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NPA 27 -  Eure

EURARMA-LOUVIERS: UNE LECON DE RESISTANCE !

31 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #Luttes Ouvrières, #Les nôtres

EURARMA-LOUVIERS: UNE LECON DE RESISTANCE !

Les boîtes où chaque petite revendication doit être arrachée de haute lutte ne sont pas rares. Mais il en est qui méritent la palme : Eurarma Louviers est du nombre. C’est une filiale de Fimurex (14 sites), la branche armatures métalliques pour le bâtiment du groupe Experton Revollier (2250 salarié-e-s, 42 sites). On se doute qu’un tel éclatement permet de rendre les comptes particulièrement difficiles à dominer. Du coup la direction joue tellement souvent la carte de la « situation difficile » que ça en devient ridicule. Alors qu’elle investit dans du matériel nouveau, l’état de délabrement d’une partie de l’usine est devenu un scandale sanitaire : ainsi, deux cas de cancer dû à l’amiante ont été reconnus en maladie professionnel, dont celui de notre camarade Patrice Lepesqueur, décédé cet été. Tout est bon pour grappiller sur le dos du prolo : la remise en cause des 10mn d’habillage-déshabillage en entrée et en sortie de poste a fait l’objet d’un bras de fer quotidien de trois années et demi. L’un de ses épisodes en dit long : l’arrêt de la fourniture de trois bleus par an et de leur nettoyage hebdomadaire. La protestation la plus éclatante fut celle du secrétaire du CE CGT, qui a gardé le même bleu infâme pendant 9 mois ! Cette des nerfs vient de trouver une conclusion dans la victoire totale des 15 premiers plaignants devant la cour de cassation (15 autres suivent). Cela suffira-t-il à calmer la direction locale ? Pas sûr, mais avec un syndicat de combat en face, elle a affaire à forte partie !

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MÊME CONTRE VENT ET TROMBES D'EAU, L'ETAT D'URGENCE, C'EST TOUJOURS NON!

30 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #ETAT D'URGENCE, #RESISTANCE

MÊME CONTRE VENT ET TROMBES D'EAU, L'ETAT D'URGENCE, C'EST TOUJOURS NON!

Ce Samedi 30 Janvier, dans de nombreuses villes du pays, des rassemblements se sont tenus à l'appel des 333 pour exiger la levée de l'état d'urgence . A Evreux, c'est sur une place du miroir d'eau détrempée qu'une centaine de personnes, autour du collectif pour la défense des libertés et contre l'état d'urgence crée à Louviers, a tenu le pavé pendant une heure, avec distribution de tracts et prises de paroles pour informer la population et rappeler le refus par la municipalité d'Evreux d'attribuer une salle. Pour faire le lien aussi avec la condamnation des Good Year, car si l'état d'urgence a été décrété après les attentats, sa prolongation par le gouvernement PS-MEDEF sert davantage à museler la contestation sociale et à intimider celles et ceux qui s'interposeraient, face au rouleau compresseur libéral dont Macron est le pilote désigné.

C'est donc une réussite et le collectif lovérien se transforme désormais en structure départementale. Prochaine échéance, un meeting départementale avant le 26 Février

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LE BOUCHER ROHANI EN FRANCE, LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES

29 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #International

LE BOUCHER ROHANI EN FRANCE, LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES

37 ans de crimes perpétrés par la "République islamique d’Iran »
Le but de son voyage est de normaliser les relations politiques et commerciales avec la France et le reste de l’Europe. Les affaires reprennent, malgré la violation permanente et systématique des droits de l’Homme et de la Femme, la torture généralisée, l'écrasement des syndicats, le soutien actif à la dictature Assad qu'il porte à bout de bras, et la complicité dans tous ses crimes ... C'est le symétrique du pôle saoudien, autre partennaire plus ancien de la bourgeoisie française et de son personnel politique.
Les organisations, associations et militants de l’opposition iranienne à l’étranger font ce qu'ils peuvent pour faire entendre leur faible voix. Alors que les exécutions d'opposants continuent sans perturber pendant que les ronds de jambe diplomatiques. Salut à leur opiniâtreté et à leur détermination dans leur difficile combat..

