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NPA 27 -  Eure

Ex-M-real : LA REPRISE, LA VICTOIRE !

23 Janvier 2013 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #EMPLOIS - LICENCIEMENTS

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Ex-M-real : LA  REPRISE, LA VICTOIRE !

La signature officielle, la venue de M.Montebourg mercredi,  la fierté et la fête le soir pour les ex-M-real, c’est formidable. C’est le résultat de trois ans de lutte opiniâtre, où tous les acteurs ont su être efficaces, à commencer par l’intersyndicale . Il faut souligner, parce qu’il a tendance en ce moment à être laissé dans l’ombre, le rôle d’impulsion du "Collectif pour le maintien et le développement de l'emploi chez M-real", et le travail de celles et ceux, membres d'EELV, du NPA, du PCF, du PS, qui en ont fait une priorité de leur engagement pendant 3 ans. Il faut aussi rappeler qu'il n'y a  garantie de réembauche pour personne, en particulier pour ceux qui ont porté ce combat. C'est une exigence qui devrait être unanime.

M. Montebourg  se déplace, et c’est justifié. Mais la réouverture de la papeterie d’Alizay ne fera pas oublier le fiasco de Florange. Et le vote de la  loi M-real, annoncé comme imminent en septembre, n'a que trop tardé l  Si elle est adoptée sans être dénaturée, j'applaudirai  quand même. Mais ma préoccupation maintenant, ce sont les graves dégradations des droits sociaux qui menacent l'immense majorité des salarié-e-s avec le récent accord entre le Medef et certains syndicats qui réjouit tant le gouvernement.

 

Pierre Vandevoorde, cofondateur du collectif, militant du NPA

 

Pour aller plus loin: ci-dessous  un article de bilan de la lutte à paraître dans la revue du NPA de mars.

 

Version (trois fois plus) longue sur   http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article27654

 

M-real : UNE LONGUE MARCHE par Pierre Vandevoorde

 

Fin janvier, le groupe thaïlandais « AA » aura racheté la papeterie d’Alizay (Eure) grâce à une « départementalisation temporaire». Enterrés de multiples fois, les ex-M-real ont arraché redémarrage et réembauches. Comment ?   

 

UNE LUTTE QUI VIENT DE LOIN

 

C’est en  2006, que finlandais Metsälitto se lance dans le grignotage du site, au nom  du maintien de la compétitivité bien entendu. La CGT mobilise, tente des actions de jonction avec d’autres boîtes autour du mot d’ordre « d’interdiction des licenciements chez M-real comme ailleurs ». Mais un bon nombre de salarié-e-s est âgé, parmi lesquels beaucoup de factionnaires usés par le travail en continu. La casse est limitée à 130 licenciements, mais l’idée s’installe qu’on ne peut pas arrêter le rouleau compresseur.

 

 En janvier 2009,  il sortait encore 300 000 tonnes de pâte et autant de papier par an. Mais après l’arrêt technique de février, la production de pâte n’avait pas redémarré. Les ouvriers, affectés à des travaux de maintenance ou mis en formation, n’étaient pas vraiment inquiets. Jusqu’au chômage partiel pour 60 personnes en septembre. De l’autre côté, la machine à papier tourne, avec de la pâte recyclée en provenance de Londres : les papetiers se sentent peu concernés. Et pourtant, quand la combustion des résidus de bois ne fournit plus l’énorme quantité d’énergie nécessaire à la marche des deux unités, il faut l’acheter à EDF. Sans redémarrage de la pâte, on pouvait prédire la fin du site d’ici deux ans.

 

Que faire alors ? C’est le NPA qui propose au PCF de créer un  collectif unitaire autour de M-real. Et la mayonnaise prend: une centaine de personnes  se retrouve avec la CGT et la CFE-CGC, le PCF, le NPA, le PS, EELV (et le PRG et le MRC qu’on n’a jamais revus), des représentants des conseils municipaux. La charte recueille des milliers de signatures sur les marchés, supermarchés, dans les mairies. Le collectif se réunira pratiquement toutes les semaines pour discuter des initiatives, soumises ensuite à l’approbation des salarié-e-s, qui ne seront jamais moins d’une centaine à chaque action. La confiance est d’ailleurs qu’il ne sera jamais possible de s’appuyer sur un « comité de mobilisation » plus large.

