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NPA 27 -  Eure

Mort d’un pourri

1 Juillet 2015 , Rédigé par NPA 27

Mort d’un pourri

Pour nous, Charles Pasqua, décédé hier à 88ans, c’est d’abord l’assassinat en 1986 de Malik Oussekine en marge des manifestations contre la loi Devaquet.

Histoires de barbouzes

Sa vie politique commence dans la résistance gaulliste avant de se combiner avec un emploi de commercial chez Ricard, spécialistes des exportations et de… la Corse qui l’amènera jusqu'au rang de numéro 2 du groupe.

Il est co-fondateur en 1958 du Service d’action civique (SAC), aux cotés de Foccard, Frey et Sanguinetti, milice gaulliste qui commence son action par la reprise en main du Service d’ordre du RPF et des actions guerrières et autres coups tordus contre le FLN. Ce ramassis de truands (Jo Attia, Christian David, Boucheseiche) et de barbouzes s’illustrera sur tous les fronts en son nom propre ou au travers de certains de ses membres. De l’enlèvement de Ben Barka au tabassage de manifestants en Mai 68, en passant par l’expulsions de militantEs « gauchistes », et jusqu’à l’assassinat de militants politiques et syndicaux. Ses liens avec la police, la CFT, les RG, le SDECE, lui garantissent un large réseau d’informations et une impunité totale. Ces activités se situent en parallèle de la fonction tout aussi essentielle de service d’ordre des partis gaullistes successifs (UNR, UDR, RPR). Il sera également à l’initiative du groupuscule fasciste universitaire l’UNI chargé de combattre avec les mêmes méthodes les gauchistes et le communisme à l’Université. L’élection de Giscard, puis la tuerie d’Auriol mettront en difficultés politique, policière et judiciaire le réseau maffieux et amèneront Mitterrand à dissoudre le SAC le 3 aout 1982.

Répression et lois anti-immigrés

Passant sans états d’âme de De Gaulle à Chirac, Pasqua s’implante à Neuilly et est témoin du mariage de Sarkozy. Ses « compétences » le conduisent tout naturellement au Ministère de l’intérieur. Et son nom symbolisera à jamais la première loi s’attaquant gravement aux droits des immigréEs. C’est ainsi sous son ministère que Malik Oussekine est sauvagement assassiné par un groupe des Pelotons voltigeurs motoportés.

Malgré ses affinités avec l’extrême-droite et l’affichage de ses désaccords avec Chirac, il se retrouve de nouveau au Ministère de l’intérieur en 1993 où il s’illustre de nouveau dans la répression des manifestantEs contre le CIP. Militant actif du retour de la peine de mort, il fait voter une « loi d'orientation et de programmation relative à la sécurité » qui, au nom de la lutte contre le terrorisme, multiplie les possibilités répressives du pouvoir. Elle fera ses preuves lors de l'assaut sur un Airbus détourné par un commando du GIA algérien, en 1994 qui se solde par 7 morts dont 3 passagers.

Lâchages

Alors que ses réseaux en Afrique ont pris la suite de ceux de Foccart, ses choix politiques aux cotés de Philippe De Villiers, de Balladur et ses relations avec les Balkany et autres Schuller-Maréchal en font un ami gênant. Et du coup, les années 2000 vont voir les soucis judiciaires, s’accumuler notamment dans le volet français de l'affaire « pétrole contre nourriture » ou dans l'affaire des ventes d'armes « non autorisées » à l'Angola. Mais il ne fut condamné qu'une fois, dans l'affaire de la Sofremi qui concernait des détournements de fonds présumés lorsqu'il était ministre de l'intérieur entre 1993 et 1995. Elle lui valut une peine d'un an de prison avec sursis pour complicité d'abus de biens sociaux.

Hommages, ô désespoir

Au total, une histoire dont les aspects invisibles sont certainement encore plus nombreux et plus noirs que ce qui a pu affleurer jusqu’ici. Et de quoi nous désespérer d’entendre ou de lire les politiciens « de gauche » se répandre en déclarations complaisantes. Ainsi, Sapin a pu déclarer : “Je veux regarder aujourd’hui, au lendemain de sa disparition, la personne joviale et pleine d’entrain”, pendant que Valls en rajoute avec sa tirade : “Jeune résistant, gaulliste, ministre, voix originale et parfois controversée, Charles Pasqua incarnait une certaine idée de la France” et évidemment Mélenchon avec une bonne blague racontée en imitant l’accent du sinistre personnage : “C'était un républicain qui n'avait pas peur” se vantant de cet échange d’amabilités : « “Mais dis donc Charles, c'est toi qui a expulsé 43 diplomates américains ?”. Il me répond : “non, c'est pas moi”. Alors on passe et je me retourne et je dis: “mais si c'est toi, je m'en souviens très bien”. Il me dit : “Non, moi j'ai expulsé 43 espions américains” ».

Robert Pelletier

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