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CE QUE LA DEMISSION DE TAUBIRA NE DOIT PAS FAIRE OUBLIER: LA DEFENSE DU CODE DU TRAVAIL ET DES GOODYEAR

28 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #RESISTANCE

CE QUE LA DEMISSION DE TAUBIRA NE DOIT PAS FAIRE OUBLIER: LA DEFENSE DU CODE DU TRAVAIL ET DES GOODYEAR

Ci-dessous le résumé d'un article paru dans "l'Anticapitaliste" de cette semaine ainsi qu'une conclusion locale:L'ar
La commission présidée par l’ancien Garde des Sceaux et Président du Conseil constitutionnel Robert Badinter, a remis son rapport
Après deux mois de travaux, de quoi ont bien pu accoucher ces neuf éminents juristes (sans aucun syndicaliste, ni avocat travailliste dans leur rang) ? Rien de plus que la redéfinition de 61 articles de principes essentiels en droit du travail, divisés en huit parties, pour beaucoup issus de la constitution et des engagements supranationaux. Ces dispositions, auxquelles on ne pourrait déroger, ont sans doute le mérite de la concision mais leur contenu, censé être à droit constant, laisse perplexe. Par exemple, que signifie une rémunération digne (article 30) ? La durée du travail reste fixée par la loi mais un accord pourra déterminer une durée différente (article 33), le contrat de travail sera désormais assujetti à l’accord collectif (article 57), etc
le risque est d’une part que pour les salariéEs des petites entreprises et les plus précaires, seuls ces droits soient consacrés, et d’autre part la mise en place d’une législation du travail à la carte, dont le pivot serait la négociation d’entreprise assujettie au rapport de forces qui y règne, avec le moins-disant social pour horizon commun...

Tout cela constituera les fondations du futur code du travail. Outre la réécriture dès cette année des dispositions relatives au temps de travail, le retour du plafonnement des indemnités en cas de rupture du contrat de travail est au menu. Au motif que « l’information sur les conséquences de cette décision doit être connue à l’avance » plutôt que de favoriser la réparation intégrale du préjudice subi, c’est ainsi un message d’impunité qui est adressé aux patrons. Car si le véritable objectif était de lutter contre le chômage, c’est la réintégration de droit pour tout salarié dont le licenciement a été reconnu abusif qui devrait être inscrite dans la loi.

Conclusion personnelle: l'état d'urgence, la déchéance de la nationalité sont à combattre, et le rendez-vous donné par le collectif unitaire départemental au Miroir d'eau à Evreux, comme dans tout le pays, est important.
Le code du travail est à défendre. Contre les dépeceurs, la lutte pour la relaxe des Goodyear (plus de 150 000 signatures sur la pétition électronique) en est partie intégrante, et le rendez-vous du jeudi 4 à midi au barbecue devant le tribunal d'Evreux ne l'est pas moins !

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EVREUX: SOUS L'ETAT D'URGENCE, LES CONS OSENT ENCORE PLUS !

26 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #ETAT D'URGENCE

EVREUX: SOUS L'ETAT D'URGENCE, LES CONS OSENT ENCORE PLUS !

"Le Collectif citoyen pour la sauvegarde des libertés et contre l’état d’urgence a pris connaissance avec stupéfaction du refus de la Mairie d’Evreux de mettre à disposition la salle Jules Janin pour une réunion-débat de la Libre Pensée 27.
Toutes ses composantes condamnent avec force cette très grave atteinte à la démocratie ainsi qu’à la liberté d’expression et de réunion, et exigent de la municipalité qu’elle accède à cette demande légitime."
Le plus fort, c'est que l'adjoint-censeur s'appuie sur la loi de 1905 pour priver de salle une organisation qui s'affiche anti-religieuseEVREUX: . Il ignore, entre autres choses, que l'un de ses principaux artisans fut l'un des grands hommes de la république bourgeoise, le prix Nobel Aristide Briand... membre de la Libre Pensée ! Les croyants n'auront pas de mal à imaginer qu'à quelques kilomètres de la mairie d'Evreux, dans sa tombe du cimetière de Cocherel, il ait pu faire quelques bonds !
Une raison de plus de manifester samedi 14h30 au Miroir d'eau à Evreux !

