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NPA 27 -  Eure

En Libye et à Bahrein, massacres à huis clos (Rue89)

17 Mars 2011 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #International

La reprise des villes par le dictateur Kadhafi encourage les dictatures existantes comme celle de Bahrein, dans le golfe arabique, à répondre aux manifestations populaires par la répression la plus brûtale, avec le soutienbentier de l'Arabie Saoudite à la solde des USA. Une victoire, probable, de Kadhafi dans l'indifférence générale, risque de donner un coup d'arrêt à la révolution démocratique et sociale dans les pays arabes.

En Libye et à Bahrein, massacres à huis clos

By Zineb Dryef

03/17/2011 –

Alors que les troupes de Kadhafi ne sont qu'à 10 kilomètres de Benghazi, depuis plusieurs jours, c'est le black out total dans le reste du pays. Les nouvelles provenant des villes reprises par les forces gouvernementales sont rares.

Les Libyens « se sentent abandonnés »

Nos contacts en Libye ne répondent plus depuis plusieurs jours. Un confrère a tout de même réussi à joindre l'un d'eux, à Zaouia. Il nous écrit :

« Les téléphones sont coupés et c'est dangereux de communiquer avec la presse. Notre contact m'explique qu'elle ne s'attarde pas sur Internet. Elle préfère attendre un peu. Il vaut mieux ne pas essayer de la contacter pour le moment.

Il y a une vraie purge apparemment. Ils commencent à manquer de médicaments et surtout, à demi-mot notre contact demande si “on” (les Français/les Européens/les Occidentaux) va faire quelque chose… Ils se sentent abandonnés. »

Zawara, Zaouia, Brega, Ajdabiya, bientôt Misrata et Benghazi, la capitale des opposants à Kadhafi. Depuis cinq jours, l'armée de Kadhafi reprend toutes les villes libérées par les insurgés. Les combats, très rapides, ont déjà fait des dizaines de morts et des centaines de blessés à travers le pays.

 

Une reconquête éclair

A Ajdabiya, dernière ville avant Benghazi, une trentaine de personnes au moins ont été tuées. Des civils.  

Cette ville, dernier verrou avant Benghazi, est tombée extrêmement rapidement. Trois quarts d'heure de combat ont suffi à faire fuir les civils et les insurgés.

Ce jeudi, deux vastes offensives contre Misrata et Benghazi ont été annoncées par le gouvernement provoquant la fuite des civils de Benghazi vers l'Egypte. Humanitaires (y compris la Croix-Rouge) et journalistes ont également plié bagages pour rejoindre Tobrouk, en Cyrénaïque, une province libyenne à la frontière égyptienne. Après avoir été contraintes de quitter Ras Lanouf, puis Brega, les équipes de MSF ont décidé de se retrancher en Egypte.

 

Des insurgés déterminés mais seuls

La vaste campagne de propagande du gouvernement rend la situation confuse. Mercredi, les kadhafistes ont annoncé avoir été rejoints par deux grandes tribus de Benghazi. Une information démentie par les intéressés et par les insurgés. De la même façon, les rebelles revendiquent quelques poches de résistance dans les grandes villes du pays, notamment à Misrata.

Si le rapport de force joue désormais en faveur du régime, plusieurs vidéos montrant les insurgés déterminés à poursuivre le combat ont été mises en ligne sur les sites de l'opposition .

Très confiant, le fils de Kadhafi dans une interview à Euronews n'a manifesté aucune inquiétude concernant une éventuelle intervention étrangère :

« Les opérations militaires sont terminées. Dans les 48 heures, tout sera fini. Nos forces sont presque à Benghazi. Quelle que soit la décision, il sera trop tard. »

 

A Bahrein, les civils pris pour cibles


A Bahrein, le coup d'arrêt au changement a été donné par le déploiement de soldats saoudiens et des Emirats arabes unis et par une reprise intensive de la répression.

Un rapport publié ce jeudi par Amnesty International  fait état de tirs ciblés de la police contre les manifestants :

« Hani Mowafi, un médecin américain qui faisait partie de l'équipe d'Amnesty International, a conclu, au vu des nombreuses lésions graves, voire mortelles qu'il a constatées en février, que les forces de sécurité ont utilisé des munitions réelles à faible distance, en cherchant semble-t-il à atteindre les manifestants à la tête, à la poitrine et au ventre. […]

Parmi les blessés figuraient des personnes clairement identifiables comme étant des professionnels de la santé, pris pour cible par des policiers alors qu'ils essayaient d'aider des manifestants blessés sur le rond-point ou à proximité. »

Des vidéos prouvent ces accusations. Sur celle-ci, on voit clairement des policiers tirer sur des manifestants. L'un d'entre eux, blessé, se traîne derrière une voiture avant de s'effondrer.  

 

Après les départs des dictateurs tunisien et égyptien, une victoire de Kadhafi risque d'affaiblir l'extraordinaire mouvement de libération des peuples dans le monde arabe. Terrorisés par la répression sanglante menée conjointement par les pays du golfe à Bahrein et par la situation de guerre civile en Libye, les opposants aux régimes actuels pourraient, comme ce Libyen rencontré par l'envoyé spécial du Monde  en Libye, être tentés de croire que « cette révolution ne nous aura rien apporté de bon. »

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