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NPA 27 -  Eure

ENERGIZER: DERNIER BRAS DE FER

30 Avril 2006 , Rédigé par LCR-27 Publié dans #Luttes Ouvrières

Energizer : dernier bras de fer

Après 6 jours de grève dynamique avec piquet, les 132 Energizer viennent d'arracher au groupe qui les prive de leur emploi: un engagement d'une offre ferme d'emploi en CDI, des mesures d'âge dès 54 ans assurant 97 % du salaire jusqu'à la retraite, 8 mois de salaire après le licenciement, une indemnité de 30 000 Euros  nets en plus de l'indemnité légale (en moyenne 25 000 Euros.).

Revenant sur ces 5 mois de lutte, Antonio de Abreu, secrétaire de la CGT et porte-parole du comité de lutte, déclare: « Nous ne sommes plus qu'une petite boîte, mais c'est sur l'objectif d'interdiction des licenciements que nous sommes partis en lutte, même si cela était très difficile. Nous avons réduit la production de moitié car nous savions que la lutte serait longue. Ainsi, nous percevions nos salaires à 100%. C'est un comité de lutte de  35 membres qui a coordonné et impulsé les actions. Tous seuls, nous ne pouvions pas gagner face à une multinationale américaine. En multipliant les initiatives, bien relayées par les radios, la télé et la presse régionale, nous avons eu le souci de regrouper des entreprises touchées par les licenciements, de partager notre savoir-faire et de donner à d'autres le courage de se battre.  On en voit les effets maintenant chez Cinram, M-real, Metzeler. Si nous, nous avons pu faire tout ça, on mesure ce qui serait possible si les directions syndicales en avaient la volonté » :

Ils restent mobilisés. Les engagements devront être tenus.

Energizer: Pour 3 ouvrières grévistes et tricoteuses, 4 flics.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAUDEBEC-LES-ELBEUF
La leçon sociale d'Energizer           (in "Paris Normandie")

Tout commence le 31 novembre 2005. La direction du groupe annonce « un projet de fermeture » du site. Le 15 décembre, c'est confirmé mais les deux syndicats en sont déjà à peaufiner la contre-attaque. Chef d'orchestre de cette résistance, le cégétiste Antonio de Abreu.

Interview d'Antonio de Abreu, animateur de la lutte

 

La fermeture

« La direction a interdit aux représentants du personnel de l'annoncer. Nous avons aussitôt convoqué une assemblée générale pour informer les salariés. Ca nous a donné quinze jours pour informer, sensibiliser et mobiliser plutôt que d'attendre l'annonce officielle. »

 

L'unité

« Le message de l'intersyndicale CGT-CFDT : l'unité des salariés. Fin décembre, un comité de lutte est constitué. Syndiqués ou non, il regroupe des gens motivés pour relayer notre action. Nous étions 35 au début. Le principe : le comité réfléchit et propose, l'assemblée générale décide. D'habitude, syndicats et élus veulent le monopole de la direction de la lutte. »

 

Le temps

« On a tout de suite compris que ce serait long. Mais la droite a raccourci la procédure des plans sociaux. Alors, on a fait appel à un expert-comptable pour obtenir le maximum d'informations motivant la fermeture. Le code du travail donne 30 jours. On a obtenu deux mois pour boucler cette procédure et appris que le groupe faisait 286 millions de dollars de bénéfice net en 2005. Ce temps supplémentaire légal nous a permis de mobiliser et de nous faire entendre. »

 

La production

« L'assemblée générale a décidé de porter un coup au portefeuille en auto-limitant la production de 50 %. Ca nous a permis, en gardant nos salaires, de prendre le temps d'agir. Le mouvement contrôlait la production. Le rôle de la maîtrise a été relativisé et la hiérarchie est entrée dans le mouvement. »

 

La politique

« Notre message s'adresse à tous. Alors nous avons rencontré les salariés menacés dans le secteur : M. Real à Pont-de l'Arche, la fonderie à Renault, Cinram à Louviers. On a pris la parole, en toute indépendance, au meeting d'Olivier Besancenot devant 700 personnes. On a rencontré Didier Marie, président du Conseil général, qui nous a fait une réponse échappatoire. On s'est invité au buffet républicain de Fabius, lui demandant une loi contre les licenciements dans les boîtes bénéficiaires. Il nous a répondu : votez bien en 2007. Il y a un décalage entre le discours politique et la réalité sociale. »

 

La négociation

« Le plan social était minimum. Pas de reclassement ferme, pas de mesure pour les plus fragiles. On a voté la grève. A trois reprises, on est monté à Chatou, dans les Yvelines. Deux fois, on a investi le siège social. La dernière fois, 20 vigiles et 20 policiers nous attendaient. Nous avons été scandalisés de voir les voir blaguer ensemble. On a reconduit la grève. Cette maladresse nous a motivé. »

 

La leçon

« Si nous avons obtenu un plan social correct, c'est parce qu'en cinq mois, on a prouvé qu'une petite entreprise peut lutter. "

 

PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE TUAL

paru dans "le Journal d'Elbeuf"

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