Cynisme chez ceux d'en haut: après l'affaire Bollufer, Boutin
contrainte d'annoncer la démission de son directeur de cabinet
A partir de AFP
Moins de 48 heures après les révélations sur le logement à bas prix de son directeur de cabinet, Christine Boutin a été contrainte jeudi d'annoncer la démission de
Jean-Paul Bolufer, sous la pression de l'opposition et son propre camp, cédant la main sur un de ses dossiers pour la troisième fois en un mois.
Face au risque qu'une telle polémique jette un discrédit moral sur le gouvernement, François Fillon est monté en première ligne, en diffusant peu après 09H00 un communiqué dans lequel il jugeait
- ainsi que Mme Boutin - "nécessaire la démission" du directeur de cabinet Jean-Paul Bolufer. Peu après, la ministre du Logement annonçait la démission de son collaborateur, épinglé pour être
locataire depuis 1981 d'un appartement de 190 m2 à un prix très modéré appartenant à la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP).
Une décision contrainte puisque Mme Boutin n'avait pas donné le sentiment de vouloir trancher rapidement. Sur RMC, jeudi matin, elle expliquait qu'elle prendrait "une décision quand elle (aurait)
pris connaissance du dossier". "Un dossier complexe", précisait-elle.
La veille déjà, elle s'était attirée, outre les foudres de l'opposition, un commentaire cinglant du Haut commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch, ainsi
qu'une mise en garde du porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez. "Si cela arrivait à quelqu'un qui travaille avec moi, (...) je lui dirais de déménager, de me proposer sa démission, de
rembourser ou d'en faire don à une association", avait lancé M. Hirsch, mettant en avant des exigences morales.
En termes plus feutrés, M. Wauquiez avait
estimé que, "si jamais il y a des situations individuelles qui sont critiquables, il faut qu'il y soit remédié". C'est la troisième fois en un mois que Mme Boutin doit céder la main sur un de ses
dossiers.
Vendredi dernier, l'accord entre son ministère et les associations pour mettre fin au campement de 374 familles rue de la Banque à Paris (IIe) n'a pu être signé qu'après l'intervention de
l'Elysée. En effet, après des semaines de blocage durant lesquelles Mme Boutin répétait que "la première des urgences, ce n'était pas de loger des gens mal logés, mais de loger les gens qui n'ont
pas de logement", une rencontre organisée le 23 novembre par l'actrice Carole Bouquet entre le président Nicolas Sarkozy et Jean-Baptiste Eyraud de Droit au Logement (Dal) permettait de dénouer
la situation.
A partir de cette discussion, les associations ont accepté de remettre une liste des familles installées rue de la Banque depuis le 2
octobre et les négociations ont pu reprendre avec le ministère de Mme Boutin. De même, en début de semaine, après l'évacuation musclée des tentes installées par les Enfants de Don Quichotte près
de Notre-Dame et la polémique qui s'en est suivie entre Mme Boutin et les associations sur les chiffres de l'hébergement d'urgence, il a fallu l'intervention du Premier ministre pour apaiser les
esprits.
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L'AFFAIRE REVELEE PAR "LE CANARD ENCHAINE"
L'hebdomadaire satirique a affirmé que son directeur de cabinet, Jean-Paul Bolufer, bénéficiait d'un appartement de 190 m2 dans le quartier de
Port-Royal, avec vue sur la chapelle du Val-de-Grâce, au prix de 6,30 euros le m2. Les prix du secteur se situent généralement dans le parc privé entre 20 et 30
euros le m2.
En guise de défense, le ministère a confirmé mardi soir que M. Bolufer louait bien un appartement à la RIVP (Régie immobilière de la Ville de Paris) depuis 1981 et qu'il payait ses loyers
depuis cette date au tarif fixé par la Régie.
D'autant que lors d'une intervention sur France Culture, le 16 novembre dernier, Jean-Paul Bolufer avait lui-même dénoncé "l'absence de rotation dans le
parc HLM". "Aujourd'hui, se trouvent dans le parc HLM des gens qui ne devraient pas y être, et se trouvent dans la rue, dans des campings, des gens qui devraient y être (...). Je
considère que c'est un véritable scandale", avait-il dit.
Martin Hirsch a été cinglant avec sa collègue, sur RTL: "si cela arrivait à quelqu'un qui travaille avec moi, (...) je lui dirais de déménager, de me proposer sa démission, de rembourser
ou d'en faire don à une association"."On est en train de travailler sur les sans abri et sur la crise du logement. On est dans des fonctions dans lesquelles on n'est pas là pour se servir
les premiers, mais pour servir les autres, être exemplaires", a-t-il asséné..
Selon le Canard, M. Bolufer se serait vu attribuer ce logement quand il était au cabinet de Jacques Chirac, alors maire de Paris, et l'aurait sous-loué quand il était en poste à Toulouse,
puis quand il bénéficiait à Paris d'un logement de fonction. Libération.fr publie mercredi une lettre manuscrite de M. Bolufer en date de 1989, affirmant qu'il avait "l'accord" de
M. Chirac pour la sous-location durant sa mission toulousaine.
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