Emeutes de la faim: le capitalisme affame les peuples.
2 milliards de personnes sous le seuil de pauvreté!
854 millions de personnes victimes de la faim!
Haïti, Côte d'Ivoire, Cameroun, Sénégal... Des manifestations souvent violentes contre la hausse des prix des produits de première nécessité se multiplient dans les pays en "développement".
Conséquences des politiques d'ajustement structurelle imposées par le FMI. On peut parler de crime contre l'humanité.
Selon
la F.A.O. (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) plus de 854 millions de personnes sont victimes de la faim dans le monde et 37 pays sont actuellement menacés. En
deux mois, le prix du riz a augmenté globalement de 75%, voire plus dans certains pays. Celui du blé a fait un bond de 120% en un an. Les émeutes de la faim se déclenchent. Pas de doute, le monde
va de mieux en mieux ! C’est quand qu’on change tout ?
Depuis le début de l'année 2007, les prix des denrées alimentaires de base s'envolent un peu partout dans le monde, pénalisant en priorité les pays émergents. Des
émeutes de la faim ont éclaté en Egypte, au Bangladesh, en Thaïlande, au Burkina Faso, au Sénégal, en Côte-d'Ivoire, au Maroc… et la tension monte dans de nombreux autres pays.
A Haïti, où le prix du sac de riz a doublé en une semaine, des heurts ont éclaté, provoquant la démission du chef du gouvernement, le 12 avril 2008.
Emeutes de la faim (Le Monde diplomatique)
Des « émeutes de la faim » ont secoué ces derniers jours l’Egypte, le Maroc,
l’Indonésie, les Philippines, Haïti — où elles ont fait au moins cinq morts et abouti à la chute du gouvernement —, ainsi que plusieurs pays africains : Nigeria, Cameroun, Côte
d’Ivoire, Mozambique, Mauritanie, Sénégal, Burkina Faso... Si l’Afrique est particulièrement vulnérable, c’est parce qu’elle subit la « destruction systématique de ses agricultures
vivrières », dénonçait Jean Ziegler, rapporteur spécial de la commission des droits de l’homme des Nations unies pour le droit à l’alimentation, dans un article publié en mars sur notre
site : « Réfugiés de la faim ».
« Entre 1972 et 2002, le nombre d’Africains gravement et en permanence sous-alimentés a
augmenté de 81 à 203 millions. Les raisons sont multiples. La principale est due à la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne.
Les Etats industrialisés de l’Organisation de coopération et de développement économiques
(OCDE) ont payé à leurs agriculteurs et éleveurs, en 2006, plus de 350 milliards de dollars au titre de subventions à la production et à l’exportation. L’Union européenne, en particulier,
pratique le dumping agricole avec un cynisme sans faille. Résultat : la destruction systématique des agricultures vivrières africaines.
Prenons l’exemple de la Sandaga, le plus grand marché de biens de consommation courante de
l’Afrique de l’Ouest. La Sandaga est un univers bruyant, coloré, odorant, merveilleux, situé au cœur de Dakar. On peut y acheter, selon les saisons, des légumes et des fruits portugais, français,
espagnols, italiens, grecs, etc. — au tiers ou à la moitié du prix des produits autochtones équivalents.
Quelques kilomètres plus loin, sous un soleil brûlant, le paysan wolof, avec ses enfants, sa
femme, travaille jusqu’à quinze heures par jour… et n’a pas la moindre chance d’acquérir un minimum vital décent.
Sur 52 pays africains, 37 sont des pays presque purement agricoles.
Peu d’êtres humains sur terre travaillent autant et dans des conditions aussi difficiles que les paysans wolof du Sénégal, bambara du Mali, mossi du Burkina ou bashi du Kivu. La politique du
dumping agricole européen détruit leur vie et celle de leurs enfants. »
Emeutes de la faim : « Une hécatombe annoncée » (Jean Ziegler) (Libération)
lundi 14 avril 2008
La
production massive d’agrocarburants provoque une envolée des prix alimentaires mondiaux, catastrophique pour les pays du Sud, explique Jean Ziegler, conseiller à l’ONU sur
l’alimentation.
Jean Ziegler est rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. Ce sociologue suisse est l’auteur de
L’empire de la honte (Livre de poche, 2008).
Les « émeutes de la faim » sont-elles un facteur d’instabilité planétaire ?
Oui, parce qu’elles ne sont pas conjoncturelles, mais structurelles. Elles ne sont pas directement liées à des phénomènes
climatiques (sécheresse en Australie) ou de développement (nouvelles classes consommatrices en Inde ou en Chine). Quand le prix du riz flambe de 52% en deux mois, celui des céréales de 84% en
quatre mois, et quand le prix du fret explose avec celui du pétrole, on précipite 2 milliards de personnes sous le seuil de pauvreté.
Quelles peuvent être les conséquences ?
On en voit les prémices aujourd’hui, avec les champs de riz gardés par l’armée en Thaïlande, la bataille pour le pain en Egypte,
les morts par balles à Haïti. On va vers une très longue période d’émeutes, de conflits, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations
les plus vulnérables. Avant la flambée des prix déjà, un enfant de moins de 10 ans mourait toutes les 5 secondes, 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées ! C’est une
hécatombe annoncée. Les ménages consacrent de 10 à 20% de leur budget dans l’alimentation en Occident, et de 60 à 90 % dans les pays les plus pauvres : c’est une question de
survie.
Où sont les responsabilités ?
Principalement dans l’indifférence des maîtres du monde, pays riches ou grands émergents. Les opinions publiques
s’offusquent-elles de la famine dans le nord de l’Inde, comme il y a deux ans, ou des populations du Darfour ? Quand on lance, aux Etats-Unis, grâce à 6 milliards de subventions, une
politique de biocarburant qui draine 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire, on jette les bases d’un crime contre l’humanité pour sa propre soif de carburant… On peut
comprendre le souhait du gouvernement Bush de se libérer de l’emprise des énergies fossiles importées, mais c’est déstabilisant pour le reste du monde. Et quand l’Union européenne décide de faire
passer la part des biocarburants à 10 % en 2020, elle reporte le fardeau sur les petites paysanneries africaines…
Les biocarburants ne sont pas seuls responsables…
Les pays les plus pauvres paient leur quittance au FMI. Malgré les allégements de dette, 122 pays avaient une
ardoise de 2 100 milliards de dollars de dettes cumulées en 2007. Les plans d’ajustement structurels du FMI imposent toujours des plantations d’exportation qui doivent servir à produire des
devises et permettre aux pays du Sud de payer les intérêts de la dette aux banques du Nord. Ajoutez à cela les subventions agricoles à l’exportation qui laminent les marchés agricoles locaux, et
vous arrivez à une situation explosive….
http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/321064.FR.php © Libération
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