Bulletin de la LCR de Vernon et sa région, distribué à la SNECMA
juin 2006.
SOGERMA/EADS: ZERO LICENCIEMENTS !
Le 12 mai, le PDG d’EADS Forgeard annonce que le site de Mérignac est fermé et que les 1 050 emplois sont supprimés. Le 23 mai, Villepin annonce qu’il désapprouve les mesures annoncées et que 300 emplois seront « sauvés ». Le 24 mai, Lagardère, actionnaire démissionnaire - il a déjà vendu la moitié de ses actions -, annonce qu’il est prêt à « sauver » 200 emplois de plus en échange de marchés donnés par l’État. Forgeard n’est pas formellement revenu sur sa décision de fermer le site et de l’abandonner mais, en quelques jours, la situation a connu une évolution sensible. Comment l’expliquer ? Trois jours après l’annonce, les salariés ont envahi les pistes de l’aéroport de Mérignac et fait déguerpir les forces de répression en menaçant de brancher les réacteurs d’un Airbus dans leur direction !
L’annonce des licenciements a aussi provoqué la colère de l’opinion publique, excédée qu’un groupe qui dégage des profits exceptionnels supprime d’un trait de plume 1 050 emplois et 5 000 emplois induits. Cela a aidé Villepin, censuré lors du CPE, carbonisé par l’affaire Clearstream, à se rappeler qu’après tout, avec 15 % des actions, l’État était le deuxième actionnaire du groupe EADS. « Sous la pression de la rue », note le journal Les Échos. En déclarant que la fermeture de la Sogerma est « inacceptable », Villepin a désavoué ses représentants au conseil d’administration d’EADS - notamment Louis Gallois, PDG de la SNCF - qui avaient « estimé que l’entreprise n’était pas viable ». Bien sûr, il n’ira guère plus loin et les salariés auraient bien tort de croire que son intervention peut les sortir d’affaire. Les pouvoirs publics accompagnent largement les fermetures d’entreprise et la logique destructrice du marché.
« L’État ne peut pas tout », avait déclaré Jospin en 1999 devant des millions de téléspectateurs, après l’annonce par Michelin de milliers de licenciements et de milliards de profits (Il a d’ailleurs dit la même chose pour les petits Lu et les Moulinex). L’État « pouvait » pourtant quelque chose : brader Aérospatiale au groupe Lagardère comme l’ont alors fait Jospin et Strauss-Kahn. Alors, s’il est vrai que les déclarations de Villepin sont des gesticulations, car il n’a évidemment aucune intention de s’opposer vraiment aux actionnaires d’EADS, cet épisode montre bien qu’un gouvernement aurait bien des moyens de pression sur les dirigeants d’entreprise et les actionnaires. L’intersyndicale Sogerma continue d’exiger que soient sauvés tous les emplois et juge difficile que, « dans les conditions actuelles, il puisse être envisagé un retour à une activité normale sur le site ».
C’est cette détermination qui est l’atout principal des salariés, comme elle fut il y a quelques temps celui du mouvement de la jeunesse. Ils ont refusé de s’incliner devant les oukases de Forgeard. Ils ont contesté les motifs de leur licenciement, en dénonçant - cabinet d’experts comptables à l’appui - « la manipulation financière qui consiste à trouver un alibi financier à la fermeture du site de Mérignac ». Sur les 238 millions d’euros de pertes qui servent de prétexte à la direction pour fermer le site, 25 millions seulement - 10 % de la totalité - sont imputables à l’activité de l’entreprise à Mérignac, et encore, ils sont le produit d’événements conjoncturels. Un exemple très partiel mais éclairant de ce que pourraient faire les salariés d’un véritable contrôle sur la comptabilité des entreprises. Les salariés de la Sogerma ont montré qu’il était possible d’entraver les projets - même s’ils sont encore loin du compte - d’un groupe comme EADS. Après 2 semaines de grève, ils ont déjà réussi à faire la preuve qu’en s’appuyant sur les salariés et sur l’opinion publique, on peut faire pression sur les pouvoirs publics et sur des actionnaires.
Merlin, l’Enchanteur ?
L’Aéronautique est en plein redéploiement. Les plans de charges sont remplis pour plusieurs années. Les résultats financiers gonflent les trésoreries. Au lieu d’être prioritairement destinés aux investissements industriels et humains, ils sont largement accaparés par les actionnaires.
