ART ET POLITIQUE : ON N’EN A PAS FINI AVEC MAI 68 !
A PROPOS DE LA SOIREE AU MOULIN DE LOUVIERS AVEC GERARD FROMANGER, SERGE JULY ET MICHEL ONFRAY
Disons-le clairement, à lire « Paris Normandie » vendredi, ça s’annonçait comme une soirée de plus où F.Martin allait se mettre en scène :
« La ville de Louviers a réussi la prouesse de faire venir trois grosses pointures, ensemble, pour une conférence-débat ce samedi 14 octobre, au Moulin, à 19 h : le peintre Gérard Fromanger, qui fait l'objet d'une rétrospective actuellement au musée, le philosophe normand Michel Onfray qui a créé l'Université populaire à Caen et le journaliste Serge July, ancien rédacteur en chef de Libération.
Le film « Un pas de côté » de Bruno Picot sera d'abord projeté. Il s'articule autour d'un entretien filmé entre Gérard Fromanger, et Michel Onfray. Puis, les trois hommes devraient offrir une conférence-débat d'une exceptionnelle qualité. « Tous les trois se connaissent, s'apprécient et ont un bout de parcours commun puisqu'ils ont été à la pointe de la pensée soixante-huitarde » rappelle Franck Martin.
Associés aux combats de la Gauche Prolétarienne pendant les événements de mai 68 (moins pour Michel Onfray qui n'avait que 9 ans à l'époque), ayant pour point commun une estime pour Jean-Paul Sartre, ils ont refusé de «poser des bombes» comme l'auraient fait d'autres révolutionnaires mais ont préféré s'exprimer à travers la peinture, la philosophie et le journalisme. Ils représentent en tout cas l'histoire intellectuelle d'une génération »
Il y avait 350 personnes, dont la majorité était manifestement venue pour le thème annoncé : « le peintre et le philosophe », et ne s’attendait pas à ce que la soirée tourne autour de 68 et de son héritage. Un bon indice, c’est que le tract LCR pour Krivine le 25 à Vernon a été boudé par une bonne moitié des arrivants. Un autre : Onfray a commencé par saluer (en gros) « le camarade de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui distribuait à l’entrée, car si le film évoquait les débats avec la Gauche Prolétarienne, c’est toujours présent aujourd’hui » ; un cinquième de l’assemblée environ s’est mépris sur le sens de ses paroles et a cru qu’il s’agissait d’une charge contre l’extrême gauche (Fromanger venait d’expliquer dans le film sa rupture avec les maos « crottes de chiens » en 71, lors de leur campagne infâme contre le notaire de Bruay en Artois*). Onfray a enfoncé le clou juste après en soulignant les « trahisons » de Mitterrand et la nécessité d’une vraie gauche. S.July, dans une longue péroraison, a expliqué que mai 68 n’était rien par rapport à l’effervescence des années 60 aux USA en particulier sur le plan musical ; « la rupture, c’est Dylan et les Stones, puis plus tard les réseaux informatiques qui permettent de communiquer horizontalement ; la vraie révolution est culturelle ». Auteur d’un livre sur Fromanger, il était là pour en parler et a clairement manifesté son agacement devant la tentative de captation de F.Martin, qui a tenté d’orienter le débat vers le journalisme, et bien sûr SON expérience à « Rouen Libération »… Le dit Martin, dès que la parole a été donnée au public, n’a rien trouvé de plus pressé que de l’accaparer pour « dire à monsieur Onfray que les années Mitterrand n’ont certainement pas été celles de la trahison… ». Le public qui attendait que l’on parle de la place de l’œuvre d’art dans la société se demandait ce qu’il était venu faire dans cette galère. La qualité des échanges qui ont suivi entre Fromanger et Onfray lui a cependant donné satisfaction, comme une suite au magnifique film du début. Et tous ceux qui l’ignoraient, tous ceux qui avaient voulu l’oublier, n’ont pu ce soir là faire autrement que de percevoir à quel point le souffle de la création peut être intimement lié à des moments historiques d’une intensité extraordinaire. Comme le dit avec fougue Gérard Fromanger, « quand le peuple prend la parole, c’est comme un tremblement de terre, tout est devenu possible en 68«. On a bien compris que pour lui, la grève générale, ce n’est pas le spectre maléfique qu’elle est devenue pour bien des anciens combattants qui encensent son œuvre - à voir au musée de Louviers – avant de la ranger dans la naphtaline marchande.
* accusé d’être le violeur et l’assassin d’une fille d’ouvriers mineurs au nom de la « justice populaire ». Il se trouve que nous avions évoqué cet épisode en mai dernier dans notre texte « FRANK MARTIN, DU COL MAO AU COSTARD CRAVATE » au mois de mai : « Après 68, le fils du maire de la « ville de l’autogestion », comme on disait alors, aurait pu être attiré par les courants anti-autoritaires, marxistes ou libertaires, par exemple. Non, dès 14 ans, il est devenu disciple du président Mao, et l’est resté jusqu’à 20 ans bien sonnés. Mais on ne s’enthousiasme pas impunément pour la grande manipulation criminelle de masse qu’a été la « révolution culturelle chinoise ». On ne sort pas indemne de la chasse à l’homme organisée par la « justice populaire » à Bruay-en-Artois contre un malheureux notaire, forcément violeur et meurtrier parce que bourgeois. Ou de la dénonciation de tout syndicaliste CGT comme « Kollabo » et »social-traitre ». Ou des diktats idéologiques du « groupe Foudre d’intervention culturelle ». Il a fallu attendre les massacres de Pol Pot au Cambodge pour que ce jeune homme commence à ouvrir les yeux. Comme tant d’autres, il a ensuite troqué le col Mao pour le costard cravate »
Voir le texte complet sur les sites http://perso.wanadoo.fr/agauche-vraiment/ et http://bulletindestravailleurs.over-blog.com/ (fédération de l’Eure de la LCR)

















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