 

Chez M-real comme ailleurs, les licenciements, ça suffit comme ça !

La liste des entreprises qui ferment ou licencient rien que dans notre secteur donne le vertige. Il faut que ça s’arrête !

Chez M-real, la production de pâte est arrêtée depuis février, et c’est maintenant le chômage partiel.

Avec M-real (415 emplois), c’est plus de 1 000 emplois qui sont en jeu dans notre région.

Avec les soussignés, je me prononce pour :

- Le redémarrage immédiat de l’usine de pâte à papier.

- Le maintien de tous les emplois chez M-real, tant pour les embauchés que pour les sous-traitants.

- De nouveaux investissements rapides sur le site (station de désencrage, Biomasse, fabrication de

granulés de chauffage…) et le développement de l’emploi durable.

 

« Collectif pour le maintien et le développement de l’emploi chez M-real » soutenu par : CGT, CFE CGC, FILPAC, PCF, NPA, PS, MRC, PRG, les Verts.

 

Le cadre du collectif est clairement délimité: tous les points de la charte sont liés (voir ci-dessus). Même si des illusions ont existé sur l’importance des rencontres avec les pouvoirs publics et la possibilité de les convaincre du bien-fondé des « solutions industrielles », c’est la mobilisation qui reste la dominante. Très vite, la vieille garde CGC  est marginalisée et leur militant unitaire devient une cheville ouvrière et un leader reconnu. A partir de l’annonce du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) de 99 personnes en décembre, on enchaîne : blocages de l’usine, manifs (avec à chaque fois le soutien de l’UD CGT), travail de démonstration économique de la viabilité du site. En juin, coup de bambou : la perspective de reprise par un groupe important, sur laquelle le ministre Le Maire a appuyé sa campagne des régionales, se dégonfle. Alors, au bout de 8 mois de lutte, c’est la fermeture de l’unité avec 75 nouvelles suppressions d’emplois en juin. Comme il se doit, M-real avait juré ses grands dieux que cette opération chirurgicale assurait le sauvetage de la papeterie et de la fabrication de ramettes A4.

 

POUR NOTRE COURANT, UNE DEJA LONGUE HISTOIRE

C’est en 1998 que Thierry Philippot quitte  le PCF pour la LCR. Son activité de rénovation du syndicat et de dénonciation d’un accord de réduction du temps de travail pourri a poussé l’ancienne équipe à quitter la CGT. Dans les années qui suivent, la direction a tout mis en œuvre, avec l’appui  de ces individus,  pour tenter de se débarrasser de lui. « C’est le soutien quotidien de mes camarades du parti, avec l’appel d’air de notre bulletin d’entreprise où on rendait coup pour coup et plus, qui m’ont permis de tenir  le coup », affirme Thierry.

Les relations avec le maire-conseiller général PCF Gaëtan Levitre  et ses proches ont commencé à changer avec la lutte de 2006. Dans le respect de ce qui nous sépare, elles sont devenues, avec la section Seine-Eure du PCF,  des liens de fraternité. Pour autant, dans l’Huma, le NPA n’a jamais été  mentionné !

 

Les deux militants NPA membres du collectif, Patrick Dupin et Pierre Vandevoorde, ont eu à participer, dûment badgés, à des réunions avec ministres, préfets et autres notabilités, au grand étonnement de ces derniers au début. Courtoisement mais fermement, ils ont  fait entendre une parole radicale là où tout est fait pour l’étouffer.

 

ET DES MAI 2011,  CA REPART!

