Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
NPA 27 -  Eure

LA PANDÉMIE DE L'AGROALIMENTAIRE.

20 Mai 2022 , Rédigé par NPA 27

 

La consommation de pizzas surgelées Buitoni Fraich’up contaminées par la bactérie E.Coli a provoqué
une insuffisance rénale chez 14 personnes. Deux enfants sont morts. L’activité de l’usine de Caudry
dans le Nord (200 salariéEs) a été stoppée par le préfet il y a plus de 6 semaines.
Ce n’est que le 12 mai qu’une information judiciaire a été ouverte. Tard, très tard pour les constats
d’insalubrité... Il est cependant intéressant de noter les mots des magistrats : « ...tromperie sur une
marchandise entraînant un danger pour la santé de l’homme ou de l’animal, exposition ou vente de de
produit alimentaire servant à l’alimentation falsifié ou corrompu et nuisible à la santé, mise sur le marché
d’un produit dangereux pour la santé et mise en danger d’autrui. »
Justice très lente...
L’émotion est immense. L’affaire fait scandale. Des photos sont virales. Et l’impression de répétition
s’impose : Buitoni a été mis en cause plus d’une fois déjà, mais aussi les chocolats Ferrero-Kinder, mais
aussi Lactalis. L’affaire des salmonelles chez Lactalis (2017) n’est toujours pas jugée. On peut parler
d’une quasi impunité de fait des grands groupes de l’agro-business.
Faire profil bas un moment
Et quand ils sont sous les feux d’une actualité dramatique, leur armada d’avocats organise une
communication de crise : « le pire serait de ne rien dire ». « Il faut communiquer sur les rappels, adopter
de nouveaux codes sanitaires, faire profil bas sur le reste ». « Surtout ne pas donner l’impression de ne
rien faire ». En ne changeant rien ou si peu...
Ambiance lourde à l’usine de Caudry
La presse rapporte qu’il n’est pas simple d’obtenir un témoignage d’une personne y travaillant. Ce constat
n’est pas très étonnant. Terrible aussi car il met en lumière la parole entravée de personnes pour qui le
salaire lié à cet emploi est vital alors qu’elles sont les mieux placées pour dire la réalité de la production.
Certain.e.s ex salarié.e.s ont pourtant témoigné de l’insalubrité chronique dans cette usine. Le site
Reporterre rapporte les paroles de Maryse Treton, responsable de la fédé agroalimentaire de la CGT :
« L’objectif, c’est de diminuer tous les temps qui ne sont pas la production. La maintenance préventive, le
nettoyage sont souvent réduits au strict minimum. Ils tirent sur toutes les cordes, donc fatalement, ça finit
par craquer ». Signalons aussi que de 2012 à 2022, 442 postes ont été supprimés à la Répression des
fraudes.
Sortir de l’agro-industrie
Ce système a une très forte cohérence, c’est à la fois la recherche du profit maximum et la fuite en avant
dans la quantité au prix le plus bas. Et ce qui est produit est de piètre qualité nutritive. C’est
l’envahissement de toutes les activités par un machinisme effréné, l’artificialisation des sols et
l’appauvrissement des terres cultivées. Paradoxalement, toute la filière agroalimentaire s’accompagne
d’un hygiénisme que ne viennent pas contredire les scandales comme celui des pizzas Buitoni. Mais
l’hygiénisme, d’aucune manière, n’est synonyme de santé ! L’agro-industrie a généré les fléaux mondiaux
de l’obésité et du diabète.
Dissidence à Agro Paris Tech le 10 mai (1)
Huit apprenti.e.s ingénieur.e.s sont allé.e.s droit au but lors de la remise des diplômes: « Nous pensons
que l’innovation technologique ou les start-up ne sauveront que le capitalisme », « Nous ne voulons pas
faire mine d’être fières et méritantes d’obtenir ce diplôme à l’issue d’une formation qui pousse
globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours », « Nous ne voyons pas les
sciences et les techniques comme neutres et apolitiques », « Nous ne croyons ni au développement
durable, ni à la croissance verte, ni à la transition écologique [...] ». La radicalité d’un appel à la
« bifurcation » absolument bienvenue !
Sécu de l’alimentation : que le débat s’ouvre
Pour mettre en échec la force destructrice de l’agriculture productiviste, nous n’avons d’autre choix que
d’opposer la radicalité d’un système au service du vivant en général et de l’humanité en particulier. Nous
mettons en discussion, avec d’autres forces (3), la « sécurité sociale de l’alimentation », système

universel, projet macro-économique. Pour parvenir au basculement complet vers une agriculture et une
alimentation bio, il faut des financements immenses et pérennes à l’opposé de tout objectif de profit, donc
indépendants des « apporteurs de capitaux », des « investisseurs », des « banques ». Sur le modèle du
Régime général de la Sécu, une cotisation sociale « alimentation » peut remplir cette fonction de
financement. Toute personne vivant sur le territoire serait alors détentrice d’une carte « Sécu de
l’alimentation » créditée de 100€/mois à faire valoir auprès des paysan.ne.s agrémentés. La campagne
des législatives, où il est tant question de la nécessité de ruptures écologique et sociale peut être le bon
moment pour lancer ce débat en grand !


1) AgroParisTech est l’institut national des sciences et industries du vivant et de l’environnement, fondé en 2007, sous tutelle des ministères en charge de l’agriculture et de
l’enseignement supérieur est une grande école d'ingénieurs.
2)https://www.youtube.com/watch?v=SUOVOC2Kd50 ou le texte reproduit sur le site de Reporterre :
https://reporterre.net/Desertons-des-jeunes-ingenieurs-appellent-a-refuser-les-jobs-3)destructeurs https://securite-sociale-alimentation.org/

 

Dessin Agoravox.

Dessin Agoravox.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article