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NPA 27   Comités NPA de l'Eure

MORT DU VETERAN TROTSKYSTE JACK HOUDET

28 Février 2017 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #Les nôtres

Jack est mort le 27 février à l’âge de 93 ans. Ouvrier ajusteur au LRBA de Vernon, secrétaire-adjoint du syndicat CGT, il adhère au petit Parti Communiste Internationaliste (section française de la IVème internationale) en 1956, avec 5 de ses camarades d’atelier. 1956, c’est l’année de la tentative d’expédition anglo-franco-israélienne contre l’Egypte de Nasser, de l’insurrection de Budapest où les conseils ouvriers tentent de s’opposer aux chars staliniens, et celle du basculement de la social-démocratie dans la guerre à outrance en Algérie. La cellule du PCI déploie une activité intense sur tous les terrains, étendant un temps son rayon d’action de Mantes à Rouen. En 68 il est l’une des figures marquantes du mouvement sur la localité, crée 12 syndicats et devient secrétaire de l’UL CGT, avant d’être très vite débarqué lors d’un simulacre de congrès. Il est le seul parmi les anciens à faire la jonction avec la jeune génération de militant-e-s. Discret, timide, droit, ferme, agréable, ce manuel hautement qualifié, qui avait tellement peiné pour apprendre à écrire correctement, pour accéder à la compréhension des grands textes, impressionne les jeunes, lycéens ou étudiants, sans chercher à imposer ses vues. En 70, il risque la révocation pour avoir collé des affiches anti-militaristes. C’est l’affaire « des 3 de Vernon », qui prit une ampleur nationale. Jack fut jusqu’à la retraite en 84 un pilier de la direction fédérale de la LCR de l’Eure, où il a faire partager son expérience et son sens de la méthode. Il se mit ensuite en retrait mais resta toujours disponible pour un coup de main, fidèle lecteur du journal et souscripteur assidu. Il avait tenu à prendre sa carte de membre fondateur du NPA.
 

Voici sa fiche dans le « Maitron, le « dictionnaire biographique du mouvement ouvrier »

HOUDET Jack

Né le 25 juillet 1924 à Saint Aquilin de Pacy (Eure) ; ouvrier ajusteur, puis dessinateur ; syndicaliste CGT ; militant trotskyste de Vernon (Eure); membre du PCI, membre du PSU puis de la LCR et du NPA.

Son père est peintre en bâtiment, sa mère est au foyer. Il fait son apprentissage à Mantes (Seine-et-Oise) pendant la guerre. Il entre par concours au Laboratoire de Recherche et de Balistique Appliquée (LRBA) de Vernon comme ouvrier de l'Etat en octobre 1951« parce qu’il y avait la possibilité de se loger sur le site ». Il a 28 ans, travaillait auparavant aux Mureaux (78), logeait chez sa sœur et ne rentrait auprès de sa femme et de ses quatre enfants à Pacy-sur-Eure qu’une fois par semaine. Il se syndique à la CGT, est élu en 1954 secrétaire-adjoint du syndicat. En 56, suite à un détournement d’argent commis par le secrétaire, le militant trotskyste Camille Januel* est porté à la direction. 1956, c’est l’année de la tentative d’expédition anglo-franco-israélienne contre l’Egypte de Nasser, de l’insurrection de Budapest où les conseils ouvriers tentent de s’opposer aux chars staliniens, et celle du basculement de la social-démocratie dans la guerre à outrance en Algérie. Ils sont 6 à adhérer collectivement au PCI : Jack Houdet, « l’ancien », respecté pour ses compétences et sa droiture, Claude Rialland, André Morin, Marcel Girard, Jean Boquet*, Louis Fontaine*. La cellule de Vernon du PCI compte donc huit membres avec Roland Vacher*(« gagné » en 53). Roland Vacher raconte : « Jack était différent des autres, qui étaient avant tout des révolutionnaires de coeur prêts à héberger le militant algérien ou le déserteur poursuivi par la police, mais ne ressentant pas le besoin impérieux de se cultiver. Lui avait besoin de s'instruire, d'écrire aussi, mais il avait alors du mal à prendre la parole, si ce n’est pour de brèves répliques. Il était d'une grande timidité et n'osait pas demander. Polyvalent en mécanique, il était très apprécié par ses supérieurs hiérarchiques en dépit de ses opinions affichées. Capable de se représenter les assemblages des pièces mécaniques les plus compliqués dans l'espace et en mouvement, c’était pour lui une torture de rédiger le cahier de revendications qui remontait de tous les ateliers pour le présenter à la direction (…) Mais plus tard, quand nous avons sorti notre feuille régulière sur toutes les boîtes de Vernon, c’est lui qui proposait les articles que nous re-rédigions ensemble et souvent c’est lui qui trouvait les titres ».

