la donne politique. »

Très franchement, voilà un document qui peut être signé par beaucoup de socialistes pourtant acquis au social-libéralisme, et par la direction du PCF très soucieuse de maintenir des relations institutionnelles vitales du point de vue de la survie de ses élus et son appareil. D’ailleurs, les premières signatures, dont l’ancien ministre des Transports Jean-Claude Gayssot, montre la faiblesse du texte vis-à-vis du bilan de la gauche au pouvoir et de son attitude actuelle face à Sarkozy. Nous ne voulons pas construire une force soi-disant radicale mais dont l’objectif serait de réaliser des accords de gestion avec la social-démocratie comme le fait la direction de « Die Linke » en Allemagne. Une stratégie qui a coûté très cher à Refondation Communiste en Italie. Nous défendons le même programme dans la rue et sur le terrain électoral. Nous voulons changer de gauche, pas changer la gauche, et nous avons bien peur que votre initiative, au-delà des intentions de beaucoup de ses signataires dont nous partageons les aspirations, se situe sur un terrain mille fois exploré : au nom de l’unité, évacuer les questions qui fâchent, mais qui pourtant fatalement se réinvitent : soutien aux revendications et aux mobilisations du mouvement social, avec qui gouverner et sur quel programme !

Voici en quelques mots, les raisons qui expliquent notre refus de signer cet appel. Un appel qui, par ailleurs, nous est parvenu très tardivement quarante-huit heures avant sa publication en plein week-end de la Pentecôte.

Nous restons toutefois disponibles, à tout espace de discussions et d’échanges politiques pour débattre de la nécessaire riposte face à la politique de Sarkozy, comme de l’alternative à construire, sans confondre libre discussion et regroupement de forces sur un contenu et des objectifs que nous ne partageons pas.

Bien à vous.

Pour la LCR,

Anne Leclerc et Pierre-François Grond

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La contribution de la LCR à la réunion nationale des 28 et 29 juin des Comités d'initiative pour un Nouveau Parti Anticapitaliste.

21 Mai 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

La contribution de la LCR à la réunion des 28 et 29 juin.

 

Pour un anticapitalisme et un socialisme du XXI° siècle

La réunion des 28 et 29 juin va être un premier moment de coordination des différents comités d’initiative pour un nouveau parti. Voici des éléments pour revenir sur le sens de notre démarche et nourrir la discussion.

Les crises économiques, sociales, alimentaires, écologiques qui frappent la planète montrent l’impasse dans laquelle le capitalisme plonge l’humanité. Il semble bien que nous soyons d’ores et déjà plongés dans une très grave crise économique dont le détonateur aura été les fameux « subprimes » qui ont révélé une crise bancaire (dettes pourries), financières (effondrement des bourses) et un début de récession aux USA. C’est un tournant important de la situation.

Les émeutes de la faim qui touchent, en particulier mais pas seulement, les pays pauvres, sont la résultante d’une crise alimentaire provoquée par la spéculation et par les politiques néolibérales imposées entre autres par le FMI et la banque mondiale qui ont détruit les agricultures vivrières paysannes, au profit de l’agrobusiness et des cultures d’exportation. La crise énergétique, illustrée par l’explosion des prix du pétrole, accentue et se combine avec la crise alimentaire en renchérissant les coûts de production agricoles et par les fameux agro-carburants qui viennent concurrencer les productions alimentaires sur leur propre terrain. La crise énergétique multiforme, épuisement prévisible des réserves de pétrole, relance du nucléaire, réchauffement climatique provoqué par l’utilisation massive des énergies fossiles…, est à la fois une traduction et un facteur d’aggravation des problèmes économiques, des guerres et de l’instabilité politique du monde actuel : occupation de l’Irak, tensions entre l’impérialisme américain et des Etats comme l’Iran, le Venezuela… La guerre sans fin contre le « terrorisme « emmenée par le gouvernement américain provoque deux conflits majeurs (Afghanistan et Irak). C’est d’ailleurs au moment où celle-ci montre chaque jour son échec, que Sarkozy décide de réorienter la politique de l’Etat français en s’intégrant davantage au dispositif impérialiste dominant : envoi de troupes en Afghanistan, réintégration dans le volet militaire de l’OTAN, soutien à Israël dans son déni de reconnaissance d’un Etat palestinien.

Les modes de production et de consommation capitalistes provoquent une crise écologique multiforme qui n’épargne aucun des secteurs vitaux pour l’humanité. Enfin, les 30 ans d’offensive libérale inaugurés aux USA et au RU et généralisés à l’ensemble du monde capitaliste, ont provoqué un immense déplacement de richesse vers les plus riches, une dégradation continue du partage de la valeur ajoutée en faveur du capital, une destruction des droits accumulés par le monde du travail depuis des décennies, une crise globale et profonde du mouvement ouvrier. L’appauvrissement, la misère, le chômage, la précarité, sont les conséquences de cette restructuration capitaliste. Les femmes, les jeunes et les populations d’origine étrangères en sont les premières victimes. Cette suraccumulation de capitaux et de profits et la mise en place d’un nouveau système productif mondialisé jouant sur les différences salariales, sont à l’origine de la crise bancaire, financière, monétaire actuelle, ce qui provoque une récession aux USA en passe de se transformer en une récession mondiale la première depuis 1973.

Notre anticapitalisme, notre volonté d’une transformation révolutionnaire de la société qui soit portée par l’immense majorité de travailleurs des villes et des campagnes, ne tombent pas du ciel. Le capitalisme plus que jamais dans ces débuts du XXI° montre par sa brutalité, son potentiel destructif, ses inégalités croissantes, la nécessité d’une rupture et l’invention d’un socialisme réellement émancipateur.

Une démocratie réelle et approfondie implique la remise en cause de la propriété capitaliste, une économie et une société dirigées par le plus grand nombre dans une logique de satisfaction des besoins de la population. Loin de se combiner harmonieusement, l’économie de marché et la démocratie ne font pas bon ménage : Chine, Russie, évolution de la société américaine (choc des civilisations, fondamentalisme chrétien…). En Europe, la droite extrême est toujours présente comme le montre les résultats électoraux récents en Italie ou au Royaume-Uni.

Le capitalisme divise les travailleurs pour mieux régner. Changer le monde passe par un combat sans concession contre le racisme, pour la régularisation de tous les sans-papiers et pour l’égalité des droits. Il s’agit d’unir les travailleurs et la population quelque soit leur origine, leur nationalité...

Aucune transformation radicale de la société ne pourra voir le jour sans une lutte consciente pour affirmer le droit des femmes à disposer de leur corps- avortement, contraception – et pour remettre en cause les fondements mêmes de la domination masculine : la division sociale et sexuée des tâches entre femmes et hommes, dans toutes les sphères de la société et l’assignation prioritaire des femmes à la sphère familiale.


Tirer les leçons des expériences du XX ° siècle


La perspective socialiste, c’est-à-dire l’espoir d’un autre monde que le capitalisme, est à reconstruire. Car elle ne sort pas indemne des expériences du XX° Siècle. C’est pourquoi notre tâche est immense et ne saurait se réduire aux frontières de l’hexagone ou de l’Europe : à travers les résistances et les luttes, il s’agit d’inventer le socialisme du XXI° siècle.

La social-démocratie est en train d’achever sa mutation. Après avoir expliqué que le socialisme pouvait se construire pas à pas dans le cadre des institutions de l’Etat capitaliste, elle accepte désormais sa conversion au capitalisme, aux politiques néolibérales. Elle réduit son champ d’action politique à un hypothétique aménagement social et écologique du capitalisme. Lorsqu’elle est au pouvoir, elle applique les politiques de restructuration capitaliste. Dans sa nouvelle déclaration de principes, le PS inscrit dans ses textes une évolution déjà passée dans la pratique. Cette mutation transforme encore davantage le PS en gestionnaire fidèle du système et dans certains pays comme en Italie la mutation s’achève dans la construction d’un parti « démocrate » rompant les derniers liens historiques avec le mouvement ouvrier.

C’est un déclin à rythme divers mais irréversible qui travaille le mouvement communiste qui s’était identifié à l’URSS. Les dégâts du stalinisme ont sali l’espérance communiste qui est à reconstruire. Pour tenter de se sauver la direction du PCF a choisi ses élus plus que son ancrage ouvrier et syndical. Ce qui accroît sa dépendance institutionnelle avec le PS à l’échelle gouvernementale ou locale. Qui provoquent les mêmes phénomènes d’intégration et d’adaptation institutionnelles que connaît le parti socialiste. En Italie l’échec de Refondation Communiste confirme l’impasse des stratégies d’alliance avec le social-libéralisme.

Dans le même temps, les directions des principales confédérations syndicales s’adaptent au nouveau capitalisme, acceptent l’agenda des contre-réformes patronales, accompagnent les mesures rétrogrades, surfent quelquefois sur la contestation mais sans jamais la susciter et construire le rapport de force par les luttes.

Nous voulons changer de gauche, pas changer la gauche, reconstruire du neuf à gauche en rupture avec l’orientation prônée par les directions du PS et du PCF.


Dans la globalisation, encore plus internationalistes !


Nous sommes plongés en pleine globalisation capitaliste. C’est désormais dans cet espace qu’il faut penser les luttes, la construction d’un nouveau mouvement ouvrier, la rupture avec le système et le socialisme. Plus que jamais il n’existe pas de solution nationale, tant les économies, les sociétés sont imbriquées, tant les problèmes de fond nécessitent une riposte et des réponses à cette échelle. Comment régler la crise climatique, la crise alimentaire, combattre les multinationales sans passer à l’échelle mondiale ? Les capitalistes sont organisés à cette échelle avec de multiples institutions, les exploités ont de ce point de vue beaucoup de retards à combler. C’est pourquoi il nous apparaît tout à fait impératif :

-->  de développer face aux grands problèmes des mouvements de masse unitaire, des luttes de résistances coordonnées à l’échelle internationale

-->  de mettre sur pied un mouvement et un programme européens, pour une Europe démocratique des travailleurs et des peuples, contre les institutions actuelles de l’UE , ce qui implique au-delà de l’animation des luttes européennes, une politique de regroupement des forces anticapitalistes à cette échelle.