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Accident grave surle site d'enfouissement de Bure

26 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #ENVIRONNEMENT- ECOLOGIE

Accident grave surle site d'enfouissement de Bure

L'Observatoire du nucléaire exige l'abandon immédiat du projet et un plan urgent de sortie du nucléaire

 

Un accident gravissime s’est produit ce jour dans le site souterrain de Bure (Meuse) où l’Agence pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), composante du lobby nucléaire, prépare l’enfouissement des déchets nucléaires les plus radioactifs.

Cet éboulement aux conséquences encore imprécises, mais qui aurait causé au moins un mort, démontre de façon dramatique l’incompétence et l’irresponsabilité des industriels du nucléaire et des organismes comme l’Andra : ils prétendent garantir la "sûreté" de l’enfouissement des déchets nucléaire pendant des milliers d’années or un éboulement gravissime s’est produit avant même la mise en service du site !

Il est d’ailleurs préférable, tout en regrettant le décès d’une ou plusieurs personnes, qu’un tel accident de soit produit avant que les déchets nucléaires ne soient enfouis.. Cette affaire illustre l’irresponsabilité des industriels du nucléaire et des politiciens qui les soutiennent aveuglément en France depuis 50 ans.

L’abandon immédiat du site de Bure, et de tout projet d’enfouissement des déchets radioactifs, est indispensable. Mais plus généralement, si l’on prend aussi en compte les chantiers catastrophiques des réacteurs EPR (fission nucléaire) et Iter (fusion nucléaire), c’est l’ensemble des projets nucléaires qui doivent être immédiatement stoppés en France.

De même, avant qu’un Fukushima français ne se produise, il faut lancer immédiatement un plan de fermeture rapide des réacteurs nucléaires qui, faut-il le rappeler, sont vieillissants, plus dangereux que jamais, et exploités par des industriels irresponsables.

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A EVREUX AUSSI, refusons la déchéance de nationalité et la constitutionnalisation de l’état d’urgence

26 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #ETAT D'URGENCE

A EVREUX AUSSI, refusons la déchéance de nationalité et la constitutionnalisation de l’état d’urgence

MANIFESTATION SAMEDI 30 janvier à 14h30, place du Miroir d’eau

Collectif citoyen pour la sauvegarde des libertés et contre l’état d’urgence

ATTAC-Louviers – Ligue des droits de l’Homme (LDH) – Réseau Education Sans Frontières (Collectif RESF27) – Fédération de la Libre Pensée (LP27) – Union Locale CGT Louviers-Val de Reuil – CGT Educ’action de l’Eure – FSU
Personnalités : Maryannick Deshayes, conseillère départementale, maire de Tostes, – Alexis Fraisse, militant écologiste – Mehdi Locatelli, avocat
Soutenu par : Humanisme Ecologie République - NPA - Ensemble27 - Parti de Gauche - PCF - RCEN

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Quand les multinationales détruisent la planète (Dossier)

25 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #ENVIRONNEMENT- ECOLOGIE

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En France, un Etat encore plus fort

25 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #ETAT D'URGENCE

En France, un Etat encore plus fort

Comme l’écrit le philosophe italien Giorgio Agamben, « on ne comprend pas l’enjeu véritable de la prolongation de l’état d’urgence en France, si on ne le situe pas dans le contexte d’une transformation radicale du modèle étatique qui nous est familier ». Le processus de construction d’un Etat fort engagé en 1958 connaît une nouvelle étape, lourde de dangers.

L’écologiste et altermondialiste Naomi Klein, dans une intervention filmée réalisée le 29 novembre dernier (disponible sur Mediapart), explique que le gouvernement français applique la « stratégie du choc », c’est-à-dire utilise l’émotion créée par les attentats criminels commandités par Daesh pour mettre en œuvre des mesures autoritaires auxquelles il songeait depuis un certain temps.

Cette thèse est validée par des documents du ministère de l’intérieur cités le 5 décembre par Le Monde, qui recensent les mesures de police administrative que policiers et gendarmes souhaiteraient voir passer dans les textes en préparation. Le Monde précise : « le cabinet du directeur [de la police nationale] estime, sans fausse pudeur, qu’il ‘’convient d’utiliser cette ‘fenêtre’ [législative] pour faire avancer certaines évolutions souhaitées par les différents services et qui n’ont pu jusqu’à présent aboutir soit par manque d’un vecteur législatif approprié, soit parce que le contexte ne s’y prêtait pas’’. Le contexte s’y prête désormais, à n’en pas douter. Place Beauvau, le Père Noël a un nouveau nom : état d’urgence ».1