Ils développent leurs activités sans être inquiétés, ni par le PCF, peu influent, ni par la police qui ne comprenait pas ce qui se passait. A 8 sur une ville de 20 000 habitants, tous les terrains sont couverts : luttes offensives au LRBA, Union Locale CGT, défense juridique, « cercle vernonnais d’étude du problème algérien », cours d’alphabétisation, ciné-club, collages du journal… Bien conscients des risques que leur faisaient courir les activités de soutien à la révolution algérienne, ses camarades mettaient un point d’honneur à en tenir Houdet strictement à l’écart, eu égard à ses responsabilités familiales.

L’activité de la cellule ne se maintint pas longtemps à ce niveau. Le coup d’Etat à froid de De Gaulle et la défaite sans combat en 58 provoquent un reflux. Januel*, Vacher* et Bocquet* subissent des mesures d’isolement dans l’indifférence générale. Januel se retire peu à peu de l’activité, deux militants changent d’entreprise en même temps qu’ils arrêtent de militer, tandis que Fontaine* quitte l’usine pour devenir permanent du PCI mis au service du FLN pour imprimer tracts et faux papiers.

 

La solidarité avec la Révolution algérienne occupe une grande part du temps de Vacher pendant que Houdet consacre l'essentiel du sien à l'activité syndicale.

 

Mais dans le même temps, le rayon d’action de la cellule s’étend à la vallée de la Seine. A Mantes, c’est Lucien Fauchereau, un ouvrier de la cimenterie, ancien de la Fédération Communiste libertaire, qui a été gagné. Dans la région rouennaise, le contact a été renoué avec un cheminot de Sotteville qui avait pris contact avec le PCI après la guerre, Charles Marie.

Des réunions ont lieu en gros tous les mois. Au retour, il y a parfois collage de « la Vérité des travailleurs » de nuit sur les quais, avec mille précautions, pour s’adresser au bastion syndical et ouvrier des dockers…

En 62, la cellule de Vernon demande son adhésion collective au PCF qui refuse. Avec leurs sympathisants, ils entrent ensemble au PSU, où ils rejoignent la tendance « socialiste révolutionnaire » (SR), animée par des membres du PCI comme Michel Lequenne* et aussi par nombre d’anciens trotskystes comme Marcel Pennetier*, qui suivait particulièrement la section de Vernon. Sa quinzaine de membres est sur la position SR, et le secrétaire, Denis Fimbel*, rejoint aussi le PCI.

De septembre 62 à mai 64, la vie de la section est rythmée par le travail autour de la feuille mensuelle à destination des entreprises : « La Commune », réalisée en liaison avec le réseau des feuilles du courant SR qu’organise nationalement André Calvès*. A leur sortie du PSU fin 64, la section décide de se dissoudre.

Pour le PCI, la fin de la guerre d’Algérie amène des désaccords. Les « pablistes » considèrent que le centre de la révolution est à Alger. Bocquet est gagné à leurs positions. Vacher tombe en dépression, il démissionne en 64 du PCI et quitte le LRBA et Vernon.

Il n’y a plus de cellule du PCI. Jack Houdet et Jean Bocquet gardent des relations correctes, animent le syndicat ensemble, dirigent les grèves de mai 68 à Vernon. Houdet est élu secrétaire de l’Union Locale CGT, ce qui provoque la rage de l’Union départementale. L’UL sera « reprise en main » dès mars à grand renfort de manœuvres qui écoeurent nombre de nouveaux venus. Signe des temps, l’hebdomadaire du PCF27 étale en première page la résolution adoptée, titrée « la volonté d’unité d’action ne peut s’accommoder de la moindre complaisance avec les groupes gauchistes ». L’UL retombe dans la stagnation.

  1. partir de 67 Houdet rencontre des jeunes qui étudient à Rouen et se sont rapprochés de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire. Un Comité Vietnam est créé. Il vit cette période avec enthousiasme et marque les jeunes qui l’ont fréquenté : il parlait peu, mais impressionnait par l’étendue de ses connaissances, la pertinence de ses interventions et son courage physique : à Vernon, on risque toujours d’avoir affaire aux gros bras d’un des chefs du Service d’Action Civique gaulliste, le député UDR Tomasini.

