Réponse d'AGV aux délires du maire
Franck Martin, du col Mao au costard cravatte: cet homme est-il de gauche?
Fin avril, session pleinière du Conseil Général. F.Martin prend la parole. Voici comment cela est rapporté par « l’Impartial » (30-4-06 ): « Il est nécessaire de s’opposer au CPE, mais pour une question de méthode. On ne peut pas réformer au canon. Je suis convaincu qu’il faut introduire une certaine dose de flexibilité, et seule la gauche peut le faire en assurant toutes les garanties aux salariés. La gauche ne doit pas être conservatrice, mais réformatrice. Or actuellement, on entend des discours, y compris chez les jeunes, qui résonnent comme des propos de vieux. On maintient une icône de l’emploi à vie, alors que l’on sait très bien que tous les jours la précarité est là. Et par hypocrisie il ne faudrait rien changer ? (…) Il faut oser dire la vérité aux salariés. Les entreprises ne sont pas là pour pressurer les jeunes. Quand une entreprise investit pour former un jeune, elle n’a pas envie de s’en séparer«. Si dans les rangs de la droite ce discours a été très applaudi, en revanche chez les « alliés traditionnels de F.Martin,, ses propos ont généré un véritable tollé. « Il n’y a pas d’argent pour l’emploi en France, mais il y en a pour payer les actionnaires » s’insurge le divers gauche Claude Auffret, tandis que le PCF Larmanou manque de s’en étouffer, tant sa colère est profonde. « Que venez-vous faire dans les manifs anti-CPE ? tempête pour sa part le DVG Francis Courel (…). L’UMP Louis Petiet boit du petit lait : « je ne suis pas sûr qu’il y ait encore aujourd’hui une majorité départementale de gauche ».Et le journaliste de conclure : « le CPE a de sérieuses répercussions, et pas seulement là où on s’attendait ».
Alors, est-il de gauche ? Oui. Gauche caviar, gauche social-libérale, comme Kouchner et Royal. F.Martin n’a pas réagi à cet article, pas traité le journaliste de gauchiste, pas demandé de droit de réponse. Mais que notre conseiller municipal Gérard Prévost revienne sur ces faits dans sa modeste tribune d’« Allez Louviers » d’avril-mai, et voilà le maire qui s’arroge deux fois plus de place pour répandre sa fureur et nous reprocher des « procédés malhonnêtes pour tromper les lecteurs « . Nous y reviendrons. Mais d’abord, pourquoi tant de hargne contre nous ?
TRAUMATISE PAR SON PASSE
Après 68, le fils du maire de la « ville de l’autogestion », comme on disait alors, aurait pu être attiré par les courants anti-autoritaires, marxistes ou libertaires, par exemple. Non, dès 14 ans, il est devenu disciple du président Mao, et l’est resté jusqu’à 20 ans bien sonnés. Mais on ne s’enthousiasme pas impunément pour la grande manipulation criminelle de masse qu’a été la « révolution culturelle chinoise ». On ne sort pas indemne de la chasse à l’homme organisée par la « justice populaire » à Bruay-en-Artois contre un malheureux notaire, forcément violeur et meurtrier parce que bourgeois. Ou de la dénonciation de tout syndicaliste CGT comme « Kollabo » et »social-traitre ». Ou des diktats idéologiques du « groupe Foudre d’intervention culturelle ». Il a fallu attendre les massacres de Pol Pot au Cambodge pour que ce jeune homme commence à ouvrir les yeux. Comme tant d’autres, il a ensuite troqué le du col Mao pour le costard cravate. Banal. Mais en quoi son passé lui donne-t-il autorité pour prêcher la croisade contre les révolutionnaires, les trotskistes, les marxistes, et plus généralement tous ceux qui persistent à penser et à agir en fonction des réalités de la lutte de classes ? Quelle prétention, quelle ignorance ! Que dirait-on en effet de quelqu’un qui mettrait dans le même sac Jacques Gaillot, évêque « licencié » du diocèse d’Evreux pour fait de solidarité avec les opprimés, et son patron le réactionnaire Jean-Paul II ?
MAIS DE QUOI PARLE-T-IL ?
