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NPA 27 -  Eure

Energizer: déclaration de l'intersyndicale et du comité de lutte

24 Février 2006 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #Luttes Ouvrières

Déclaration de l’intersyndicale CGT-CFDT et comité de lutte Energizer. Jeudi 23.02 2006.

 

 

En 15 ans, Energizer la pile qui crée des chômeurs a fermé 8 usines en Europe. Entraînant la suppression de plus de 2 400 emplois industriels dont la fermeture des usines de Vernon, de Louviers et les 334 licenciements à Caudebec en 1998.

 

Début décembre 2005, Energizer annonce son intention de fermer également l’usine de Caudebec lès Elbeuf. 122 salariés y travaillent et 10 autres personnes sont toujours inscrites à l’effectif avec le statut de préretraite CATS. En cas de fermeture de l’usine, ces 10 camarades seront intégrés au plan de licenciements.

 

Aux 132 emplois supprimés, il faudra ajouter les emplois menacés des sociétés de sous-traitance. La conséquence de tout cela, c’est la misère, le désarroi, la dépression, voir la mort par maladie ou suicide.

 A l’usine, la moyenne d’âge est de 51 ans. 62% des salariés a plus de 50 ans. 73% des travailleurs a plus de 30 ans d’ancienneté. De nombreux salariés vivent seuls. D’autres ont leur conjoint au chômage. Nous avons également des parents avec des enfants à charge et aussi des couples.

 Les 132 travailleurs de l’usine sont les derniers Energizer, Ralston, Cipel, Wonder, Mazda, Ucar, Leclanché du pays. Après nous, il n’y aura plus une seule usine de piles en France. La dernière a été fermée l’année dernière en Alsace par Varta.

 D’un point de vue statutaire, l’usine de Caudebec à un régime de commissionnaire dans le groupe Energizer. Elle conditionne et cède les produits finis, prêts à la vente, à la filiale suisse qui, elle, réalise le négoce et empoche les profits. Pourquoi la Suisse ? On ne vous fait pas de dessins !

 

Nous sommes spécialisés dans l’emballage et conditionnement de piles, boîtiers d’éclairage et montage de batteries civiles et militaires. Le groupe nous a octroyé les marchés dit promotionnels. C’est à dire les petites et moyennes séries. En 2005, nous avons conditionné environ 280 millions d’unité exclusivement pour le marché européen. Le reste, les grandes séries, est conditionné à La Chaux de Fonds en suisse.

 

En terme commercial, depuis 2002, Energizer a délaissé les clients à la marque distributeur : Les marques des magasins Carrefour, Champion, Leclerc, etc. Energizer ne les considère pas suffisamment juteux. Toutes ces fabrications ont été reprises par les concurrents, comme ils disent.

Ainsi, Energizer n’a gardé que les marchés à sa propre marque : Les marchés à forte marge. Ceux qui dégagent le plus de profits. Cette politique commerciale se fait au détriment des volumes, créateurs d’emplois.

 

Dans son argumentaire, pour justifier la fermeture du site de Caudebec, Energizer met en avant deux raisons : La baisse des volumes sur le marché européen et un problème de compétitivité.

 

L’étude faite par les experts comptables sollicités par les élus démontre le contraire :

Les prévisions de volumes vendus en Europe se situent en hausse de près de 20% dans les prochaines années.

La marge brute Europe, dans le résultat Energizer mondial, est passé de 12,9% en 2001 à 18,3% en 2005.

Le résultat opérationnel Europe est passé de 6,4% en 2002 à 12,1% en 2005.

 

De plus, la situation financière du groupe Energizer est excellente. Elle enregistre :

Une rentabilité de près de 10% : 286 M$ de profit, net d’impôts, pour près de 3 Milliards de chiffre d’affaires.

Le cours de l’action a triplé entre 2002 et 2005.

 

Comme on peut le constater, la fermeture de l’usine repose uniquement sur des considérations purement financières. Energizer veut rationaliser les moyens de production de ses usines en délocalisant les fabrications de Caudebec vers les Etats Unis et la Suisse. Deux pays où la main d’œuvre est plus élevée qu’en France.

Selon Energizer, la fermeture de l’usine lui rapportera 4,8 millions d’euros de profits supplémentaires.

 

Au lieu de dépenser de l’argent pour fermer l’usine, Energizer ferait bien mieux d’investir cet argent dans l’emploi.

A Energizer Caudebec, nous avons des atouts. Nous avons démontré notre savoir-faire en terme de réactivité et polyvalence. Le parc machine peut parfaitement être utilisé pour conditionner tout autre produit que la pile. Nous l’avons déjà démontré en conditionnant des produits désodorisant pour Hyodall, des abrasifs de bricolage pour Saint-Gobain et des appareillages d’entretien musculaire pour Sport-Elec.

