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NPA 27 -  Eure

MAIS QUI ETAIT DONC MENDES FRANCE ?

14 Février 2020 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #COMMUNIQUES

MAIS QUI ETAIT DONC MENDES FRANCE ?

Louviers, 1930 : un jeune avocat parisien de 23 ans s’installe, bien décidé à faire ce qu’il faut pour prendre le siège de député à la droite. Louviers est une ville industrielle, mais contrairement à sa voisine Elbeuf, les ouvriers ne commencent à y parler pour leur propre compte qu’avec les occupations d’usines de 36. Il suffit alors de ne pas aller à l’église pour être considéré comme « à gauche». En 1935, à 28 ans, il emporte la mairie. Il est au Parti radical, le grand parti de la bourgeoisie républicaine, laïque et franc-maçonne. En 36, il est réélu député avec la vague du « Front populaire » PS-PCF-PR. Les ministres PR sont là pour rassurer la grande bourgeoisie. Il faudra en effet la déferlante spontanée d’occupations d’usines pour faire peur au patronat et obtenir les 40h et les congés payés, car au programme du Front populaire, il n’y a que « le pain, la liberté, la paix »…

UN PARCOURS HORS DU COMMUN

C’est un homme d’Etat original : contrairement à de Gaulle ou à Mitterrand, il a (presque) toujours fait ce qu’il avait annoncé. La gauche « raisonnable », celle qui veut toujours prouver à la bourgeoisie qu’elle peut gérer ses affaires, est en mal de grandes figures auxquelles se raccrocher. Après les trahisons des années Mitterrand-Hollande, elle a particulièrement besoin d’icônes. Quitte à arranger quelque peu la réalité.

L’horizon de Mendès, c’est une « République moderne ». Il s’agit de pousser le capitalisme français à se moderniser, en acceptant de passer des compromis avec le syndicalisme raisonnable, à l’allemande, dans le cadre d’un « plan » élaboré démocratiquement. Cela a suffit à le faire détester par les patrons attardés et les bourgeois obtus, en particulier à Louviers. Pourtant, en charge des finances dans le second gouvernement Blum en 38 (celui du reniement des acquis du Front populaire), dans le gouvernement provisoire de de Gaulle en 45 (serrage de vis pour ceux d’en bas), président du conseil pendant 8 mois en 54, « il ne considérait pas le mot rigueur comme un gros mot » pour reprendre un hommage révélateur du style de François Loncle. C’est qu’il défendait avec lucidité les intérêts des secteurs les plus modernes du capitalisme français, et bon nombre de grands patrons le comprenaient très bien. En 54, lors de son élection, il tient fermement à ce que les voix du PCF en sa faveur ne soient pas comptabilisées : surtout, ne pas se marquer trop à gauche ! Néanmoins, en 8 mois, il met fin à la guerre en Indochine et prend quelques autres mesures courageuses qui suffisent à le faire tomber. Mais il s’est acquis de nombreuses sympathies, soutenu dans son entreprise par l’hebdomadaire « l’Express » « créé au service de Mendès France » en 1953 par Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber (futurs ministres de Giscard).

En 1956, la « gauche » revient au pouvoir après avoir martelé : « la guerre d’Algérie est une guerre imbécile et sans issue ». Le gouvernement Guy Mollet obtient des députés (dont ceux du PCF) des « pouvoirs spéciaux » qu’il utilise non pour faire la paix, mais pour envoyer immédiatement 200 000 appelés du contingent en Algérie. Manifestations et émeutes des jeunes soldats et des familles ne suffiront pas à enrayer la machine. Pour autant, la spirale de la répression et de la torture ne peut stopper l’élan vers l’indépendance. Les reniements, les trahisons de la plus grande partie du personnel politique « de gauche » se paiera cher. Mendès, s’il fait partie de ceux qui voudraient bien que l’Algérie reste française, n’est pas prêt à brader ses principes.