M-real  annonce alors sa volonté de vendre et de fermer s’il n’y a aucun repreneur d’ici septembre. Maintenant, tout le monde  a le dos au mur. Le Collectif est réactivé. Nouveauté, il y a des élus de droite: la mort de M-real, c’est 15 millions d’euros par an en moins pour les collectivités. La toujours épineuse question des aides publiques s’impose à l’ordre du jour: certains pensent qu’il faut exiger des aides pour  faciliter la vente, car sinon le dépôt de bilan menace. La majorité reste à ceux qui considèrent que la seule garantie, c’est la capacité de mobilisation. Mais le souvenir de Pont-Sainte-Maxence (Oise) plane : lâchés par M-real, ils ont été rachetés par un escroc qui s’est mis en cessation de paiement au bout d’un an, avec en poche plusieurs millions d’euros d’aides que personne ne lui a jamais réclamés.

 

Il n’y a plus de boulot; un deal « électricité et ordinateurs contre salaires» est passé, à condition de badger et de prendre sa faction. Les actions se succèdent et les négociations trainent : bien que M-real mette à chaque fois la barre plus haute, deux candidats sont toujours là.

 

Et pourtant, le 18  octobre, prétextant d’un désaccord sur le prix, le PDG annonce la fermeture. AGs, arrêt total, piquets, braseros, tentes, actions… La plus impressionnante, c’est la journée « portes ouvertes » avec relance illégale de la production[1]: 2500 visiteurs, dont le ministre Le Maire et le préfet, qui se sont invités en fin d’après-midi ! …et Philippe Poutou[2]: « J’aime bien visiter les usines, surtout quand ce n’est pas la mienne », lança-t-il, avant d’expliquer la nécessité de réquisitionner les entreprises qui licencient Une exigence avancée aussi par l’intersyndicale ainsi que, pour la première fois, par G.Levitre, au nom du PCF. La FILPAC[3] présente elle les choses ainsi: » Les salariés (…) ont fait de cette usine l’une des plus performantes d’Europe. (…) il n’est pas question de s’en laisser exproprier sous prétexte de stratégie financière de la multinationale finlandaise M Real ! ».

 

Le « travail » reprend le 18 novembre, après un vote à 98% pour le déblocage du site, en échange d’un PSE contenant des garanties importantes et 90 000 euros de prime additionnelle en moyenne pour 20 ans d’ancienneté. Avec aussi l’engagement qu’un repreneur puisse produire du papier, ce qui était hors de question jusqu’alors. Une quinzaine de personnes resteront pour maintenir l’équipement en état jusqu’au 31 décembre. Enfin, un droit de contrôle est obtenu pour  Thierry Philippot, Jean-Yves Lemahieu (CGT) et Eric Lardeur (CFE-CGC), membres de la « commission de réindustrialisation » avec la direction. Les arrières sont assurés, et c’est cette  garantie qui permet de continuer à mener le combat pour que l’usine vive avec tous ses emplois.

 

La course contre la montre est engagée : dépôt massif de plaintes pour harcèlement moral contre le PDG, exigence de paiement de la dépollution, procédure au plan européen pour entente illicite entre groupes papetiers, il s’agit de mettre à mal  leur image prétendument « éthique ».

 

Un pas important est franchi le 8 décembre avec le vote (unanime !) du Conseil Général de l’Eure – sur proposition de G.Levitre, mandaté par le collectif - d’une motion demandant au gouvernement d’«exproprier pour cause d’utilité publique» (le sort des 700 personnes qui badgeaient sur le site et de leurs familles)  pour permettre la reprise. Surprenant au regard des convictions libérales de plus d'un membre de cette assemblée et de la gestion pro-patronale du CG27, soucieux de sa notation par Standard and Poor’s.

 

Manifestement, le poids de cette lutte en pleine période électorale est tel que le PS s’est permis de pointer la responsabilité du gouvernement à peu de frais, et la droite gênée n’a pu que suivre..