« Pour nos curés rouges, il suffit de maudire les péchés du monde actuel, de réciter le bréviaire marxiste, de promettre la venue du Paradis révolutionnaire. Et surtout, de s'opposer à tout progrès réel, car en diminuant le malheur des gens, tout progrès social diminuerait l'audience de la secte et donc dévaloriserait la rente de situation des prophètes du malheur ! Les pseudo révolutionnaires ont donc besoin du malheur du peuple ». (extrait du long article « Trotski.. tue le ski » - nous n’inventons rien ! - sur son blog personnel, accessible depuis la page d’accueil du site internet de la ville : de quel droit d’ailleurs ?).
Mais ce qu’il décrit là, ce n’est rien d’autre que ce qu’il a connu chez les maos. Toujours ce traumatisme. Mais ceux et celles qui nous côtoient et nous voient vivre et agir au quotidien, sur nos lieux de travail, dans nos associations et syndicats, ne peuvent pas nous reconnaître !
OLIVIER BESANCENOT, DEJA ENTENDU PARLER, MONSIEUR MARTIN ?
C’est en effet un nom que vous évitez soigneusement. Sa seule évocation fait sombrer vos fielleuses diatribes dans le ridicule. Et justement, une des choses qui nous réunit à « A Gauche Vraiment ! », c’est qu’on se reconnaît dans ce jeune postier, dirigeant de la LCR qui ne veut pas faire de la politique un « métier », contrairement à vous. Un gars modeste, qui a cependant déjà écrit un livre pour présenter ses, nos idées. Ca s’appelle « Révolution ! 100 mots pour changer le monde», et son succès a entraîné sa réédition en collection de poche (« j’ai lu »5,30€). Si vous l’ouvriez, ça vous obligerait à arrêter de rabâcher vos caricatures. Car, ne vous en déplaise, de Bourdieu à Bensaid, la gauche radicale réfléchit et produit des analyses. Quelques extraits :
Réforme (p.76) : Les révolutionnaires sont favorables aux réformes. Tout progrès, toute amélioration pour la majorité de la population, toute nouvelle conquête sociale et démocratique est bonne à prendre. Nous ne sommes pas partisans du tout ou rien (…). Les révolutionnaires sont pour de vraies améliorations. Mais sur cette voie, ils se heurtent au pouvoir des classes dominantes, même si celles-ci peuvent lâcher un peu de lest parfois, pour garder l’essentiel de leur pouvoir, surtout lorsqu’elles se sentent menacées par l’ampleur des mobilisations. (…) La seule possibilité d’arracher des réformes, de les consolider jusqu’au bout, d’en faire de réelles transformations sociales, c’est d’en finir avec une société où l’argent va à l’argent, en osant défier un Etat qui bloque les réformes. Ce changement-là implique une rupture radicale ».
Révolution russe (p.49) : »En tirer le bilan est indispensable (…). Lorsqu’il n’y a pas d’élections générales démocratiques, lorsque la liberté de réunion est entravée, lorsque les syndicats sont soumis au parti et à l’Etat, et lorsque la liberté de la presse n’est pas reconnue, la vie politique et sociale régresse, les institutions s’étiolent.. Et en fin de compte, la bureaucratie finit par imposer son propre pouvoir à la société »
Trotskisme (p.53) : « Aujourd’hui, certains débats appartiennent au passé. Le stalinisme s’est effondré et c’est tant mieux. Comme aime à le répéter Alain Krivine : « je me sens juif face à un antisémite et trotskiste face à un stalinien ».
IL A TOUT REJETE SAUF LES METHODES STALINIENNES
« Je déments en bloc les propos que me prête la propagande trotskyste (…). Ce genre de procès d’intention, en d’autres temps, conduisait, à Moscou, à des procès tout court, se terminant par 30 g de plomb dans la nuque de l’accusé (…). Décidemment, les trotskystes sont incorrigibles » (réponse à G.Prévost dans « Allez Louviers »)
Mais quelle outrance, quelle haine ! Peut-il être aveuglé au point de ne plus savoir que les accusés des procès staliniens de Moscou, dans les années 30, étaient invariablement accusés d’être des « crapules hitléro-trotskystes » ? Le repenti Martin n’a même pas de respect pour la mémoire des victimes, la seule chose qui lui importe, c’est de taper au-dessous de la ceinture pour tenter de faire oublier ce qui le gêne. Les martyrs deviennent donc des victimes, les bourreaux des trotskistes, et le tour est joué. Des procédés aussi pitoyables et méprisables en disent
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