-->  de se diriger vers une nouvelle internationale démocratique, anticapitaliste, écologique, antiraciste et anti-impérialiste…

-->  de construire dès lors un parti qui de France tisse des liens, agit pour le regroupement des forces anticapitalistes et révolutionnaires

-->  de mener des campagnes unitaires internationales et de participer aux cadres qui permettent de les animer.


Un nouveau parti pour les luttes, un parti pour la transformation révolutionnaire de la société


La question du pouvoir divise profondément la gauche dite antilibérale. Tout parti doit se poser le problème du pouvoir et nous ne faisons, nous ne ferons pas exception à cette règle. Le problème est de savoir dans quel cadre, au profit de qui. Pour nous, la question c’est le passage d’une situation où une minorité décide et impose ses choix, ses profits et ses privilèges, à une situation ou le plus grand nombre s’empare des leviers politiques, économiques pour gérer la société. Nous ne souhaitons pas le pouvoir pour nous-même mais comme instrument pour un mouvement d’en bas. Une partie du pouvoir politique est aujourd’hui soumise au suffrage universel, dans un cadre d’ailleurs très contrôlé et très antidémocratique (présidentialisme, scrutin majoritaire…). Mais le pouvoir du MEDEF n’est lui jamais soumis au suffrage populaire…Et pour cause ! Pour autant notre programme implique une confrontation avec le patronat, avec les privilèges économiques, contre les conseils d’administration qui représentent les actionnaires…Cela implique un mouvement social puissant, un mai 68 qui irait jusqu’au bout, qui commencerait à contrôler la marche de l’économie.

Les institutions sont des éléments essentiels du maintien de l’ordre social et de la propriété capitaliste. Nous ne voulons pas construire un parti d’aménagement mais un parti de rupture. C’est pourquoi l’indépendance vis-à-vis du PS est une question première. Le capitalisme libéral et l’anticapitalisme ne peuvent pas cohabiter dans un même gouvernement. Notre perspective n’est donc pas d’unir la gauche telle qu’elle est, ou des bouts de cette gauche, mais de construire un mouvement social et politique majoritaire pour la rupture avec le capitalisme. Alors la question du pouvoir sera posée !

Un parti, c’est pour nous une force collective et démocratique. Un rassemblement de militantes et de militants unis autour d’un programme commun. Un instrument pas une fin en soi. Une force capable de réfléchir pour agir. Qui alimente son programme, sa vision de la société de ses rapports avec le monde du travail et la population au travers des luttes. Un parti qui respecte l’indépendance des équipes syndicales et des mouvements sociaux. Un mouvement qui également, dans son régime interne, garantit la circulation de l’information, les débats et la formation pour tous, le droit de tendance et d’affirmation de courants publics, la reconnaissance statutaire du pluralisme, la proportionnelle pour élire les directions.

Également, il s’agit pour nous de construire une force qui vote, qui fait des choix, qui reconnait la règle majoritaire, tout en respectant les choix minoritaires.

Face à une vie politique centralisée par l’Etat, nous avons besoin d’un parti, d’une force pour la transformation révolutionnaire de la société, qui combine activités nationales et déclinaisons locales.

Les directions élues à la parité doivent être responsables devant les instances qui les ont désignées, rendre des comptes sur leur mandat, leur activité militante en particulier lorsqu’elle est rémunérée. La transparence et le contrôle sont les seules garanties d’un réel fonctionnement démocratique pour lutter contre la bureaucratisation qui a fait tant de mal au mouvement ouvrier

Ce nouveau parti est urgent et nécessaire.


Pour construire une réelle opposition à Sarkozy et au patronat.


Parce que la gauche institutionnelle apparaît clairement comme refusant de s’opposer aux plans du pouvoir et du patronat et d’incarner un changement de société..

Parce que les luttes le permettent, celles et ceux qui résistent, jeunes ou moins jeunes et de différentes origines, sont de plus en plus nombreux à attendre une telle perspective. Des syndicalistes, des militants associatifs, altermondialistes, des jeunes engagés dans l’action depuis le CPE, d’anciens militants de différentes trajectoires, des militants antiracistes et de la diversité, de nouveaux arrivants en politique et ceux qui reprennent du service, des militantes féministes…

Unis autour de la nécessité de défendre un plan d’action anticapitaliste intégrant revendications sociales, démocratiques, féministes, écologiques, antiracistes et anti-impérialites, nous pouvons construire ensemble un nouveau parti.

C’est nécessaire et c’est possible.

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Les Comités d'initiative de l'Eure pour le NPA dans la presse locale (Eure-Infos)

14 Mai 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

Les Comités d'initiative de l'Eure pour le NPA dans la presse locale  (Eure-Infos)
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Requiem pour un socialisme défunt : Daniel Bensaïd et Samuel Johsua.

8 Mai 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

Requiem pour un socialisme défunt, par Daniel Bensaïd et Samuel Johsua.

 

Tribune parue dans Le Monde du 8 mai.


Le Parti socialiste est taraudé, depuis plus d’une décennie, par une crise existentielle. Dès 1990, Laurent Fabius avouait sans détour : "S’il est assurément démocratique, en quoi le socialisme moderne est-il encore socialiste ?" Quatre ans plus tard, Lionel Jospin constatait à son tour : "La réforme a vaincu la révolution, mais les réformistes donnent l’impression de ne plus croire à la réforme."

La nouvelle déclaration de principes du Parti socialiste rendue publique le 21 avril est censée répondre à ce doute identitaire. Ce laborieux exercice de style se dispense de tout devoir d’inventaire et il ne se distingue pas par une ambitieuse vision d’avenir.

On y apprend tout de même (article 8) qu’il s’agit de "réactualiser ce qui est l’apport propre du socialisme au siècle dernier, l’Etat social qui permet aux réponses collectives de satisfaire les besoins individuels dans leur diversité". En quinze ans de gouvernement, entre 1981 et 2002, le PS a au contraire contribué à démolir cet Etat social.

L’article 7 proclame que les socialistes entendent bâtir "une société nouvelle qui dépasse les contradictions du capitalisme" en "faisant toute sa place au secteur non marchand". Il ne s’agit donc plus de dépasser le capitalisme, mais de résoudre ses contradictions grâce à l’instauration de ce secteur que l’on vient pourtant de contribuer à réduire en démantelant les services publics. On ne saura pas si "toute la place" promise au secteur non marchand annonce une reconstruction des services publics (eau, télécommunications, énergie), la municipalisation des sols, ou encore le retour sous contrôle politique des banques centrales.

L’article 6 proclame bien que "certains domaines ne peuvent relever du marché quand ils concernent des droits essentiels", mais ces "domaines" demeurent aussi incertains que les "droits essentiels" auxquels ils correspondent.

Selon l’article 10, "la France doit respecter tous ceux qui vivent sur son territoire en combattant toutes les discriminations". Il était temps ! Le propos serait plus clair s’il était précisé que ce combat devrait aller jusqu’au droit de circulation et d’installation, à l’égalité des droits sociaux et au droit de vote des immigrés.

L’article 29 annonce que le PS "veille à la diversification des responsabilités partisanes et électives à tous les niveaux". Ah, qu’en termes fumeux ces choses-là sont dites ! La diversification en question implique-t-elle l’introduction, par exemple, de la proportionnelle "à tous les niveaux" dans les modalités électives ?

L’article 17 annonce que le PS "est un parti européen, qui agit dans l’Union européenne, qu’il a non seulement voulue, mais en partie conçue et fondée". Autrement dit, un parti respectueux de l’Union libérale réellement existante du marché unique de 1986, du traité d’Amsterdam de 1997, du pacte de stabilité, du récent traité non simplifié de Lisbonne, reprenant l’essentiel du traité constitutionnel rejeté par référendum en 2005, dont la vaillante abstention des députés socialistes a permis lors du congrès de Versailles l’adoption par voie parlementaire voulue par Nicolas Sarkozy
.

La déclaration de principes en dit plus par ce qu’elle tait ou abandonne que par ce qu’elle expose. Le socialisme démocratique qu’elle revendique prétend "aller à l’idéal" et "comprendre le réel". Mais elle ne dit rien du réel qu’il s’agit de comprendre, encore moins de l’idéal à atteindre, si ce n’est "qu’être socialiste, ce n’est pas se satisfaire du monde tel qu’il est" (art. 1). Au vu de ce qu’est le monde et comment il va, c’est la moindre des choses. Le but serait donc "l’émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète".

Il ne fallait pas moins qu’une nouvelle déclaration principielle pour apprendre que mieux vaut une émancipation complète qu’incomplète. Quant aux moyens d’y parvenir, il s’agirait d’une "économie sociale et économique de marché régulée par la puissance publique", combinant "un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, et un tiers secteur d’économie sociale" (article 6). On ne saura rien du dosage de cette combinaison, et qui, des appétits concurrentiels privés ou de l’intérêt public, finira par dicter sa loi.

Il faut donc aller chercher l’utilité d’une aussi vaine déclaration dans ses silences et ses suppressions, autant et plus que dans ses généralités explicites. Exit le mot de "révolutionnaire" qui figurait encore en 1990 dans la précédente déclaration. C’était si incongru qu’on l’avait oublié. Est de plus éliminée toute référence à la lutte des classes, dissoute dans "l’intérêt général du peuple français" (article 19). Est ainsi annulée la déclaration historique de 1905, celle de Jaurès, définissant le PS comme "un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange". C’est ce que le sens commun appelle "avaler son bulletin de naissance".