En 1958, profitant des émeutes des colons à Alger, de Gaulle prend le pouvoir à Paris par un coup d’Etat à froid. Le ras-le-bol des familles des jeunes appelés, l’écoeurement généralisé devant les promesses non tenues, les trahisons de la gauche « de gouvernement » (G.Mollet et la SFIO soutiennent de Gaulle au début) permettent au général et à ses partisans, organisés de façon très disciplinée et qui ne craignent pas de faire le coup de poing, de s’imposer. L’appel syndical à la grève de protestation est un échec complet. Tel un nouveau Bonaparte s’érigeant en « sauveur de la nation », De Gaulle gagne un referendum, se taille une Constitution qui donne les pleins pouvoirs au président (toujours en vigueur aujourd’hui!), obtient une majorité écrasante de députés à sa botte. Mendès est battu par un inconnu qui arrive avec de gros moyens. C’est Rémy Montagne, gendre des pneumatiques Michelin (on ne lui a pas pardonné l’indépendance de l’Indochine, et donc la perte des plantations d’hévéas). La bonne droite catholique locale se déchaîne : « Voter Mendès France, c’est voter contre de Gaulle, c’est voter contre la France, c’est voter Juif ». Pas bien différent des éructations d’un Le Pen, jeune député d’extrême-droite, lieutenant tortionnaire en Algérie, qui l’interpelle ainsi : « vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques, presque physiques ». Antisémitisme d'hier aussi odieux que celui d'aujourd'hui, au même titre que les discours anti-arabes ou anti-musulmans…

Battu, il démissionne de tous ses mandats, considérant que les électeurs l’ont désavoué. Fidélité à ses vertueux principes. Son prétendu émule Franck Martin était bien incapable d’un geste d’un tel panache.

TRAVERSEE DU DESERT

Mendès aurait pu composer avec de Gaulle, qui n’attendait que ça. Mais il ne lui pardonnera jamais la façon anti-républicaine dont il est revenu au pouvoir. Avec ses partisans du Parti Radical, il se tourne alors vers ceux qui ont rompu avec la vieille SFIO. Ils ont créé un nouveau parti, le Parti Socialiste Autonome (PSA), ils sont pour la fin de la guerre en Algérie et l’unité d’action avec le PCF. Leur démarche suscite une levée de boucliers, en particulier parmi les militants ouvriers, elle est acquise de justesse et manque de faire capoter l’unification de tous les courants de la « nouvelle gauche » au sein du PSU en 1960. C’est une adhésion du bout des lèvres : « Nous allons, puisque le PSA se réclame du socialisme, donner notre adhésion ou confirmer notre adhésion à une certaine conception de la vie politique moderne ». Une première déclaration très révélatrice d’un positionnement tout à la droite de la nouvelle gauche (en 1961, la motion mendésiste de Pierre Bérégovoy fait 16% des voix).


MENDES ET MAI 68

Réélu député à Grenoble en 1966, il joue encore un rôle au plus fort de la grève générale de 68, quand De Gaulle vacille : à la recherche d’une porte de sortie, les « réalistes » du PSU, la direction de la CFDT et même des gaullistes « de gauche », le poussent à proposer un « gouvernement de transition ». La tentative fait long feu, le PCF n’en veut pas mais fait tout pour faire reprendre le travail après des accords de Grenelle pourtant hués à Renault Billancourt. De Gaulle reprend la main en organisant des élections législatives. Dans une ambiance de désarroi et de d’espoirs déçus, de revanche aussi de la part des possédants, c’est la déferlante gaulliste, Mendès est battu à Grenoble. En 69, il s’associe à la candidature bien sage du maire SFIO de Marseille Gaston Deferre en 69 (5, 01%), tandis que le candidat du PSU fait 3,61% (Michel Rocard se réclamait alors du mouvement de mai 68, il a bien changé ensuite).

UN MYTHE BIEN UTILE

Mendès se retire ensuite de la vie politique. A Louviers, dans les années resplendissantes du Comité d’Action de Gauche, personne n’a l’idée de se référer à lui. Le CAG ne compte d’ailleurs dans ses rangs strictement aucun de ceux qui ont fait le mendésisme à Louviers. Il faut d’ailleurs attendre que débarque le sémillant « radical de gauche » François Loncle pour que l’on se préoccupe de faire revivre le mythe, et que certains anciens gauchistes désillusionnés se découvrent un nouveau maître à penser. Mendès France ne concèdera à François Loncle qu’une unique photo de ses successeurs à la mairie Ernest Martin et Henri Fromentin, dans sa propriété des Monts. ….

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