 

Naissance de l’Etat fort

Une nouvelle phase de l’histoire de l’Etat français est en fait en train de s’engager. La Constitution française actuelle (dite de la V° République) date de 1958. Un soulèvement d’une partie de l’armée française en Algérie, le 13 mai de cette année, avait débouché, avec l’approbation de l’ensemble du champ politique (sauf le PCF, une minorité des socialistes et l’extrême-gauche alors groupusculaire, ainsi que quelques personnalités), sur l’appel à un « homme fort » chargé d’élaborer une nouvelle Constitution : De Gaulle. La nouvelle Constitution a pour élément central un président de la République qui a d’importants pouvoirs propres et n’est pas responsable devant les députés. Différents régimes accordant des pouvoirs extraordinaires au gouvernement et à sa police sont prévus : l’article 16 de la Constitution, l’état de siège et, découlant d’une loi de 1955, l’état d’urgence.

Ces évènements avaient provoqué à l’époque des débats importants parmi les opposants à De Gaulle (lesquels s’opposaient le plus souvent, avec diverses nuances, à la guerre coloniale menée par la France en Algérie). Certains, mettant l’accent sur le contexte (coup d’Etat militaire, tendances autoritaires bien connues de De Gaulle), voyaient le processus déboucher sur un régime de type fasciste. D’autres, au-delà de la question algérienne, soulignaient que l’essentiel résidait dans les contradictions de la bourgeoisie française et l’opposition entre ses fractions réactionnaires et modernistes. Selon cette dernière analyse, il s’agissait avant tout pour la grande bourgeoisie française de préparer l’économie au début de l’intégration économique européenne (le traité de Rome instituant le Marché commun est entré en vigueur le 1er janvier 1959) en réduisant les pouvoirs du parlement où était représenté un parti communiste encore puissant et où pesaient fortement aussi les lobbies de la petite-bourgeoise traditionnelle qui redoutait les effets de cette modernisation du capitalisme. Comme l’a écrit le sociologue et militant du PSU, Serge Mallet : « l’Etat souhaité par le capital financier est certes un Etat « fort », mais pas fasciste ».2

On sait que De Gaulle a ensuite rompu brutalement avec les plus réactionnaires de ceux qui l’avaient porté au pouvoir, en se résignant à l’indépendance de l’Algérie : les intérêts de long terme de la bourgeoisie française supposaient d’en finir avec une guerre coûteuse.

Le rôle central du président de la République a été ensuite renforcé par deux réformes : son élection au suffrage universel (mise en œuvre par De Gaulle) et l’alignement du mandat présidentiel sur la durée de celui des députés (dont la paternité revient à Lionel Jospin). Le président est désormais élu le premier et les députés sont élus dans la foulée : la majorité parlementaire est donc quasi automatiquement de la même couleur politique que le président, et les députés sont enclins à ne pas s’opposer à un président dont ils ont soutenu l’élection.

 

Le reniement du PS

En 1964 était publié un livre intitulé « Le coup d’Etat permanent ». François Mitterrand, son auteur (alors un politicien ambitieux, vaguement de gauche et opposé à De Gaulle), y dénonçait le caractère autoritaire du régime de la V° République, ses dérives possibles et les risques pour les libertés. En 1971, Mitterrand prenait le contrôle d’un parti socialiste très affaibli et discrédité (son principal dirigeant, Guy Mollet, avait conduit la guerre d’Algérie puis soutenu De Gaulle) : il allait le reconstruire avec un programme prévoyant une réforme de la Constitution. Ce thème figurait également dans le programme commun de la gauche (PS, PCF, radicaux de gauche) signé en 1972. Devenu président en 1981, Mitterrand s’est en fait parfaitement accommodé de cette Constitution qui allait lui permettre, après une année de réformes de gauche, de faire le choix de l’austérité en 1983 et de l’imposer au PS.

