Manifestations et barrages à la raffinerie Total des Flandres afin de protester à la fermeture du site, le 14 janvier 2010

Le groupe EDF a dit mercredi qu'il n'avait toujours pas pris de décision concernant ce projet, malgré la promesse de l'ancien ministre de l'Industrie Christian Estrosi qu'il serait "entériné avant la fin de l'année".

Ce nouveau report "ne nous étonne pas. Mais de toutes façons, il y a belle lurette qu'on n'y croyait plus", a réagi Philippe Wullens, délégué Sud à la raffinerie des Flandres.

"Pour moi, ça a toujours été une sorte d'arnaque. Total avait sorti ça de son chapeau au moment de l'annonce de la fermeture pour faire diversion. Et puis, ça arrangeait bien les politiques de pouvoir dire qu'ils ne laissaient pas fermer le site sans solution de rechange", a-t-il dit.

La fin du raffinage à Dunkerque ne signifie pas la fermeture du site Total qui doit être transformé en dépot pétrolier, centre d'assistance technique et centre de formation. Il emploie toujours le même nombre de salariés, soit environ 300 personnes et, de source syndicale, aucun d'eux ne serait volontaire pour aller travailler au terminal méthanier.

La mort du raffinage a surtout affecté les entreprises sous-traitantes, qui représentent environ 500 emplois.

Plusieurs élus du Nord ont dénoncé l'annonce de M. Estrosi faite au mois de juin. "On savait que c'était pipé. C'est des effets d'annonce. J'espère que la prochaine fois les gens feront attention avant de dire n'importe quoi", a réagi Eric Rommel (PRG), maire de Loon-Plage, où doit être construit le terminal.

"Le projet méthanier était parti bien avant que Total ait décidé de fermer", souligne ce fervent partisan du projet. Selon lui, le report du projet d'EDF s'explique par la conjoncture du marché mondial du gaz et n'est pas enterré. "On va continuer à attendre", dit-il.

Le projet, qui remonte à 2006, a déjà fait l'objet de multiples reports. Il avait resurgi en mars en pleine polémique sur la fin du raffinage. L'ensemble des raffineries Total de France s'étaient mises en grève.

Pour calmer le jeu, EDF et Total avaient annoncé qu'un accord interviendrait "avant l'été". Mais fin juin, EDF avait annoncé un report sine die. Quelques jours plus tard, M. Estrosi avait assuré que les deux groupes s'étaient engagés à ce qu'il soit "entériné avant la fin de l'année".

"Le gouvernement nous a leurrés, il a essayé de nous endormir, en nous disant +vous allez avoir le terminal méthanier+, alors qu'il était décidé depuis plusieurs années. Aujourd'hui, on est toujours dans l'attente", a réagi Bernard Derosier, le président du Conseil général du Nord, dénonçant un "marché de dupes".

Le projet de terminal méthanier doit représenter plus de 20% de la demande gazière française, mobiliser 1.200 personnes durant la construction puis une cinquantaine d'emplois directs et 150 emplois indirects pour l'exploitation.

Mais les membres de la direction d'EDF seraient toujours partagés sur le projet, en raison des inconnues qui pèsent sur le marché mondial du gaz.

Christian Hutin, député-maire MRC de Saint-Pol-sur-Mer (Nord) et vice-président de la communauté urbaine de Dunkerque, y croit toujours. "On souhaite que le gouvernement s'investisse, car il a fait une promesse. Ce serait une bonne chose qu'il le fasse maintenant. La parole de l'Etat est en jeu", a-t-il dit.