Une aussi spectaculaire disparition des classes et de leur lutte ne pourrait s’expliquer que de deux manières. Soit parce que les classes sociales auraient disparu, ce que ne confirment ni l’activisme patronal du Medef et de l’UIMM ni les attaques gouvernementales contre la Sécurité sociale et le code du travail. Soit plus sûrement parce que le PS y aurait renoncé pour devenir "également le parti des entreprises", comme le réclame Emmanuel Valls.

La fonction réelle de cette déclaration de principes extraordinairement et exceptionnellement consensuelle pour un parti déchiré par les ambitions et les rivalités personnelles est celle du parachèvement de la mue sociale-libérale de la vieille social-démocratie française, en retard sur ses partis frères européens, freinée qu’elle fut dans son évolution par la culture de lutte et de résistance héritée de Mai 68. Le PS pense sans doute s’ouvrir ainsi la voie d’un Tony Blair. Il se prépare en fait un désastre à la Veltroni. En Italie, deux ans de politique libérale sous la houlette de Romano Prodi ont conduit au triomphe de Berlusconi et de la Ligue du Nord. Et Rome est aux mains d’un extrémiste de droite ! Encore plus révélateur peut-être, cela s’est accompagné de l’effondrement de la coalition "arc en ciel", passée dans le même laps de temps de 11 % à 3 %.

La preuve est éclatante que l’unité même large de ce camp ne peut rien contre la marche au bipartisme quand elle est bâtie sur la confusion politique : toute cette coalition était du gouvernement Prodi. Et cela sans que les partis de la gauche radicale, créés trop récemment, ne parviennent à s’imposer. Il n’y a rien de plus urgent pour la gauche française que d’analyser les causes de ce tsunami politique. Avec une première évidence : toute alliance gouvernementale ou parlementaire subalterne au projet esquissé par la déclaration de principes aurait les mêmes effets mortifères pour une gauche radicale et anticapitaliste que ceux que viennent d’avoir en Italie la participation au gouvernement Prodi et la caution apportée à sa politique. L’indépendance stratégique vis-à-vis du PS est le maître mot si l’on ne veut pas garantir des succès répétés au capitalisme.

La désastreuse leçon italienne ne peut que renforcer le besoin d’un nouveau parti, porteur d’une véritable alternative à un système capitaliste ensauvagé et indépendant du social-libéralisme annoncé. On entend dire que ce projet lancé par la LCR vient trop tôt. Au vu de l’évolution du PS, de son hégémonie renforcée sur ses alliés traditionnels qu’ont confirmé les municipales, au vu d’autre part de l’expérience italienne, on peut au contraire se convaincre que, très bientôt, il sera trop tard.

Daniel Bensaïd est maître de conférences, Paris-VIII.

Samuel Johsua est professeur émérite, université de Provence.

Tous deux sont militants de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

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NPA: questions et réponses sur le processus constituant.

4 Mai 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

Le processus constituant....Des questions, des réponses...

 

Pour les centaines de comités NPA qui existent désormais, un certain nombre de questions concrètes diverses se posent et se sont posées. nous les aborderons, semaine après semaine, en toute transparence.

 

• Où et comment s’implantent les comités ?

En pleine extension, le phénomène dépasse déjà largement la réalité de la LCR. Les structures qui se créent disposent d’un noyau de camarades capable de les animer et d’un nombre minimum de membres. Mais ce qui frappe, ce sont les possibilités de changement qualitatif illustrées par plusieurs expériences réussies : nous visons un recrutement plus large et plus populaire que celui de l’actuelle LCR. Cela veut dire que le nouveau parti doit être mieux implanté dans les quartiers populaires et les entreprises. Ce qui suppose parfois un effort volontariste pour organiser des réunions de lancement, là où la LCR n’est pas ou peu implantée. Il existe aussi quelques initiatives ou velléités de lancement par des groupes d’individus qui ne sont pas membres de la LCR, dans quelques quartiers, des villages, des entreprises, des établissements scolaires où la LCR n’est pas présente. Si vous lisez ces lignes et que vous êtes dans ce cas, n’hésitez pas à prendre contact avec nous.

• Quels contacts unitaires ?

Nous savons qu’il n’existe pas, pour l’instant, de partenaire implanté nationalement pour le projet lancé par la LCR. Néanmoins, nous constatons que de nombreuses personnes qui participent au processus ont une expérience militante, associative, syndicale ou politique. Partout, les forces ou groupes susceptibles de pouvoir participer au processus, qui existent à l’échelle d’une région, d’un département, d’une ville, d’une entreprise ou d’un quartier, ont été invités à débattre. Évidemment, on ne sursoit pas à toute activité en l’attente de disposer de « partenaires », se laissant paralyser par d’interminables négociations unitaires. Mais, chaque fois que c’est possible, il est très positif qu’il y ait action unitaire avec de tels groupes de militants.

• Comment appeler les comités ? Comment sigler le matériel ?

Le nom qui, provisoire par définition, semble s’imposer est « comité pour un nouveau parti anticapitaliste de tel ou tel endroit » ou « comité d’initiative pour un nouveau parti anticapitaliste ». Lancer une structure nouvelle, c’est chercher à créer une identité nouvelle et c’est dynamisant. Mais pour la populariser massivement, c’est plus dur… Ce qui est connu à une large échelle, c’est Olivier Besancenot et, dans une moindre mesure, la LCR. La notoriété dudit « comité pour un nouveau parti anticapitaliste » n’en est pas là, loin s’en faut. Ceci étant, le comité en question, ce n’est pas la LCR, et il ne faut pas que cela le soit. Comment résoudre cette contradiction ? Il n’y a pas de solution magique et unique. La plupart du temps, on voit se rajouter, dans le matériel diffusé localement, quelques phrases d’explication, du type : « La LCR et son porte-parole Olivier Besancenot ont lancé un appel pour un nouveau parti anticapitaliste. Dans nos entreprises, nos quartiers, sur nos lieux de travail et d’étude, partout, des comités se créent. Ensemble, prenons parti ! »

• Que font les comités une fois lancés ?

Passé la première réunion, il s’agit de concrétiser et de pérenniser. Pour cela, il faut que les réunions soient à la fois utiles et intéressantes. Il faut donc débattre et agir. Débattre des questions brûlantes posées par l’actualité pour élaborer une orientation, ouvrir la discussion sur le programme du NPA, son profil, son fonctionnement, son nom, etc. Agir, c’est-à-dire mener des campagnes de parti en lien avec les choix d’orientation faits, participer aux campagnes unitaires, discuter de l’insertion militante au service des luttes et des mobilisations sociales. Le piège, chacun l’a compris, ce serait de s’enfermer dans de « l’interne ». Faire cela, c’est organiser peu à peu les transferts des activités entre les structures de la LCR, plus « rodées », et celles du nouveau parti. Il faut aussi penser à la formation : on ne peut pas débattre à égalité, si l’on n’a pas acquis une formation préalable suffisante pour pouvoir le faire. Et ce n’est pas qu’un problème individuel que de s’y consacrer.

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1er Mai 2008 à Evreux - Cortège NPA-LCR

1 Mai 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

Manifestation du 1er mai 2008 à Evreux

Le cortège LCR-NPA

La manifestation du 1er mai à Evreux a réuni de 700 à 800 personnes. Cortège CGT le plus important (300) , CFTC (90), CFDT (80), les enseignants FSU(90), Solidaires (une trentaine), le CEFED-27 et enfin cortège LCR et NPA (une cinquantaine). 
A noter un cortège unitaire CGT-CFDT des travailleurs du LRBA de Vernon contre la fermeture du site.
Une fois de plus FO , absent, faisait bande à part...

 Les comités NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste)
d'Evreux, Vernon et Louviers ont distribué un tract départemental publié sur le site-blog LCR-27.
En fin de manifestation un apéro était offert par la LCR et Solidaires proposait des mergez gratuites sur leur stand. Une cinquantaine de personnes sont restées à discuter autour d'un verre.

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Tract des comités NPA d'Evreux, Vernon et Louviers le 1er Mai 2008.

1 Mai 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

Tract des Comités d'initiative NPA d'Evreux, Vernon et Louviers distribué lors de la manifestation départementale du 1er mai 2008 à Evreux


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Nouveau Parti Anticapitaliste: un parti pour intervenir dans les entreprises (texte de la rencontre du 5 avril).

27 Avril 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

Un parti pour intervenir dans les entreprises....

 

Ce texte est un des rapports fait sur la construction du NPA dans les entreprises lors de la rencontre du 5 avril.

1. Le parti que nous construisons doit intervenir dans les entreprises.

Le parti que nous voulons construire est un parti pour rompre avec le capitalisme, changer de société, en finir avec l’exploitation et toutes les oppressions. C’est bien dans l’entreprise que se noue la contradiction entre le capital et le travail, c’est le lieu de l’exploitation. Il faut donc y être présents, mais aussi se donner les moyens de comprendre collectivement ce qui s’y passe et comment ça se passe

Deux remarques préalables :
- La politique a peu à peu quasiment totalement déserté les entreprises (de moins en moins d’intervention du PCF, quant au PS n’en parlons pas, reste LO, mais leur conception des bulletins permet peu la confrontation politique), les autres courants n’interviennent pas ou peu dans les entreprises. Au-delà de la faiblesse de l’intervention des forces politiques, il y a une « dépolitisation » de ce qui se passe dans l’entreprise, dans le sens où d’une part la réalité de la vie à l’intérieur des entreprises échappe au débat public et d’autre part, dans l’entreprise, la politique n’a pas sa place alors même que les directions communiquent en permanence leurs messages libéraux : la démocratie s’arrête bel et bien à la porte des entreprises !
- Notre rôle de militant-es s’est aussi modifié. Pour certains d’entre-nous, nous sommes de plus en plus souvent en position de « faire vivre le syndicat », de le construire, de veiller à son unité… ce que beaucoup de camarades vivent comme contradictoire avec une apparition politique. Pour d’autres, la précarité les contraint au silence !