Hollande, premier président « socialiste » à succéder à Mitterrand, non seulement s’inscrit dans ses traces, mais accentue la nature autoritaire du régime en programmant une révision de la Constitution. Ce n’est plus la question algérienne qui sert de détonateur, mais le terrorisme : les attentats de Daesh permettent d’ajouter des mesures supplémentaires à 30 ans de législation antiterroriste. Depuis 1986, en effet, l’arsenal judiciaire n’a cessé d’être renforcé. Plusieurs mesures rognant les libertés publiques et annoncées comme provisoires ont été par la suite entérinées définitivement. Depuis que Hollande est président et jusqu’en octobre 2015 (donc avant les attentats), ce sont cinq textes en relation avec le terrorisme qui ont été préparés. Ceux adoptés ou annoncés depuis novembre vont encore accroître les pouvoirs policiers.

Le gouvernement a instauré l’état d’urgence après les attentats du 13 novembre puis a profité du vote de sa prolongation pour modifier la loi de 1955. Ont donc été inscrites dans la loi et le droit de nouvelles dispositions (les perquisitions sans contrôle judiciaire, la facilitation des assignations à résidence, la dissolution de groupes « dangereux ») qui seront dorénavant mobilisables à chaque proclamation de l’état d’urgence. Sans parler de la constitutionnalisation de l’état d’urgence « nouvelle formule », annoncée dès le 16 novembre.

Comme le montrent les mesures prises autour de la COP21, ces textes permettent en fait de viser bien au-delà des terroristes : demain, ce seront tous ceux qui seront soupçonnés de vouloir agir contre la politique gouvernementale ou qui voudront faire connaitre leurs grèves en manifestant sous des formes diverses. Dans une interview donnée à l’Anticapitaliste hebdo le 12 avril 2015, Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature, le confirmait à propos de la loi sur le renseignement promulguée en juillet 2015. Les futurs textes seront donc très utiles pour défendre le pilier essentiel de la politique de ce gouvernement : l’austérité et la soumission au patronat, en cas de grèves « dures » et de mouvements généralisés.

 

Fascisation ?

Pour comprendre ce qui se jouait en 1958, il fallait aller au-delà de la cause immédiate (l’Algérie) pour prendre en compte les contradictions de classe. De la même façon, aujourd’hui, il faut aller au-delà des aspects sécuritaires. Certes, ceux-ci sont essentiels et potentiellement très lourds de dangers. Giorgio Agamben a écrit fort justement : « on ne comprend pas l’enjeu véritable de la prolongation de l’état d’urgence [jusqu’à la fin février] en France, si on ne le situe pas dans le contexte d’une transformation radicale du modèle étatique qui nous est familier ».3 Il précise ensuite que « l’état d’urgence s’inscrit, aujourd’hui, dans le processus qui est en train de faire évoluer les démocraties occidentales vers quelque chose qu’il faut, d’ores et déjà, appeler Etat de sécurité (‘‘Security State’’, comme disent les politologues américains). […] l’Etat [de sécurité] se fonde durablement sur la peur et doit, à tout prix, l’entretenir, car il tire d’elle sa fonction essentielle et sa légitimité. »

L’analyse d’Agamben est pertinente mais il lui manque un volet : la crise économique et les rapports sociaux. Aujourd’hui, les objectifs des secteurs dominants de la bourgeoisie française (imposer des réformes liquidant l’essentiel de l’héritage du « modèle » mis en place après 1945) impliquent sans doute un Etat encore plus fort. Le système présidentialiste français permet déjà d’éviter ce qui se passe aujourd’hui au Portugal et en Espagne : des résultats électoraux qui, ne donnant pas de majorité claire au Parlement, permettent à des partis de la gauche radicale (le Bloc de gauche portugais, Podemos en Espagne) de faire pression sur les partis gestionnaires de l’austérité. L’heure est désormais à la constitution d’un exécutif qui ait les moyens de prévenir toute éventuelle révolte sociale. Ce qui était auparavant considéré comme l’exception (l’interdiction des manifestations, par exemple) devrait devenir la règle.

Mais pas plus aujourd’hui qu’hier, il ne s’agit d’une fascisation. Comme l’explique le sociologue Alain Bihr, « l’Etat fasciste n’est pas la seule forme d’Etat d’exception » auquel peut recourir la bourgeoisie (voir son interview dans l’Anticapitaliste hebdo du 24 avril 2014). Il ne s’agit pas d’imposer un terrorisme d’Etat, un parti unique, etc. Les formes institutionnelles de la démocratie bourgeoise, notamment les élections, ne sont pas en cause. Rappelons qu’Alain Bihr, dans un texte de 2014, notait aussi qu’un des scénarios possibles accélérant un tel type d’évolution serait « une déstabilisation à grande échelle de la proche périphérie de l’Europe (l’Afrique du Nord, le Proche Orient ou l’Europe orientale), avec des menaces immédiates sur ses frontières (par exemple sous la forme d’un afflux massif de réfugiés ou de plusieurs guerres civiles) ».4

 

Bonapartisme ?