Pour satisfaire encore mieux leurs attentes, l’ensemble des groupes industriels « restructure ». C’est ainsi que :
- SAFRAN a démantelé le site Aircelle de Meudon, vendu par Messier-Bugatti d’Aubervilliers au groupe ZODIAC.
- THALES supprime plusieurs centaines d’emplois sur le site d’Elancourt.
- DASSAULT lamine son site d’Istres.
- ALCATEL SPACE « restructure » son site de Nanterre.
- EADS a mis en vente ses filiales REVIMA et SECA après avoir vendu son site EADS DS de Douarnenez. Aujourd’hui, c’est le tour de SOGERMA (EADS actionnaire majoritaire) qui annonce la fermeture du site de Bordeaux-Mérignac. Cela conduirait à la suppression de 1050 emplois directs et 5000 emplois induits (précaires divers, dont : sous-traitants, prestataires et également salariés des fournisseurs, …).
Parallèlement, tandis que son ex n°2 est au centre du scandale Clearstream, la direction d’EADS déclare : « Les bénéfices soulignent, une fois de plus, le dynamisme de la croissance d’EADS. Le bénéfice par action devrait encore progresser au minimum de 11% et peut-être de 21% ».
C’est aussi simple que cela. Les patrons sont prêts à tout pour faire plus de profits.
Fermer un site, liquider un secteur industriel, virer des milliers de salariés et provoquer une aggravation brutale de la situation économique d’une région, ce n’est pas un problème pour eux. Ce qui compte ce sont les profits !
Pour les dirigeants d’EADS, comme pour tous les dirigeants de l’Aéronautique, il faut prélever encore plus de la richesse produite par les travailleurs. C’est cette « logique » qui crée de toutes pièces les difficultés de sociétés comme la SOGERMA.
Chacun et chacune d’entre nous doit mesurer qu’il pourra vivre, dans les mois prochains, une situation comparable. A Snecma, on ne lésine pas sur les efforts de communication pour commencer à convaincre gentiment le personnel de prendre la direction de la porte, on « restructure » à qui mieux mieux tel ou tel service, dans la « concertation « bien sûr. Alors, les salariés actionnaires finiront-ils par approuver la perte de leur emploi ?
Les gesticulations du gouvernement et de la « gauche libérale » n’y changent pas grand-chose. Et pourtant, la puissance publique ne manque pas de moyens. On en a la preuve à chaque fois qu’il faut jeter hors de son logement une famille qui ne peut pas payer, ou lorsqu’il s’agit d’évacuer un piquet de grève de travailleurs qui défendent leur emploi comme récemment chez Cinram à Gaillon, ou encore pour tenter de réduire au silence un militant anti-nucléaire qui met sur la place publique un rapport « secret défense » dévoilant la grande vulnérabilité des centrales. Mais il faut croire que cette capacité de violence ne concerne pas les possédants.
En attendant, le grand patronat ne perd pas un centime. Avant la fin prématurée d’Ariane 4, il s’était dit très fort que le gouvernement l’avait échangée avec Poutine contre l’achat d’Airbus (tiens ! EADS !). Depuis, A4 s’est bien arrêtée et le gouvernement Poutine est bien parti pour lancer des Soyouz depuis Kourou. Un hasard sans doute. Maintenant, il se dit que la fermeture de la SOGERMA pourrait bien correspondre à un « deal » EADS/Merkel/Chirac comparable pour la création de la filiale « Merlin » EADS/SAFRAN. C’est que pour ces capitalistes-là, la Société est toujours là pour cracher au bassinet. Initialement, il s’agissait de « la création de pôles de compétitivité » ; finalement quelques années plus tard, c’est la « sauvegarde de l’emploi » … mais toujours avec l’argent des contribuables. C'est-à-dire très majoritairement des salariés.
Pendant des années, ces mêmes patrons ont reçu des subventions et des aides diverses de l’État ou des collectivités locales. Alors, s’ils ne maintiennent pas l’activité, qu’ils remboursent ! Ce serait la moindre des choses.Voilà entre autres ce qui fonde la LCR et Olivier Besancenot à défendre la nécessité de L’INTERDICTION DES LICENCIEMENTS
Bulletin de la LCR de Vernon et sa région, juin 2006.
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