Pour analyser et comprendre la réalité du fonctionnement du système

Importance de comprendre les orientations, les stratégies patronales, quoi produire et pourquoi le produire, comment le produire et où le produire… Importance de démonter la « cohérence » du système, alors que l’essentiel du mouvement ouvrier en accepte la logique fondamentale et ne le conteste qu’à la marge. On n’arrête pas de trouver dans le fonctionnement quotidien et concret du capitalisme des raisons d’en finir avec ce système. Il s’agit donc pour nous d’être présents dans les entreprises et de se donner les moyens de réfléchir, d’élaborer collectivement à partir de la diversité des ces expériences concrètes.

Pour analyser et comprendre la réalité des conditions de l’exploitation : Les conditions de l’exploitation ont changé. Ce dont témoigne l’explosion de la souffrance au travail qui exprime non seulement
- la pénibilité physique et mentale de la charge de travail, (travail à la chaîne, travail de nuit…)
- Mais aussi la perte totale de sens d’un travail qui n’a plus pour objet de faire, de fabriquer, de créer ou de rendre un service dont on peut être fier, mais dont il apparaît de plus en plus crûment que la seule finalité est le profit (et pas seulement dans l’industrie) ou le maintien des conditions de réalisation de ce profit (exemple du travail social).
- Et surtout ces organisations du travail détruisent les collectifs de travail, grèvent les capacités de résistance au quotidien, la complicité et la solidarité, c’est la conséquence du contexte global de chômage de masse et de précarité, de la chasse à tous les « temps morts », la réduction des effectifs et l’intensification de travail, la mise en concurrence par toutes les individualisations (primes, objectifs individuels…), l’éclatement des statuts avec le recours accru à la sous-traitance. On assiste dans bien des lieux de travail à une véritable stratégie de guerre de tous contre tous. Cette stratégie pèse très lourdement sur les réflexes collectifs, sur les luttes, il s’agit en tant que telles de défaites infligées aux salariés par le libéralisme réel. Toutes ces souffrances individuelles sont en elles-mêmes une condamnation sans appel de ce système, (notre point de vue est aussi humaniste !) nous ne devons pas négliger cet aspect. Il est donc décisif de s’approprier d’un point de vue politique les questions des conditions de travail et de la santé au travail. Pour élaborer notre programme, notre plan d’urgence, pour trouver les moyens de l’expliciter pour le plus grand nombre, il faut pouvoir nourrir notre réflexion de l’expérience vécue au sein des entreprises (qui restent des lieux de secret, dont les réalités ne filtrent à l’extérieur que de façon déformée par la propagande patronale).

Pour mener la lutte, construire le rapport de force

Si nous pensons que le changement révolutionnaire de la société sera le fait des mobilisations de masses (et pas des élections pour aller vite), cela suppose qu’à un moment nous ayons les moyens d’arrêter la (les) machines, de bloquer le système, d’arrêter la production, les transports, les communications… et cela ne peut se faire qu’à partir des entreprises (cela n’exclut pas le rôle des manifestations de masse et s’articule avec l’intervention dans les quartiers populaires). Il faut donc dans les entreprises des militant-es qui défendent cette perspective et qui la préparent. C’est évidement une affaire de projet politique, de propagande…(avec les feuilles de boîtes) mais cela passe tout particulièrement par la question de l’auto organisation, de manière privilégiée dans les luttes (avec les AG décisoires, les comités de grève…), mais aussi en développant au quotidien la prise en charge par les salariés eux même de leurs affaires.

2 - Pour notre militantisme dans l’entreprise, nous avons besoin d’un projet et d’un outil : d’un parti politique.

Il y a un point particulier sur les rapports parti/syndicat. Le parti n’a pas dans l’absolu l’exclusivité du projet global de transformation sociale. Mais aujourd’hui, avec la domination d’un syndicalisme d’accompagnement, on peut penser que la reconstruction d’une alternative syndicale porteuse d’un tel projet passe aussi par la construction du parti anticapitaliste.

L’utilité d’une référence, d’un projet politique pour reconstruire l’espoir…

Nous avons tous fait l’expérience dans nos boîtes de l’effet des campagnes présidentielles d’OB, de ces remarques entendues autour de nous : « il est comme nous », « il est des nôtres », et la fierté qui en découle, qui est une fierté de classe ! (ce n’est pas si courant et c’est très positif !)

L’utilité d’une compréhension globale, d’un projet politique pour intervenir dans les entreprises

Les exemples fourmillent de pourquoi les seuls intérêts ou préoccupations immédiats des salarié-es dans une entreprise ne permettent pas de définir une position : Le « Produisons français » qui peut apparaître comme la bonne réponse à des licenciements ici et maintenant est une monstruosité d’un point de vue internationaliste. A contrario : le mot d’ordre d’interdiction des licenciements permet de mener une lutte concrète contre les licenciements plus efficace, la défense d’augmentations générales uniformes… Il faut un cadre global pour résister, les glissements sont très fréquents, par exemple sur l’intéressement ou l’actionnariat salarié… Et notre conception du salaire socialisé est indispensable pour tout ce qui touche à l’assurance maladie ou à la retraite. Toutes les questions d’extension, de coordination, de généralisation sont souvent volontaristes, elles sont portées par une conception politique de construction d’un mouvement d’ensemble, tout comme la mise en avant de l’auto organisation. Le cadre global est indispensable pour lier les exigences sociales et toutes les dimensions de notre programme : l’écologie, l’internationalisme, l’antiracisme, le féminisme L’articulation écologie / emploi : l’exemple d’AZF ou du nucléaire.

Notre plan d’urgence doit servir aux mobilisations.

Il prend tout son sens à partir du moment où les exigences qu’il met en avant deviennent effectivement des objectifs de lutte pour les salari-es. L’exemple d’une campagne pour les 300 et 1500 euros net.

Pour construire des cadres unitaires de mobilisation, des campagnes politiques Sur certaines questions, il faut être capable de mener une campagne politique au-delà de l’entreprise et dans un cadre plus large : par exemple sur la question des services publics, on ne peut se limiter à une défense service par service (comme le fait trop souvent le mouvement syndical) et un cadre comme celui du collectif national est indispensable… Sur la question des médicaments il y a place à une campagne politique, unitaire qui dépasse la stricte défense de tel ou tel site de production mais pose la question du médicament « qui n’est pas une marchandise ! »…

Quelle intervention politique ?

La propagande régulière dans l’entreprise avec les feuilles et bulletins… Mais aussi des militant-es en chair et en os, « hommes –et femmes- de confiance », connus et reconnus dans l’entreprise comme militant-es politiques. (nous constations l’effet dans l’entreprise d’être candidats pour la LCR aux élections politiques), évidement quand cette référence est collective c’est encore plus efficace. L’intervention dans l’entreprise s’articule avec la présence politique dans la ville et les campagnes qui sont menées.

Quel outil ? Comment s’organiser ?

Nous devons contribuer au débat sur la structuration du nouveau parti en prenant en compte plusieurs objectifs : une implantation dans les quartiers populaires, une implantation dans les entreprises, une visibilité du parti de manière globale donc la capacité à mener des campagnes politiques de tout le parti, des cadres qui permettent de débattre collectivement afin d’être utiles pour les débats syndicaux et l’élaboration… Cela suppose sans doute d’avoir des structures à plusieurs niveaux : géographique / entreprises, branches ou secteurs.

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Le Nouveau parti anticapitaliste chez les jeunes, c’est parti ! VIDEO dans manifestation.

19 Avril 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

Le Nouveau parti anticapitaliste chez les jeunes, c’est parti !



Le NPA dans les manifestations lycéens et sans papiers

Des jeunes du nouveau parti anticapitaliste NPA sont présents dans les manifs sans papiers et la manifestation des lycéens et des profs en avril 2008. "Transformer des rébelles et de révoltés en révolutionnaires, ça c'est possible," dit Daniel Bensaïd.
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Nouveau Parti Anticapitaliste : un entretien de Daniel Bensaïd par la revue "Lignes"

26 Mars 2008 , Rédigé par LCR 27 Publié dans #Nouveau Parti Anticapitaliste

Nouveau Parti Anticapitaliste : un entretien de Daniel Bensaïd par la revue "Lignes"

Entretien avec Sébastien Raimondi et Michel Surya

Lignes : Généralement, Lignes ne se préoccupe guère de stratégie politique et ne s’est jamais réellement soucié des échéances électorales. L’occasion se présente toutefois de le faire ici avec toi, dans le cadre de cet ensemble de textes réuni autour des idées de « décomposition et de recomposition politiques », parce que tu occupes une position qui est tout à fait singulière parmi nous, position qui te fait être intellectuel « pur », si j’ose dire – auteur de nombreux livres de théorie critique et de philosophie, et, en même temps, un militant de la Ligue communiste révolutionnaire – en quelque sorte un intellectuel militant. Ce qui nous intéresse, c’est cette éventualité, plusieurs fois envisagée par vous, à la Ligue, éventualité aujourd’hui rendue publique, de la constitution d’un parti nouveau et élargi, d’un parti ou d’un rassemblement – tu diras quel mot convient. Nous pourrions utilement commencer par évoquer l’ancienneté de ce projet. Il y a plus de dix ans que tu en parles désormais, depuis 1995, je crois. Qu’est-ce qui a fait qu’à ce moment-là, dans votre réflexion collective, vous l’envisagiez comme possible et comme nécessaire ? Et pourquoi cela n’a-t-il pas fonctionné ?