En 70, Jack et un jeune de l’entreprise de 19 ans, sympathisant de la LC et syndiqué CGT, Dominique Rousseau, sont frappés d’une mise à pied : ces « travailleurs de l’Etat dépendant du ministère de la défense » avaient été contrôlés par la gendarmerie en train de coller en ville une affiche de soutien à trois appelés du contingent emprisonnés pour activité anti-militariste. L’UD CGT refuse tout soutien, seul le syndicat du LRBA est à leurs côtés, en particulier lors d’un meeting en ville. Houdet vivra mal le fait que Jean Bocquet ne soit pas présent à la manifestation qui se rend du centre-ville à la caserne, ni au procès à Evreux qui voit 1000 personnes manifester devant le tribunal, avec en tête Krivine et le député PSU Rocard bras dessus-bras dessous. Houdet et Rousseau sont réintégrés (avec perte d’un échelon. Rousseau continuera au syndicat). Jean Bocquet, jusqu’à ce qu’il obtienne sa mutation pour le midi en 75, fait partie de l’équipe d’animation du syndicat sur une base incontestablement « lutte de classe », mais plus conciliante à l’égard du PCF (qui connaît une renaissance au LRBA avec le Programme Commun d’Union de la Gauche) que Jack Houdet, qui lui n’est plus membre du Conseil syndical à partir de 72. Jack restera profondément marqué par ce qu’il considère comme un manque de courage de nombre de ses camarades du syndicat lors de cet épisode. Il vit aussi particulièrement mal vécu les illusions propagées par une partie des dirigeants de la Ligue Communiste lors de l’adhésion d’un vétéran du PCF, Gilbert Hernot*. Jack a eu le sentiment amer de ne pas être écouté, alors que son expérience et quelques tests pratiques lui ont tout de suite montré que Hernot était déjà un homme brisé par l’appareil et déformé par son fonctionnement. Il reste néanmoins très actif, la LC compte 6 sympathisant-e-s dans l‘entreprise lorsque débute, en 71, la lutte contre le transfert au privé d’une partie des activités. Leurs propositions d’organisation emportent l’adhésion du personnel : assemblées générales élisant un comité de 70 délégué-e-révocables (un pour 20), qui désigne un bureau…. L’entreprise sera finalement scindée en deux, ce qui ne sera pas sans effets sur le moral des plus combatifs.

C’est en 71-72 que la section de la LC, avec son cercle ouvrier « La lutte continue » et son «Cercle rouge lycéen», connaît son plus fort développement (16 membres et 2 cellules, tract mensuel sur 5 entreprises). Vernon est une petite ville : peu à peu, le jeu des mutations professionnelles, le départ des jeunes pour d’autres horizons, l’usure vont faire leur œuvre.

A 47 ans, « Henri » est l’un des plus âgés parmi les délégué-e-s au 2ème congrès de la LC qui se tient à Rouen en mai 71. Il est candidat à l’élection législative à Vernon en 73. En 78 il est encore candidat, puis une dernière fois à l’élection partielle de 80. S’il est membre de la direction départementale, il est de nouveau quasiment le seul militant à Vernon, la campagne se fait grâce aux renforts venus de Gisors, Evreux et Louviers. Il développe encore une grosse activité dans le mouvement « Union dans les luttes », regroupement de militants de toutes origines pour battre Giscard en 81, frontalement contre le PCF qui tire un trait d’égalité entre le PS et la droite, avant de se précipiter au gouvernement. En 82, il organise une occupation du siège du député avec son syndicat pour exiger que les engagements minimaux pris par ce gouvernement soient tenus. Il part à la retraite en août 84 et se met en retrait de l’activité. Il aura tenu à prendre sa carte de « membre fondateur du NPA.

 

SOURCES « La Vérité des travailleurs », bimensuel du PCI, voir sur le site de l’association « Radar » http://www.association-radar.org/ (rechercher « Vernon », en particulier dans les n°52, 57, 59, 66) - Brochure « le syndicat est l’arme de tous les travailleurs » http://www.association-radar.org/IMG/pdf/10-008-00020.pdf -Sylvain Pattieu, Les camarades des frères. Trotskistes et libertaires dans la guerre d’Algérie. Syllepse, Paris, 2002 – Pierre Vandevoorde «1950 et après : Trois décennies d’activités trotskystes à Vernon (Eure) et au Laboratoire de Recherches Balistiques et Aérodynamiques (LRBA) » 2015 http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article39874 -

Pierre Vandevoorde

MORT DU  VETERAN  TROTSKYSTE  JACK HOUDET

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