En 1958, l’Etat gaulliste avait des aspects bonapartistes : à son arrivée au pouvoir, De Gaulle donnait l’impression d’osciller entre les différentes fractions de la bourgeoisie avant de trancher le nœud gordien en faveur de l’indépendance de l’Algérie et de l’engagement dans la construction européenne (tout en menant une bataille acharnée pour sauvegarder les intérêts agricoles français). Les références constantes à la France éternelle s’accompagnaient de gestes concrets pour construire un semblant d’indépendance par rapport aux Etats-Unis, notamment sur le plan militaire (sortie de l’organisation militaire de l’OTAN, force de frappe nucléaire) et diplomatique (prise de distance avec la guerre américaine au Vietnam).

L’Etat fort façon Hollande se drape d’oripeaux nationalistes avec l’injonction d’arborer un drapeau tricolore, la visite présidentielle sur le porte-avion « Charles de Gaulle » et l’introduction envisagée dans la Constitution de la déchéance de la nationalité française. Les références au patriotisme, au rôle de l’armée et de la police tendent à devenir permanentes dans les discours du président et du premier ministre.

Pour un peu, on croirait entendre le mot d’ordre des « néo-socialistes » en 1933 « Ordre, Autorité, Nation »5. Mais il s’agit d’un nationalisme de pacotille. Comme l’explique Enzo Traverso, «‘‘l’état d’exception’’ qui s’installe aujourd’hui n’est pas fasciste ou fascisant, mais néolibéral : il transforme les autorités politiques en simples exécutants des choix des pouvoirs financiers qui dominent l’économie globale. Il n’incarne pas l’Etat fort, plutôt un Etat soumis, qui a transféré aux marchés une grande partie de sa souveraineté. »6

Aujourd’hui, contrairement à 1958, les cercles dominants de la bourgeoisie française sont unifiés sur les objectifs. L’Etat fort hollandais n’est pas bonapartiste mais directement un instrument de maintien de l’ordre sur tous les plans, de maintien du « désordre établi » (selon l’expression d’un philosophe des années 1930).

Cela amène à un autre aspect de la situation, que nous nous conterons ici d’évoquer rapidement : l’évolution du PS. Celui-ci avait été (re)fondé par Mitterrand en 1971 comme parti de transformation sociale. Des 1983, cet aspect avait commencé à être enterré, mais le PS se targuait encore d’être le parti de la transformation « sociétale » contre les archaïsmes. Le dernier feu en a été le « mariage pour tous ». Maintenant, le cycle est bouclé : avec Hollande et Valls, Guy Mollet (le « socialiste » qui a envoyé en 1956 les soldats du contingent pour réprimer la lutte du peuple algérien) est de retour. Rappelons que sous Mollet, le parti socialiste (alors dénommé SFIO, « section française de l’internationale ouvrière »…) avait soutenu l’appel à De Gaulle en 1958 et appelé à voter pour la Constitution de la V° République.

Le plus piteux dans cette affaire est que Hollande et Valls se drapent dans les habits de la lutte contre le Front national, alors que non seulement leur politique économique et sociale renforce ce parti, mais que leur état d’urgence crée les conditions juridiques et politiques ainsi que les conditionnements mentaux qui pourraient favoriser demain l’imposition d’un état d’urgence « bleu marine » si Marine Le Pen accédait au pouvoir.