Daniel Bensaïd : Cette idée est même antérieure à 1995. Elle est née d’un constat : la « chute du Mur de Berlin » et l’implosion de l’Union Soviétique n’avaient pas accouché du scénario de relance d’un socialisme démocratique, sur lequel misait, historiquement, le courant dont la Ligue provient. Dans les années 30, Trotski, formulait deux hypothèses quant à ce qui résulterait de la guerre. Soit une Révolution anti-bureaucratique remettrait en marche le processus engagé au lendemain de la Première Guerre mondiale ; soit, au contraire, le régime soviétique serait renversé et le capitalisme restauré. Ni l’une ni l’autre Nouveau-parti3-copie-2.jpgne s’est produite en réalité. En tout cas, pas dans les formes et les échéances envisagées. On mesure maintenant que 1989 parachevait une contre-révolution à l’œuvre depuis très longtemps. Le maniement trop simple des termes « révolution » et « contre-révolution » pousse à imaginer la contre-révolution comme un événement symétrique et aussi indentifiable qu’une révolution. Or, Joseph de Maistre a émis cette idée, qui paraît fort juste, suivant laquelle une contre-révolution, ce n’est pas une révolution en sens contraire, mais « le contraire d’une révolution ». C’est donc d’un processus asymétrique qu’il convient de parler. Il a commencé dès la fin des années vingt, et il était largement consommé au moment où survinrent les événements de 1989 et 1991, qui n’en sont jamais que le dénouement. Le constat dont nous partions au seuil des années 90, c’est donc que ces événements-là marquaient une cassure historique. Les fantômes de Boukharine ou de Trotski ne sont pas sortis alors du placard, ils n’ont pas représenté des références pour les nouvelles générations politiques en Union Soviétique ou en Europe de l’Est. La mémoire aussi avait été défaite. La plongée dans les mirages de la mondialisation libérale a été immédiate, et les oppositions au stalinisme de l’entre-deux-guerres, à tort ou a raison – à tort, bien sûr, de mon point de vue – ont été ensevelies sous les ruines de cette période. Dès la fin des années 80 (on pouvait déjà le pressentir sous Gorbatchev) et, pour prendre un repère sur les dates, dès 89 et 91, l’idée était donc qu’on entrait dans une époque nouvelle. Les anciennes délimitations qui avaient justifié la constitution de courants ou d’organisations politiques – sans être devenues complètement caduques – n’opéraient plus de la même manière. L’ordre du jour était donc à la nécessité de penser une reconstruction programmatique et un nouveau projet politique, dans son contenu comme dans ses formes organisées. Le problème s’est donc posé dès 1989-1991. Les grèves de l’hiver 1995 ont commencé à laisser entrevoir la possibilité que des équipes militantes, syndicales, associatives s’engagent dans une perspective de ce type. Mais cette possibilité a tourné court. Elle été rapidement avortée par la victoire - effet différé des grèves de 95 et de la dissolution chiraquienne de l’Assemblée nationale - de la gauche en 1997. Cette victoire électorale a canalisé une bonne part des énergies libérées lors grèves de l’hiver 95 et des mobilisations de l’hiver 97 contre les lois Pasqua-Debré. Les organisations syndicales ont été pour la plupart re-polarisées par le « dialogue social » avec le gouvernement Jospin, neutralisées au nom du réalisme gouvernemental et d’une politique du moindre mal (qui a tout de même abouti à un Le Pen à 17 % en 2002 !). Ceci dit, si la formule « à nouvelle période, nouveau programme et nouveau parti », est clairement énoncée au début des années 90, ce besoin avait commencé à se faire sentir dès la décennie antérieure. En 1988, quel que soit le bilan que l’on en ait tiré, la tentative de campagne unitaire à gauche de la gauche autour de la candidature Juquin s’inscrivait déjà dans ce type de préoccupation.

Lignes : Il y avait dans votre projet des années 90 l’idée de fédérer tous ceux qui s’étaient constitués en collectifs, je pense aux collectifs des Sans, qui apparurent à ce moment-là. Autrement dit, il se serait agi de vous ouvrir à tout ce qui faisait de politique en dehors des partis.

Daniel Bensaïd : Tout au long des années 90, des différenciations sont apparues au sein de la gauche de gouvernement. Plusieurs générations de rénovateurs et de refondateurs ont émergé du Parti communiste. Que l’on songe ce que sont devenus trois de ses quatre ministres de 1981 : Marcel Rigoud, Anicet Le Pors, Charles Fiterman, et bien d’autres dirigeants comme Pierre Juquin, Claude Poperen, André Fizbin… Du Parti socialiste sont sortis Chevènement et le Mouvement des citoyens. Tout cela s’est traduit par des tentatives de regroupements, dont déjà une campagne unitaire pour un « Non de gauche » lors du référendum sur le Traité de Maastricht en 1992. Mais ces ruptures sont restées éphémères. La plupart ont été satellisées par le Parti socialiste (la logique électorale des institutions de la Ve République pèse fortement dans ce sens), quand elles n’ont pas connu des trajectoires encore plus erratiques (que l’on songe à celle de Max Gallo). Il fallait en tirer les conclusions. Force était de constater les ressources militantes déterminantes pour un renouveau ou à une reconstruction se trouvaient essentiellement dans la fermentation des mouvements sociaux, dans leur pluralité et dans les formes nouvelles que leur donnaient l’émergence de collectifs comme ceux des Sans – sans travail, sans logis, sans papiers, sans droits. C’est d’ailleurs ce que symbolisa alors l’engagement de Pierre Bourdieu. La problématique sur laquelle s’étaient construites les oppositions politiques, notamment l’Opposition de gauche au stalinisme, dans les années 30 et 50, était que le mouvement ouvrier ne disposait pas de la direction et de l’expression politiques qu’il méritait. Il s’agissait donc seulement de changer la tête sur corps resté fondamentalement sain. Le début des années 90 a montré que les dégâts du stalinisme se révélaient à l’épreuve de la durée beaucoup plus profonds qu’on ne l’avait imaginé. Il ne s’agissait pas d’un long détour ou d’une parenthèse sur la voie royale de l’histoire, mais d’une véritable bifurcation, dont les effets se feront sentir encore longtemps. C’est à une reconstruction à tous les niveaux, social, syndical, associatif, jusqu’aux formes de représentations politiques, qu’il fallait désormais s’atteler.

Lignes : Quel accueil a reçu votre proposition alors ? L’élection de Jospin a-t-elle constitué l’unique obstacle à s’être dressé contre, ou a-t-elle aussi suscité la méfiance, la suspicion – politiques, idéologiques ?

