Echantillions de médicaments génériques, le 4 juin 2004 dans les laboratoires pharmaceutiques Servier à Gidy la Forêt

Dans ce fax daté du 22 mars 1996 que le journal s'est procuré, Madeleine Derôme-Tremblay, présidente de Servier Amérique (et actuelle épouse de Jacques Servier), demande à la société Wyeth, qui commercialise l'Isoméride aux Etats-Unis, de "préparer et de nous soumettre plusieurs plans qui pourraient neutraliser ces messieurs, sans paraître comme agressifs envers eux".

"Ces messieurs", ce sont l'épidémiologiste français Lucien Abenhaim et son collègue américain Stuart Rich, auteurs d'une étude sur l'Isoméride remise en 1995 à l'Agence du médicament. L'agence française interdit alors toute prescription de l'Isoméride en France, mais le médicament est autorisé en 1996 aux Etats-Unis jusqu'à son retrait en 1997.

"Coïncidence", d'après les informations de Libération, le professeur Abenhaim a reçu à cette époque des petits cercueils à domicile.

D'autres acteurs subissent des pressions toujours anonymes, sans que jamais le lien soit fait avec Servier, souligne le quotidien.

Un haut responsable de l'Agence du médicament français a ainsi été menacé de mort par téléphone, un journaliste a été inquiété par des détectives privés et une avocate belge travaillant pour les victimes américaines a reçu une photo de sa fille allant à l'école.

Selon Libération, Wyeth a dû provisionner 21 milliards de dollars (16 milliards d'euros) pour indemniser les victimes américaines de l'Isoméride.