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NPA 27   Comités NPA de l'Eure

Lecture politique d'un exercice de maths au baccalauréat

18 Juin 2016 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #Education, #EMPLOIS - LICENCIEMENTS

Lecture politique d'un exercice de maths au baccalauréat

Cette semaine avait lieu l'épreuve de mathématiques dans la série STMG (sciences et technologies du management et de la gestion). Quoi de plus apolitique qu'une telle épreuve où l'on évalue à priori la capacité d'un-e candidat-e à raisonner à partir de données et avec les outils mathématiques dont il/elle dispose…

Et pourtant : ce sujet, comme souvent, s'inscrit dans un contexte concret, contribuant paraît-il à une meilleure compréhension des enjeux. L' exercice 2 est très éclairant sur la manière dont l'éducation nationale envisage ses relations avec l'entreprise et l'insertion des jeunes dans celle-ci. Démonstration.

 

Ci-après, l'énoncé de la partie A.

Une entreprise automobile produit l'ensemble de ses véhicules électriques sur deux sites A et B.

En 2015, la production annuelle a été de 95 000 véhicules, répartie de la façon suivante :

42 000 véhicules sur le site A et 53 000 véhicules sur le site B.

La direction décide de diminuer la production annuelle sur le site A au profit du site B, tout en maintenant constante la production totale.

Par rapport à 2015, le nombre de véhicules produits sur le site A en 2016 a diminué d'un certain nombre de véhicules.

La direction décide de maintenir cette diminution jusqu'à une production nulle en 2027. Pour tout entier n compris entre 0 et 12, on note un le nombre de véhicules produits sur le site A lors de l'année 2015+n.

 

1. D'après les données de l'énoncé, quelles sont les valeurs de u0 et de u12 si la planification de l'entreprise est respectée ?

 

2. Pour satisfaire aux exigences de la direction, de combien de véhicules doit-on diminuer chaque année la production du site A ?

 

Procédons maintenant à l' analyse de l'énoncé :

Une entreprise automobile produit l'ensemble de ses véhicules électriques sur deux sites A et B. (Passons rapidement sur la pertinence de la production en masse de véhicules électriques, c'est un autre sujet...)

En 2015, la production annuelle a été de 95 000 véhicules, répartie de la façon suivante :

42 000 véhicules sur le site A et 53 000 véhicules sur le site B.

La direction décide de diminuer la production annuelle sur le site A au profit du site B, tout en maintenant constante la production totale. (Comprendre : le groupe automobile souhaite voir augmenter ses profits et maintenir les dividendes versés aux actionnaires : pour ce faire, il engage une « restructuration » afin de parvenir à des réductions d'échelle des coûts de production, suspend les investissements sur le site A, organise son asphyxie financière. Le site A est déclaré « déficitaire »)

 

Par rapport à 2015, le nombre de véhicules produits sur le site A en 2016 a diminué d'un certain nombre de véhicules. (Comprendre : on explique cette diminution par un manque de compétitivité du site, par une conjoncture défavorable et un marché de plus en plus concurrentiel)

 

La direction décide de maintenir cette diminution jusqu'à une production nulle en 2027. (Comprendre : l'usine fermera pour maintenir le taux de rentabilité, quelque en soit le prix à payer pour les salariés, leur famille, le bassin d'emploi. Une ligne budgétaire provisionne même quelques centaines d'Euro pour les fleurs en cas de suicide d'un-e salarié-e licencié-e. La direction, bien sûr, s'insurge quand le syndicat dénonce publiquement les intentions cachées du groupe, qui sans relâche manifeste et continue à démontrer la viabilité du site) Pour tout entier n compris entre 0 et 12, on note un le nombre de véhicules produits sur le site A lors de l'année 2015+n.

 

1. D'après les données de l'énoncé, quelles sont les valeurs de u0 et de u12 si la planification de l'entreprise est respectée ? (Comprendre : une fermeture d'usine est souvent orchestrée et pas le fruit de la fatalité)

 

2. Pour satisfaire aux exigences de la direction, de combien de véhicules doit-on diminuer chaque année la production du site A ? (Comprendre : employé-e au service ressources humaines, tu n'es pas concerné par un possible licenciement et une mutation/promotion t' est offerte sur le site B. Pour l'instant, tu te charges des lettres de licenciements et tu te tais. Attention, pas question de te voir traîner sur le piquet de grève!)

 

Ce que montre ce sujet dans sa rédaction, qui est validé à l'issue de différents groupes de travail et de relectures par plusieurs enseignants et inspecteurs, c'est que, alors que rien ne l'y oblige, l'éducation nationale s'inscrit pleinement dans la logique d'entreprise, dont les motivations premières sont le profit et l'écrasement de la concurrence et valide un fonctionnement reposant sur la hiérarchie et l' arbitraire, et cherche même à le faire intégrer par les jeunes.

 

Des situations comme celle décrite dans le sujet, on en a connu ici et on en connaît encore, comme chez Wonder, Glaxo, De Carbon, ou dans une autre mesure Sanofi Pasteur. Chez M-real (devenu Double A) à Alizay, l'intelligence mutualisée au sein du « collectif pour le maintien et le développement de l'emploi » par les ouvriers, techniciens, cadres, militants syndicaux et politiques, élu-es et une expertise fine avaient mis en évidence la viabilité du site papetier et ses possibilités de développement et monté un plan de reprise de l'activité reconnu crédible par des cabinets d'audits indépendants. Ceci avait permis en 2013 que le site ne devienne pas une friche industrielle (avec le maintien de près de 200 emplois) comme l'avait prévu le groupe M-Real pour maintenir le cours en bourse du papier.

 

 

Au lieu d'appliquer cette logique néo-libérale, c'est à ça que devrait servir l'éducation : donner à la jeunesse les outils intellectuels et techniques pour raisonner, analyser le monde et se défendre dans la jungle du capital. Pour parvenir à un tel renversement, il en faudra un, justement, de renversement et un certain nombre de victoires du camp des opprimé-e-s, à commencer par l'obtention, forts des manifestations monstres du 14 Juin, du retrait de la loi (anti)travail ! Alors, on continue, dès le 23 Juin !

 

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