Daniel Bensaïd : Peut-être, d’abord, la condition nécessaire – mais non suffisante -, autrement dit l’accumulation de nouvelles expériences de luttes fondatrices, n’était-elle pas remplie. Il existait, certes, un début de remobilisation sociale, mais pas un élan tel qu’il aurait permis de surmonter les obstacles politiques réels. La différence, par rapport à aujourd’hui, c’est qu’à l’époque nous considérions - à juste titre je crois – que, pour qu’un projet d’organisation soit crédible, il devait apparaître à la fois comme une convergence de courants politiques provenant d’histoires et de trajectoires différentes, et comme leur dépassement. La pluralité était donc une des conditions de crédibilité, faute de quoi – et le problème demeure aujourd’hui – le risque était grand d’en rester un simple élargissement, un relookage ou une opération d’affichage et de communication. Les échéances électorales ont été déterminants pour tester la détermination de ceux et celles qui étaient susceptibles d’être intéressés, leur capacité à tenir la cohérence entre les paroles et les actes, ou, au contraire, leur facilité à céder aux sirènes institutionnelles et à se perdre dans des alliances tactiques sans lendemain. Au fil des années, d’échéances électorales en échéances électorales, la conclusion n’a cessé de se confirmer. La victoire électorale de la gauche en 1997, par exemple, a réintégré dans l’aire de la politique gouvernementale une large part des mouvements sociaux apparus au début des années 90 et notamment en 95. Pour les organisations politiques, le choix était de participer ou non au gouvernement de la gauche plurielle, d’être solidaire de sa politique ou de s’y opposer, sur les privatisations, les sans-papiers, le Traité d’Amsterdam, les modalités d’application des 35 heures. Ce type de choix n’a cessé de se répéter depuis. C’est une des raisons qui ont fait échouer la perspective pourtant souhaitable d’une candidature unitaire de la gauche radicale à la présidentielle de 2007. Il était illusoire d’imaginer que le « Non de gauche » de 2005 au Traité constitutionnel européen constituait une base suffisante pour constituer un projet de société commun. On a vu, dès le congrès socialiste du Mans, en été 2005, la quasi totalité des « nonistes » socialistes rentrer dans le rang de la « synthèse » ! Nous avons clairement affirmé, au contraire, que nous n’étions pas synthétisables dans une nouvelle mouture de la gauche plurielle qui referait la même chose que le gouvernement Jospin, ou pire encore, avec Dominique Strauss-Kahn ou avec Ségolène Royal. Il fallait donc définir un projet solide sur les questions majeures (la justice sociale, le partage des richesses, l’Europe, la guerre, l’immigration), mais aussi se mettre d’accord sur les alliances compatibles avec un tel programme. Il s’est vérifié au cours de la campagne que le Parti communiste était Ségo-compatible, et disponible à un remake de la gauche plurielle, et, de manière plus surprenante, que José Bové était sensible à l’ouverture royale au point d’accepter une mission para-gouvernementale de la candidate sans même attendre le deuxième tour de la présidentielle. Ces accommodements ne pouvaient que brouiller les lignes de partages qui commençaient à peine à se redessiner, et désorienter ceux et celles qui reprenaient goût à la politique. Ils étaient donc exclus. Olivier Besancenot était à l’évidence le meilleur des candidats pressentis, par pour une question de « look » comme on l’entend trop souvent, mais par sa clarté et sa fermeté sur le fond, par son expérience sociale, par sa démarche collective, y compris par son potentiel électoral. La suite l’a confirmé. Aux yeux de partenaires éventuels, son principal défaut était finalement son appartenance partisane. Mais, au-delà de ses talents personnels, les qualités qu’on lui reconnaît volontiers n’existent pas malgré mais aussi à cause de cette appartenance, de son implication dans une histoire et une expérience collectives. Le problème du rapport aux institutions a été déterminant dans le choix des uns et des autres. J’entends bien les arguments qui consistent à dire qu’un parti disposant de positions dans des municipalités de gauche peut y conduire des politiques sociales différentes de celles de la droite (même s’il arrive qu’ils mènent, sur l’immigration et l’emploi, par exemple, des politiques aussi discutables que la droite). Leur souci de conserver ces positions peut être entendu. Mais on sait très bien qu’un projet de reconstruction d’une gauche non reniée et non frelatée passera inévitablement par une cure d’amaigrissement institutionnel. Il faut savoir si l’on est prêt à en payer le prix et à sacrifier quelques succès éphémères à un projet de reconstruction aussi « durable » que le développement du même nom. Il faut choisir. S’engager sur le moyen et le long terme, dans une action qui redonne une cohérence à la parole politique, et confiance en elle. Préserver à tout prix des positions acquises, c’est forcément, dans l’état actuel des rapports de forces sociaux et électoraux, se résigner à une position subalterne et auxiliaire de la principale force de gauche, le Parti socialiste, en être otage et caution sans peser réellement sur sa politique. C’est ce qu’est encore en train de vérifier en Italie la participation de Rifondazione comunista au gouvernement de Romano Prodi. D’où l’idée, aujourd’hui, de débloquer la situation par le bas, en misant sur de nouvelles générations militantes dans les entreprises, dans les universités, dans les banlieues. Quelque chose se passe. Avant tout, la perte de légitimité du discours libéral. Son discours triomphant du début des années 90 – promettant une ère de paix, de prospérité, etc. –, ne marche plus. La remobilisation sociale s’est traduite dans un premier temps par un essor de mouvements, assorti d’une grande méfiance (compréhensible) envers toute forme de représentation et d’organisation politiques. Cette méfiance colporte cependant, à mon avis, l’illusion consistant à déduire les phénomènes de bureaucratisation des formes organisationnelles, notamment de la « forme parti ». Or, la bureaucratisation est un phénomène beaucoup plus profond – et beaucoup plus grave – dans les sociétés modernes. Elle est liée à la division sociale et technique du travail, à la professionnalisation de la politique, à la privatisation des savoir, à la complexité des rapports sociaux. Elle ne traverse pas seulement les partis, mais tout autant, voire plus, les appareils syndicaaux, où les cristallisations matérielles sont considérables, et même les organisations non gouvernementales ou associatives dès lors qu’elles sont largement subventionnées, sans parler des appareils et administrations d’Etat. Le problème est donc bien plus vaste. A la fin des années 90 et au début 2000, l’expérience a été faite des limites de ce que d’aucuns ont cru être une autosuffisance des mouvements sociaux. Des limites, si l’on veut de « l’illusion sociale » opposant la pureté d’une action sociale saine aux impuretés et aux salissures de l’engagement politique. Les attentes sociales qui ne parviennent pas à trouver de réponses sur le terrain social se reportent alors (souvent de manière minimaliste) sur le terrain électoral. Cette demande de politique, au sens large du terme, il faut y répondre autrement que par un discours résigné au moindre mal (le « tout-sauf » - Berlu ou Sarko), et autrement qu’en prenant le dernier wagon du dernier train d’une gauche à l’agonie. Le besoin urgent d’un nouveau parti est inscrit dans la logique de la situation : une droite de droite se propose, par des contre-réformes brutales, d’aligner le pays sur la norme libérale de la mondialisation ; une gauche du centre s’aligne, quant à elle sur la norme d’une social-démocratie convertie au libéralisme (tempéré ou non) : New Labour en Angleterre, Nouveau centre en Allemagne, Parti démocratique en Italie. Cette situation solde la défaite historique des politiques d’émancipation au XXe siècle. L’entrée en masse sur le marché mondial du travail de centaines de millions de travailleurs dépourvus de droits et de protections sociales va peser durablement sur les rapports de forces entre le capital et le travail. Quant à l’évolution des courants traditionnels de la gauche, elle semble difficilement réversible. Au vu de cette situation désastreuse, nous prenons nos responsabilités. Nous sommes bien conscients des difficultés. Et d’abord celle de s’atteler à la construction d’un nouveau parti, si ce n’est à froid, du moins dans un contexte défensif et non pas d’essor impétueux des mouvements sociaux. Il y a, certes des résistances et des luttes importantes, mais la plupart s’achèvent par des défaites. L’autre grande difficulté, c’est l’absence de partenaires significatifs à l’échelle nationale. Certains répondent à notre proposition par le silence ou se défaussent de crainte qu’il s’agisse d’une simple opération de rénovation de la Ligue. Ceux-là ont la vue basse. Plutôt que de se réfugier dans la méfiance et dans la crainte, ils devraient au contraire se réjouir que la Ligue prenne cette initiative au lieu de se contenter de gérer frileusement son (petit) capital électoral. Et, plutôt que de bouder sous de mauvais prétextes, ils devraient engager sans tarder la discussion sur le fond : un nouveau parti, sur quel programme ? pour quoi faire ? avec quelles alliances en vue ? et quelles garanties de fonctionnement démocratique ? Si, au bout du compte, la tentative ne devait aboutir qu’à un élargissement de la Ligue, ceux qui tergiversent et se dérobent sous de faux prétextes en porteraient la responsabilité. Nous aurons, quant à nous, essayé. Et si nous le faisons, c’est parce que nous venons d’un courant historique qui se pose depuis longtemps cette question, qui a dû porter longtemps, dans l’adversité, les lourds bagages de l’exil, et qui perçoit les possibilités de la conjoncture. Nous avons hérité d’une vision de l’histoire qui ne cède pas au culte post-moderne de la politique en miettes, d’un présent rétréci, sans passé ni lendemain, d’un faux réalisme, « ici et maintenant », sacrifiant la stratégie à la tactique, le but au mouvement, et qui finit par construire des châteaux de sable en Espagne au nom d’une « culture de la gagne ». Il serait sans doute plus simple de gérer prudemment un simple renforcement de Ligue, mais ce serait manquer aux obligations de la situation. Il est possible que nous ne parvenions pas à notre objectif, ou que nous ne l’atteignions que partiellement. Sauf en de rares circonstances, on ne multiplie pas les forces militantes comme les fameux pains bibliques. En nous attelant à la tâche, nous savons que le chemin sera long. Si peu fiables et si discutables soient-ils, les sondages indiquent, fusse de manière surévaluée, une attente politique confuse. Nous visons au moins à réduire le grand écart entre le potentiel qu’exprime la popularité d’Olivier Besancenot et la faiblesse des forces organisées réellement existantes. Au vu de ce que peuvent faire quelques milliers de militants, on imagine ce que pourraient déjà le double ou le triple. Mais l’objectif d’un nouveau parti est qualitatif autant que quantitatif. Il s’agit de créer un parti populaire, enraciné dans les entreprises, les quartiers, les lieux d’étude, fidèle à la composition et à la diversité sociale et culturelle de ce pays (car c’est un problème majeur du champ politique en France : ses acteurs ne sont pas à l’image de la société). Il y a un danger, que cet effort nécessaire de mutation sociologique se fasse au détriment de la réflexion, laquelle n’est pas indexée sur la même durée, sur les mêmes urgences, et demande d’autres outils. Sera-t-on capable de tout faire en même temps ? D’élargir les capacités d’intervention, et de se doter en même temps de lieux de réflexion, de formation, de supports, de publications, revues en ligne, d’une politique d’édition ? Il ne s’agit pas de faire une organisation où les intellectuels – appelons-les ainsi même si la catégorie est assez inappropriée du fait de l’extension du travail intellectuel à bien des domaines de l’activité sociale – servent uniquement de pétitionnaires. Non, un travail spécifique doit être fait pour livrer bataille sur le champ idéologique et culturel. Il faut arriver à surmonter ce qui a constitué l’un des problèmes spécifiques du mouvement ouvrier, qui trouve son origine dans les expériences traumatisantes de Juin 1848 et de la Commune : une culture ouvriériste, entretenue par l’anarcho-syndicalisme, exploitée par le Parti communiste sous prétexte de « bolchévisation », avec en contrepartie sa méfiance envers les intellectuels toujours suspects d’être en puissance des traîtres à la classe. Ce que l’on pourrait appeler le syndrome Nizan…

Lignes : Quels pourraient être les fondements programmatiques d’un tel parti, et s’agit-il d’un adieu au trotskysme historique ?

