Manifestants sur la place Tahrir, au centre du Caire, au soir du 1er février 2011

PLUS D'UN MILLION DANS LA RUE

Mardi soir, au terme d'une journée de mobilisation géante de plus d'un million d'Egyptiens dans tout le pays, le président Hosni Moubarak a annoncé dans un discours télévisé qu'il restait au pouvoir mais qu'il ne serait pas candidat à la présidentielle de septembre.

M. Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis 29 ans, s'est engagé à préparer lors des huit mois de mandat qui lui restent une transition pacifique, notamment en modifiant la Constitution afin de faciliter les candidatures pour la présidentielle.

Le mouvement de contestation qui a débuté le 25 janvier a fait au moins 300 morts selon un bilan non confirmé de l'ONU, et des milliers de blessés.

MOUBARAK TETU S'ACCROCHE AU POUVOIR

Washington et Londres ont accueilli avec prudence l'engagement de M. Moubarak.

Le président américain Barack Obama a indiqué mardi soir avoir dit à son homologue égyptien qu'une transition politique pacifique et calme devait débuter "maintenant" en Egypte, s'abstenant toutefois de lui demander d'écouter les appels exigeant son départ immédiat.

Dans une intervention solennelle à la Maison Blanche à l'issue d'une journée d'intenses consultations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'un de leurs principaux alliés du Moyen-Orient, M. Obama a aussi félicité l'armée égyptienne d'avoir permis que des manifestations pacifiques aient lieu.

Londres a réitéré son appel aux autorités égyptiennes à procéder à un "changement réel, visible et complet", selon un communiqué du Foreign Office.

Le leader cubain Fidel Castro a jugé que "le sort" de M. Moubarak "en est jeté" et que le soutien traditionnel de Washington à son régime n'y pourra rien.

Des manifestants, dont beaucoup campent depuis des jours sur la place Tahrir (Libération), dans le centre du Caire, devenue emblématique de la colère des Egyptiens, ont repris dès leur réveil mercredi matin les slogans réclamant le départ du président.

LES MANIFESTANTS MAINTIENNENT LA PRESSION

"Allez, allez, Hosni dehors", ont-ils scandé, émergeant tout juste de leurs tentes ou de leurs sacs de couchage, à même le sol.

Deux grandes banderoles sont toujours déployées sur la place, l'une en anglais avec "People demand removal of the regime" (le peuple veut la chute du régime NDLR) et l'autre en arabe, adressé au président Hosni Moubarak: "dégage!".

Mardi soir, l'annonce de M. Moubarak qu'il resterait au pouvoir a été aussitôt rejetée par les milliers de manifestants rassemblés malgré le couvre-feu, laissant augurer d'une poursuite de l'épreuve de force.

"NOUS NE QUITTERONS PAS LA PLACE!"

"Le président est très têtu, mais nous sommes plus têtus que lui. Nous ne quitterons pas la place" Tahrir, a déclaré un leader de la contestation dans un haut-parleur.

M. Moubarak a assuré qu'il n'avait pas l'intention de briguer un sixième mandat de six ans en septembre.

"Je le dis en toute sincérité, et sans tenir compte de la situation actuelle, je ne comptais pas me présenter à un nouveau mandat présidentiel", a déclaré M. Moubarak. "Ce pays, j'y ai vécu, j'ai fait la guerre pour lui, et l'histoire me jugera", a-t-il ajouté. L'Egypte est "la nation que j'ai défendue et dans laquelle je vais mourir".

M. Moubarak a appelé le Parlement à "débattre d'un amendement aux articles 76 et 77 de la Constitution pour changer les conditions de la candidature à la présidentielle et limiter les mandats".

VENDREDI, JOURNEE DECISIVE

De son côté, l'ambassadrice des Etats-Unis Margaret Scobey s'est entretenue au téléphone avec Mohamed ElBaradei, la figure la plus en vue de l'opposition, qui a appelé M. Moubarak à partir "au plus tard vendredi".

Depuis le 25 janvier, les manifestants se rassemblent quotidiennement pour réclamer le départ de M. Moubarak qu'ils accusent d'être responsable des maux du pays -pauvreté, chômage, violation des libertés, corruption et verrouillage politique.

Pour mobiliser les manifestants, les groupes issus de la société civile, soutenus par M. ElBaradei, par une partie de l'opposition laïque et les Frères musulmans, force d'opposition la plus influente, ont compté sur le bouche à oreille, Internet restant bloqué et le service de messagerie mobile perturbé.

La chaîne télévisée Al-Jazira, qui a largement couvert la révolte, a déploré mercredi un brouillage de sa diffusion dans tout le monde arabe, estimant que "certains pouvoirs ne veulent pas que nos images appelant à la démocratie et aux réformes soient accessibles au public".

Après une semaine de protestations, les contrecoups économiques de la révolte se font sentir, notamment pour le tourisme, l'une des principales sources de revenus pour l'Egypte.