 

DE L’INTERDICTION DES LICENCIEMENTS A LA LOI M-REAL/ARCELOR…

De quoi avons-nous besoin ?  Fondamentalement, de vivre sans peur du lendemain. Alors, ce qu’il nous faut, c’est l’interdiction des licenciements. Et si le patron fait défaut, on se passe de lui, en l’expropriant. Comment y arriver ? Par tous les moyens nécessaires. Y compris en nationalisant sous le contrôle des travailleurs. C’est en déclinant ces raisonnements depuis des années que la LCR, puis le NPA, ont peu à peu convaincu de la pertinence de la première, puis de la deuxième exigence. Pas (encore) de la troisième…

L’interdiction des licenciements, cela suppose la coordination des luttes. Rien ne vient des confédérations, qui sont constantes dans leur refus d’organiser ne serait-ce qu’une marche nationale pour l’emploi. Les tentatives de convergences n’ont pas été concluantes.

 

L’expropriation s’est imposée dans le débat public. Elle a pris chair avec le premier vote unanime du conseil général. C’est la même méthode qui a fait germé l’idée d’une « petite loi », qui dirait en gros: « il sera interdit de fermer une entreprise lorsqu’elle est viable et qu’il existe des repreneur sérieux".

 

Hollande exprima son accord lors de sa visite en février. Cela donna la  proposition de loi 44-12, repoussée par la droite… et perdue depuis dans les tiroirs de l’Assemblée ! Cela passe très mal. Le 5 janvier, Hollande a d’ailleurs préféré venir saluer le souvenir de Mendès France à Louviers, ami de la haute finance comme lui, plutôt que les travailleurs de M-real. Il paraît que ça va enfin venir, sous le nom de « loi Florange »…

 

VERS LA REPRISE

 

Après un banquet à 500 le 30 mars, les lettres sont tombées le 2 avril. Pour « l’équipe de réindus», ce furent ensuite 6 mois ponctués de réunions de tous types, avec une AG d’info en juin [4] et le suivi des collègues licencié-e-s qui passent au local du CE. Depuis un moment, il avait fallu accepter de « ne pas communiquer ». Mais en fait, les syndicalistes n’étaient plus tenus au courant de ce qui se passait entre les pouvoirs publics, le département et les industriels. C’est au dernier moment qu’ils ont appris le vote prévu au Conseil général. Un événement vraisemblablement  monté en épingle à la demande du gouvernement, qui avait besoin que les feux des projecteurs se détournent un moment de dossiers douloureux comme PSA ou Florange. Comme Metsällito, échaudé, veut se désengager vite et complètement, le département sert juste d’intermédiaire à la vente : initialement 15 millions pour l’usine de papier à AA,  et 3 millions au français Neoen pour la chaudière biomasse qui fournit l'énergie aux installations.et revend à EDF (mais finalement AA prend le tout). Et 4 millions au département pour  28 hectares remis à un établissement foncier pour aménager un port fluvial dans le cadre du Grand Paris. Vu le nombre d’investisseurs qui lorgnaient dessus depuis la fermeture de la pâte, le CG, sera sans doute  même bénéficiaire.

 

Le coup de pouce du département, le vote unanime du 11 décembre n’en constituent pas moins une première qui bouscule les dogmes libéraux de droite et de gauche, même s’il n’y a eu dans la région que le député UMP  Gilard pour s’indigner : « Tout le monde va demander la nationalisation !».

 

L’opération doit permettre de reprendre immédiatement 150 à 200 salarié-e-s et, à terme, un total de 250 sur les 330 ex-M-real.  Vu le niveau de technicité, l’embauche est  quasiment assurée, mais ce n’est qu’après la signature définitive qu’on saura qui précisément, et à quelles conditions. Un succès donc, dans un contexte bien particulier. Un nouveau patron, ce sont de nouvelles bagarres en perspective pour regagner les anciens acquis. Et peut-être pour commencer, afin d’obtenir l’embauche des trois du « comité de réindus » !

 

[1] Voir http://www.dailymotion.com/video/xmb3gy_m-real-poutou_news#.UPHWVmfM_cs

 

[2]JL . Mélenchon, E.Joly, F. Hollande (dans l’ordre) viendront aussi , de même que B.Thibaut et Th.Lepaon

 

[3] Fédération CGT des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication

 

[4]  http://bulletindestravailleurs.over-blog.com/article-video-m-real-un-rassemblement-reussi-en-appelant-d-autres-107196878.html

 

 

 

 

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