D.B. : Il ne s’agit pas de faire passer aux membres d’un futur parti un examen d’entrée, en récitant le Manifeste communiste de 1848 ou le Programme de transition de 1938, mais de se rassembler autour d’un accord sur la manière d’affronter les grands événements en cours. Nous ne demanderons pas à nos partenaires éventuels d’endosser une histoire qui n’est pas la leur, mais de répondre ensemble aux grands défis de la situation nationale et mondiale, ce qui ne saurait se réduire à des accords éphémères sur une profession de foi électorale, mais doit être vérifié dans l’action quotidienne. Certains ont l’impression d’innover en proposant de dépasser l’opposition artificielle entre réforme et révolution. Ils enfoncent, ce faisant, des portes depuis longtemps ouvertes (depuis au moins le débat des années vingt dans l’Internationale communiste sur les revendications dites transitoires). Il n’y a pas de contradiction entre les réformes et la révolution. Les réformes ne sont pas, en soi, « réformistes », indépendamment de leur dynamique et des rapports de force dans lesquels elles s’inscrivent. En revanche, il y a une opposition stratégique entre le réformisme cristallisé, celui qui conçoit le capitalisme comme l’horizon indépassable de notre temps et limite son ambition à l’amender ; et la volonté maintenue de « changer le monde » en opposant terme à terme une logique de solidarité, de service public, de bien commun, d’appropriation sociale, à la logique dominante du calcul égoïste, de l’intérêt privé, de la concurrence (et de la guerre) de tous contre tous. Avec ou sans les mots pour le dire, cela signifie en pratique que le parti que nous voulons serait en pratique anticapitaliste, c’est-à-dire à mes yeux communiste et révolutionnaire, sans que pour autant il ait résolu l’énigme stratégique des révolutions du XXIe siècle. Les définitions stratégiques se feront chemin faisant, au feu de l’expérience, à la manière dont les controverses stratégiques du mouvement ouvrier ont pris forme au fil des XIXe et XXe siècles à l’épreuve des révolutions de 1848, de la Commune de Paris, des guerres mondiales, des révolutions russe et chinoise, de la guerre civile espagnole, du Front populaire ou de la Libération. Quant à notre héritage spécifique, celui d’une longue lutte contre le stalinisme et le despotisme bureaucratique, malgré l’énorme part de nouveauté qui caractérise la situation mondiale depuis une quinzaine d’années, il reste dans une large mesure fonctionnel. Nous assistons sans doute de la fin d’un cycle dans l’histoire des mouvements d’émancipation. Mais on ne repart pas de rien et on ne recommence pas de zéro. Le XXe siècle a eu lieu. Il serait imprudent d’en oublier les leçons. Sous réserve d’inventaire, à condition de ne pas le considérer comme un placement boursier, notre héritage politique et théorique vivant sera ce qu’en feront les héritiers. Il s’agit de partir de ce qu’il y a eu de meilleur pour aller de l’avant. C’est d’autant plus facile pour nous que nous n’avons jamais été dans une identification exclusive ou dans le culte d’un père fondateur. « Trotskistes », si l’on veut, mais notre souci de longue date consiste transmettre, dans sa diversité, l’histoire et la culture du mouvement ouvrier, aussi bien Lénine et Trotski que Blanqui, Rosa Luxemburg, Sorel, Jaurès, Labriola, Gramsci, Nin, Mariategui, Guevara, Fanon, Malcolm X, et bien d’autres, non seulement des révolutionnaires mais des réformistes sérieux. Ces références ne sont pas équivalentes, elles ne n’ont pas pesé du même poids dans les épreuves historiques, mais elles constituent une culture commune. Sans relativiser l’importance de ses propres acquis, la Ligue est donc prédisposée par cette approche à leur dépassement ou à leur trans-croissance. La question d’une recomposition politique s’est déjà posée, notamment dans les années trente ou dans les années soixante. Les forces nouvelles émergentes étaient même alors (sous l’impact de la guerre d’Algérie, de la révolution cubaine, de la guerre d’Indochine) plus importantes et plus vigoureuses qu’aujourd’hui. Dans les années 30, les fractures dans la social-démocratie se sont traduites par la formation de partis comme le POUM en Espagne, l’ILP en Grande-Bretagne, le SAP en Allemagne ou en Hollande, par l’apparition de courants comme le pivertisme en France. Dans les années soixante, l’impact des luttes de libération nationale, les guerres d’Algérie et d’Indochine, la révolution cubaine, on suscité des ruptures de gauche dans les Partis communistes en Asie ou en Amérique latine, stimulé une radicalisation étudiante massive. Il y eut les Blacks Panthers, les conférences de l’Olas, les échos mythifiés de la révolution culturelle… Certains en conçurent alors l’illusion d’une absolue nouveauté, comme si cette vague effaçait les références et les clivages du passé. La suite a montré qu’il n’en était rien. Dans la dialectique du nouveau et de l’ancien, selon une formule de Deleuze qui m’est chère, on recommence toujours par le milieu. A la différence d’autres courants qui s’en réclament, nous n’avons jamais fait de la référence au troskysme un fétiche. C’est un terme réducteur, forgé par l’adversaire. Nous l’avons assumé et l’assumons sans honte, avec fierté même, par défi. Mais s’il s’avérait que nous avons trimballé, et trimballons encore, dans notre héritage des bagages inutiles, des signes identitaires sans pertinence pratique, il faudrait y voir une manière de cultiver une singularité artificielle, donc sectaire, dont il faudrait se débarrasser au plus vite. Or, qu’il s’agisse de la question de la révolution permanente (opposée aux utopies du « socialisme dans un seul pays »), de la lutte contre le fascisme, du danger bureaucratique au sein du mouvement ouvrier, de la question des fronts populaires, de l’internationalisme, ou des principes démocratiques devant régir une organisation, les références fondatrices sont toujours actuelles. Notre histoire ne se réduit pas à celle d’une opposition de gauche au stalinisme, de sorte que la disparition de ce dernier suffirait à les rendre caduques. Ce qui a disparu, c’est l’Union soviétique et ses satellites. Pour ce qui est du danger de gangrène bureaucratique, c’est une autre affaire. Le problème, au fond, c’est que le stalinisme ou le maoïsme étatiques ne sont pas réductibles à « une déviation » théorique ou idéologique. Ce sont des variantes historiques d’un phénomène bureaucratique massif présent sous différentes formes dans les sociétés contemporaines. Nous tournons une page, nous ouvrons un nouveau chapitre, mais nous n’effaçons pas les précédents, et nous n’avons pas changé de livre. Il s’agit de se dépasser en conservant ce qu’il y a eu de meilleur dans les différentes traditions des mouvements d’émancipation, communistes, libertaires, conseillistes. La Ligue n’est, dans cette perspective, ni une fin ni un obstacle, mais un point d’appui indispensable. L’un des problèmes est que nous ne sommes pas encore assez fort pour entraîner des partenaires nationaux potentiels qui hésitent ou rechignent, et que nous sommes pourtant trop forts à leurs yeux au point de redouter de notre part un comportement hégémonique. Comme nous n’allons pas rapetisser et nous faire discrets pour les rassurer, la seule solution, c’est de devenir plus forts pour entraîner les hésitants et détacher les réticents de l’orbite social-libérale dont ils restent captifs.

Lignes : Tu as souligné les difficultés du projet. Comment les surmonter ?.

D.B. : Les modalités d’un « processus constituant », ses formes organisationnelles, dépendent de l’éventail des partenaires, selon qu’il s’agira d’individus ou de courants, nationaux ou locaux, etc. Ce qui en revanche dépend de nous, c’est l’état d’esprit et la manière d’aborder ce processus. Il est illusoire de croire que l’on est plus rassurant (ou séduisant) en jetant préventivement du lest, et que, moins on en dit, plus le projet est attractif. On constate au contraire, chez ceux qui s’interrogent sur le bilan des expériences passées, anciennes ou récentes, et sur la façon d’affronter une situation désastreuse, un grand besoin de clarté, de connaissances, de réflexion. Un discours minimaliste pourrait même devenir suspect de manœuvre, ou de manipulation paternaliste. Le meilleur levier dont nous disposions en l’état actuel, c’est l’expérience et la détermination de quelques milliers de militants, c’est un collectif, des convictions et un savoir faire partagés. Nous pouvons et devons prendre le risque d’engager cet acquis dans une initiative audacieuse. Mais il y a une différence entre un risque et une aventure, entre un pari raisonné et un va-tout. Nous voulons nous dépasser (pas nous supprimer). Malgré ses mauvais plis, ses inerties (toute forme organisée génère ses conservatismes immunitaires), la Ligue n’est pour cela ni un boulet ni handicap, mais le meilleur levier existant, de même que la candidature d’Olivier n’était pas un pis-aller ou une candidature par défaut, mais la mieux à même d’ouvrir un nouvel espace politique. S’il parvenait à rassembler des partenaires significatifs, un nouveau parti impliquerait sans doute des compromis. Mais les compromis ne sont pas préventifs. Ils ne sont pas un point de départ ou un préalable, mais au contraire l’aboutissement de discussions et de confrontations franches et loyales. Nous ne demandons à personne à l’entrée de ce processus de renoncer à son histoire ou de renier ses convictions. Personne, réciproquement, ne saurait exiger de nous un strip-tease programmatique préventif, et nous n’avons pas nous-mêmes à changer d’habits et à nous travestir. Si nous avons fait ce que nous avons fait jusqu’à présent, et si nous faisons aujourd’hui cette proposition, c’est précisément parce que nous sommes ce que nous sommes, et parce que nous venons d’où nous venons. Pour peu que nous avancions sur la voie d’un nouveau parti, les formes dépendront de ces avancées. Elles ne sont pas fixées d’avance. Diverses hypothèses sont ouvertes : un parti pluraliste avec droit de tendance, un front d’organisations ou de courants comme le Bloc de Gauche au Portugal, etc. Il est inutile de préjuger des résultats d’un processus qui n’est même pas engagé, et de spéculer sur les solutions à un problème dont les termes ne sont pas encore posés. En revanche, nous avons assez d’expérience pour savoir que dans un compromis, on peut céder de la clarté programmatique en échange d’un gain en surface sociale, en capacité d’action et d’expérimentation commune. Mais édulcorer le contenu d’un programme sans gagner en capacité d’action, confondre le pluralisme avec l’éclectisme, a souvent abouti à des organisations non pas plus larges et plus fortes, mais plus étroites et plus confuses. Cela s’est hélas maintes fois vérifié depuis 68.