Henri Wilno

  • 1. « A Beauvau, certains voudraient interner les fichés ‘’S’’ », Laurent Borredon, Le Monde, 05/12/2015.
  • 2. Cité dans un article signé Jean-Pierre Martin, « Le sens de l’ambiguïté du gaullisme », revue Quatrième Internationale n° 4, novembre 1958. On trouve dans cette article une synthèse de certains des débats de l’époque.
  • 3. « De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité », Giorgio Agamben, Le Monde, 23 décembre 2015.
  • 4. Ce texte a été reproduit sur le site A l’Encontre : http://alencontre.org/societe/le-fascism...
  • 5. Les néo-socialistes constituaient une minorité au sein du parti socialiste français de l’époque. Ils en furent exclus.
  • 6. Interview d’Enzo Traverso, « L’historien Enzo Traverso définit le post-fascisme comme un phénomène profondément différent du fascisme classique et, surtout, comme un processus de transformation politique dont on ignore largement l’issue ». Regards, 9 décembre 2015, http://www.regards.fr/web/article/enzo-t...
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Education nationale : 26 janvier, nouvelle grève contre la réforme du collège

25 Janvier 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #Education

Education nationale : 26 janvier, nouvelle grève contre la réforme du collège

Les enseignantEs seront à nouveau en grève pour demander l’abrogation de la réforme du collège, dans le cadre de la journée d’action de la fonction publique.

Les raisons pour refuser cette réforme sont toujours d’actualité. Par la réduction drastique des heures d’enseignement disciplinaire, elle va provoquer de nombreuses suppressions de postes, permettant de nouvelles économies substantielles. à l’heure où tombent les moyens d’enseignement (DHG : dotation horaire globale), ces suppressions sont déjà visibles, même si ailleurs le ministère semble temporiser pour faire passer la pilule. Au-delà, c’est le cadre même de toute l’école existant jusqu’à présent qui va être totalement déréglementé. La mise en place des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires), parallèlement à la réforme des nouveaux programmes et de l’évaluation totalement soumise aux « compétences », va éclater tout cadre national de l’éducation et soumettre la scolarité des élèves aux critères locaux d’employabilité.

Dans les salles des professeurs, l’opposition à la réforme reste très largement majoritaire. Des prises de position ont eu lieu pour condamner les prétendues formations mises en place pour vendre la réforme. Pour tenter de calmer le jeu, les inspecteurs et les chefs d’établissement utilisent la carotte en faisant des promesses mirifiques, prétendant que options et groupes pourront être maintenus en dépit de la réforme, que les EPI pourront n’être mis en place qu’une toute petite partie de l’année…

Mais les mêmes n’hésitent pas à utiliser le bâton lorsque les enseignantEs continuent à résister. Ainsi, les pressions se multiplient pour obliger les enseignantEs à rendre des projets d’EPI… Ainsi, dans l’académie de Grenoble, la rectrice est allée jusqu’à menacer de verser un rapport au dossier des enseignantEs qui se montraient hostiles à la réforme, et même à ceux qui ne montraient pas assez d’enthousiasme dans les formations !

Contre l’éparpillement et les grèves saute-moutons...

Malheureusement, un mouvement de grève majoritaire dans la durée, à même de défaire le gouvernement, n’a pas vu le jour. La politique de l’intersyndicale, à travers les journées d’action et de grève saute-moutons, y est sans doute pour beaucoup : 9 avril, 19 mai, 11 juin, 17 septembre, 10 octobre… Le 26 janvier, ce sera la sixième journée de grève contre la réforme du collège ! Rien n’a été fait pour tenter de faire monter la pression en convoquant des dates de plus en plus rapprochées. Au contraire, après le 10 octobre, la politique du « grain de sable » décrétée par la direction du SNES, a quelque peu éparpillé le mouvement et renvoyé à l’échelle locale un rapport de forces qui doit rester national.

Par ailleurs, peu de choses ont été tentées pour lier le combat des enseignantEs de collège à ceux du lycée ou du primaire. Alors que le 26 janvier pourrait être l’occasion d’unir toutes ces catégories, en liant la lutte contre la réforme du collège et celle pour l’augmentation des salaires, une partie du SNES et de la FSU opposent ces deux motifs de lutte.

Ce 26 janvier, la grève sera sans doute encore massive dans les collèges. Cette grève aura lieu en même temps que tomberont dans les différentes académies les fameuses DHG et les cartes scolaires, qui, pour le premier et le second degré, fixent le nombre de créations et de suppressions de postes. Il s’agit de ne pas gâcher ce potentiel.

Il est important de développer maintenant un plan de bataille, en poussant à une nouvelle journée de grève rapprochée, commune au premier et au second degré, en liant la question des salaires, celle des moyens, et celle de la lutte contre la réforme, cela afin de redonner confiance aux collègues dans leur capacité à se coordonner, à gagner et à faire plier le gouvernement.

La commission éducation nationale

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