 

Pour que la diversification réussisse, le groupe Energizer se doit de se doter de moyens humains et financiers.

Pour que la diversification réussisse, Energizer doit arrêter la procédure de fermeture jusqu'à ce qu’une solution industrielle soit trouver pour assurer le travail des 132 salariés de l’usine.

 

La réaction ouvrière a pris les devants en terme d’organisation, aussitôt après l’annonce de fermeture, et cela sans attendre la réunion officielle du CCE du 14 décembre,.

Nous ne sommes pas partis de rien. Nous avions dans nos têtes l’expérience de la lutte de 1998. Lutte que nous avons mené pendant 7 mois avec le souci permanent de maintenir jusqu’au bout un combat démocratique contre une multinationale.

 

Avec cet acquis ouvrier, les syndicats CGT et CFDT décident de travailler en intersyndicale sur la base du refus de fermeture de l’usine et l’engagement de mener la lutte.

Cet état d’esprit unitaire a renforcé notre détermination. Il a été décidé, en assemblée générale, de créer un comité de lutte. Tous ceux qui le désirent, travailleurs syndiqués ou non syndiqué, délégué ou non délégué, y participent.

Le comité de lutte compte aujourd’hui une trentaine de personnes. Il fait des propositions et organise les actions décidées par l’assemblée générale des travailleurs.

L’état d’esprit n’est pas à l’abattement. Nos actions multiples le démontrent. Il n’est pas question de se laisser faire. Nous avons en nous, la dignité ouvrière qui coulent dans nos veines.

Depuis près de 3 mois, nous nous opposons à la fermeture de l’usine. Nous avons multiplié les actions à Elbeuf, Louviers, Pont-Saint-Pierre et Chatou où se trouve le siège social. Nous avons manifesté avec d’autres travailleurs ayant la même crainte du chômage. Nous avons agi avec les salariés de Auxi-Chimique de Caudebec, de la Fonderie de Cléon, de Metzeler de Charleval, de M-Real de Alizay.

 

Les travailleurs de Energizer ont le dos au mur parce que si nous perdons notre boulot, nous savons très bien, que nous avons très peu de chance de retrouver quelque chose de potable.

Malheureusement, le cas de Energizer n’est pas un cas isolé. Il n’y a pas un seul jour sans annonce de licenciements : BASF à Saint-Aubin-lès-Elbeuf, M-Real à Alizay, Rowanta à Vernon. A la Fonderie à Cléon, l’avenir n’est pas assuré. Cinram à Louviers et Metzeler à Charleval sont également menacés.

 

Au-delà des entreprises citées, nous sommes tous concernés par ce fléau qu’est le chômage. Qui n’a pas dans sa famille, dans son entourage, un ou plusieurs chômeurs ou des personnes qui n’ont plus d’autres choix que de survivre avec les petits boulots au rabais, de missions intérims ?

 

Nous n’allons pas laisser une poignée de richissimes capitalistes continuer à nous précipiter dans la misère, acculer tout le monde à une situation catastrophique, avec l’aide et la complicité de leurs serviteurs zélés du gouvernement qui accordent grassement des subventions et allègements sans aucune garantie de l’emploi.

 

Pour que la peur change de camp, le monde du travail se doit de réagir. Réagir dans une action coordonnée passant inévitablement par la création de conditions favorisant un mouvement d’ensemble fort. En convergeant les luttes, les travailleurs peuvent imposer l’interdiction des fermetures d’usines, l’interdiction des délocalisations et l’interdiction des licenciements.

 

Pourquoi pas une proposition de loi au Parlement qui aille dans ce sens ?

Une telle proposition relancerait le débat sur la légitimité patronale de licencier dans des entreprises faisant d’énormes bénéfices comme Energizer.

 

Nous sommes réalistes. Les travailleurs n’obtiendront que ce qu’ils seront capables d’arracher par la lutte. C’est donc, tous ensemble que nous devons exiger :

 

·        Un emploi décent pour chacun et chacune. Le chômage n’est pas une fatalité. Ce sont les capitalistes qui en sont responsables.

 

·        Interdiction des licenciements chez Energizer, comme ailleurs. Le gouvernement doit prendre des mesures dans ce sens pour bannir le chômage de toute la société.

 

·        L’arrêt des subventions à fonds perdus au patronat qui ne crée aucun emploi.

Photo : patron-et-travailleurs.jpg

 

 

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