Lignes : Si ce nouveau parti ou cette nouvelle Ligue n’est pas le résultat d’un accord passé avec des partis déjà existants, ce sera alors un travail que vous mènerez seuls, pariant sur l’émergence d’une nouvelle base étendue à des parts de la société qui ne seraient pas encore politisées, ou trop peu.

Daniel Bensaïd : Non, pas tout à fait. L’accord avec des partis nationaux n’est pas un préalable pour engager un processus. Il faut à la fois proposer un projet aux organisations nationales et discuter avec des groupes locaux du Parti communiste, avec Alternative libertaire, avec la minorité de LO, etc., sans subordonner ces initiatives « par en bas » à l’aboutissement d’accords nationaux. Certains nous imputent la responsabilité de l’échec d’une candidature unitaire en 2007. A nous de les convaincre que les conditions que nous avions posées alors, en particulier la clarification exigée en vain sur l’impossibilité d’alliance gouvernementale ou parlementaire avec le Parti socialiste, étaient pleinement justifiées. Ce n’est pas que nous voulions diaboliser le PS, mais ses orientations sont simplement incompatibles avec notre projet, ce qui n’exclut pas l’unité d’action – que nous ne cessons d’ailleurs de lui proposer - sur telle ou telle question concrète (les sans-papiers, le licenciements, la réforme universitaire…). Sur le fond, le PS est d’accord avec la réforme des retraites, avec la réforme des universités, avec le mini-traité européen. Il ne s’y oppose – quand il le fait ! – que sur la forme, et pour la forme. On nous objecte souvent que le refus de s’allier électoralement avec lui bloquerait toute possibilité d’alternance. Soyons clairs. Ce qui est impossible, c’est une alliance de majorité parlementaire ou gouvernementale. Il nous est en revanche souvent arrivé, et encore au second tour de l’élection présidentielle, de voter pour ses candidats. Non en accord avec leur programme, mais malgré leur programme, simplement pour éliminer la droite. Un dicton populaire dit que, pour dîner avec le diable, il faut une longue cuillère. Même si le Parti socialiste est plutôt un diablotin (ou un diable en papier, aurait dit le président Mao) qu’un diable, la nôtre est encore trop petite. Il faut donc commencer par modifier les rapports de force, non seulement face à la droite, mais aussi au sein de la Gauche. Les raisons pour lesquelles le PS est aujourd’hui ce qu’il est, sont profondes. Dans sa campagne présidentielle de 2002, a fait du Giscard de gauche en escamotant la lutte des classes et en faisant des classes moyennes - la France des deux-tiers ! – sa cible électorale privilégiée. Résultat : une perte de son électorat populaire et Le Pen au second tour. Pour reconquérir cet électorat populaire, il faudrait une politique complètement différente sur les questions d’emploi, du pouvoir d’achat, des services publics. Toutes choses qui ne peuvent se concevoir sans rompre avec les contraintes de la construction européenne libérale acceptées jusqu’à maintenant. Or, au fil des législatures et des privatisations qu’ils ont eux-mêmes orchestrées, les appareils dirigeants socialistes ont noué des liens étroits avec les milieux industriels et financiers privés. Si Strauss-Kahn prend aussi naturellement la tête du FMI, c’est qu’il était déjà, avec le PDG de Peugeot, un des fondateurs du Cercle de l’industrie. Il y a une fusion organique de la noblesse de robe socialiste et de l’aristocratie financière. Leur degré d’« intégration » est tel qu’on voit mal d’où pourraient surgir les énergies et les ressources, non pas d’une politique révolutionnaire, mais ne serait-ce que réformiste au sens classique de terme, ou « keynésienne » pour jargonner un peu.

Lignes : La droitisation de la gauche de gouvernement, tu viens de dire ce qu’elle était, elle est inévitable. Elle a commencé depuis longtemps. Et il n’y a pas lieu d’imaginer qu’elle puisse connaître un arrêt. C’est ce qu’on intitulera, dans ce numéro de Lignes, la part de « décomposition », non pas de la politique dans son ensemble, mais de la politique de gauche. Ce dont nous parlons ensemble, c’est de l’éventualité de cette autre part, une part de recomposition de la gauche et, donc, de la politique. On sent bien que la droitisation de la gauche gouvernementale ne fait pas l’unanimité. Qu’il y a une poussée sociale, idéologique et politique en faveur d’une forme de « gauche de la gauche ». Le succès de la figure de proue de la Ligue, son porte-parole, Olivier Besancenot, compte pour beaucoup là-dedans. Mais aussi, certainement, le retrait d’Arlette Laguiller. Besancenot séduit. Ce qui induit un rapport de force nouveau entre la gauche de gouvernement et la gauche critique ou radicale. Quelque chose peut donc se produire aussi par le sommet, et non pas seulement par la base.

D.B. : Les sondages témoignent en effet d’une sympathie croissante pour Olivier Besancenot. Il apparaît comme l’opposant au sarkozysme le plus déterminé à gauche, et comme une des personnalités de gauche les plus populaires, au point de rivaliser avec les principaux dirigeants socialistes. Mais il ne faut pas se laisser prendre à ces mirages, et confondre la popularité dans l’opinion (loin des échéances électorales) avec la réalité des rapports de forces. Entre 2002 et 2007, l’électorat de Besancenot a évolué. Les études publiées après 2002 dessinent un électorat, disons, « alter mondialiste et couches moyennes ». En 2007, c’est un électorat beaucoup plus populaire au sens large, disons « ouvrier-employé », et surtout jeune (plus de 50 % a moins de 35 ans, ce qui est très différent de LO ou du PC). Pouvoir compter sur un tel porte-parole est très important. Mais l’écart reste énorme entre l’écho de son discours et les capacités de mobilisation, même si sa popularité se vérifie de plus en plus dans les luttes sociales. La figure militante d’Olivier contribue à faire bouger les choses par en haut, comme vous le dites, mais la condition déterminante de notre projet reste l’appropriation de la politique par « ceux d’en-bas ». Il faut apprendre à utiliser les jeux d’image sans en devenir dépendants, sans céder à la cooptation médiatique, et sans se prendre à l’illusion selon laquelle la « second life » télévisuelle remplacerait la vie – autrement dit – la lutte réelle.

Lignes : Pourquoi un parti, qui semble une forme datée, et non pas quelque chose de plus souple, de moins centralisé, de plus en rapport avec les formes souples contemporaines de réseaux ?

D.B. : Parti, mouvement, ligue, alliance… Peu importe le mot. Ce qui importe en revanche c’est l’efficacité pour l’action et les principes de vie démocratique. Nous voulons une organisation de militants, et non de simples adhérents, qu’on ne voit que les jours de congrès. Ce n’est pas par nostalgie d’un mythe bolchevique, mais bien d’abord et avant tout par souci démocratique. Dans sa campagne, Ségolène Royal a beaucoup parlé de démocratie participative, mais un parti d’adhérents à 20 € - qui adhèrent non pour militer, mais pour voter, en se contentant de cliquer sur internet - c’est une forme de démocratie passive, au mieux consultative, au pire plébiscitaire. Nous voulons au contraire une organisation qui résiste, en créant son propre espace démocratique, aussi bien aux logiques du pouvoir économique qu’aux logiques du pouvoir médiatique. Il y a démocratie active quand la délibération la plus libre aboutit à des décisions collectives qui engagent chacun et permettent de tester ensemble, à l’épreuve de la pratique, les choix opérés. Une délibération qui n’engage à rien est un simple échange d’opinion. Il n’y a pas besoin de partis pour cela. Une amicale ou un comptoir de bistro suffisent. Le dénigrement de la forme parti participe de la dégradation plébiscitaire de la vie politique, de sa personnalisation croissante, de son évolution vers un rapport fusionnel entre l’individu charismatique médiatisé et la masse inorganique, au mépris de toute médiation politique, partisane ou autre. Or, la politique est précisément un art des médiations. La montée en puissance spectaculaire du « je » au détriment du « nous » lors de la dernière campagne présidentielle est symptomatique de cette tendance préoccupante. Il n’y a pas d’organisation sans un minimum de règles communes, et il n’y a pas de droit sans un certain formalisme juridique. Non seulement les partis, mais les syndicats, les associations, ont ddes statuts qui sont en quelque sorte la charte constitutionnelle sur laquelle repose l’adhésion volontaire de leurs membres. Certes, le centralisme démocratique, désormais identifié au centralisme bureaucratique, a fort mauvaise presse. Mais la démocratie et un certain degré de centralisation ne sont pas antinomiques. Au contraire Ils sont la condition l’une de l’autre. La démocratie n’est jamais parfaite, mais toutes les formules prétendant à plus de souplesse informelle s’avèrent moins démocratiques et aboutissent en fait à déssaisir le collectif militant de sa propre parole (et du contrôle de ses porte-parole). La démocratie d’opinion, autrement dit la démocratie de marché, isomorphe à l’économie de marché, propice à toutes les démagogies, on en a hélas souvent fait l’expérience, de sorte que notre préoccupation puisse aujourd’hui être entendue à condition de s’expliquer clairement. Parler d’un parti de militants, et non de simples adhérents-votants, n’implique ni rythme d’activité effrénée, ni hyper centralisme, ni discipline de fer. Chacun peut contribuer à l’activité commune selon ses capacités, ses contraintes, son temps disponible, l’important étant que les décisions auxquelles il prend part l’engagent personnellement et pratiquement. La communication transversale que permettent aujourd’hui les technologies téléphoniques ou internet permettent de briser le monopole de l’information qui fut l’un des fondements des pouvoirs bureaucratiques. Les difficultés et les obstacles sont nombreux. Nous devons le savoir. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer. On nous reprocherait, et nous nous reprocherions les premiers, de ne pas l’avoir fait, quand il en était temps.

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